dimanche 23 mars 2014

Révoltes et chaos dans le capital

NADA est un col­lec­tif d’agents de différents ser­vi­ces Poste ou Télécom, fonc­tion­nai­res ou contrac­tuels de droit privé. NADA tisse un réseau avec des sym­pa­thi­sants, des collègues, pour rés­ister et agir... Rennes, Hiver 2005/2006 « Nada, sinon rien ! »

Depuis plu­sieurs années, la caste poli­ti­que et ses médias ampli­fient et entre­tien­nent dans la popu­la­tion les fan­tas­mes délirants, sus­cités par des grou­pus­cu­les isla­mis­tes, ou par des cris­pa­tions iden­ti­tai­res mar­gi­na­les, comme le voile à l’école. Ces rideaux de fumée mas­quaient les vrais pro­blèmes qui sont éco­no­miques. A l’automne 2005, les pro­vo­ca­tions et le jeu poli­ti­cien d’un Sarkozy n’ont pas pu réd­uire l’explo­sion du ras-le-bol accu­mulé à une his­toire de dél­inqu­ance et de répr­ession. Interviewvé dans Ouest-France du 24 novem­bre, il prétend que l’éco­nomie « nor­male » ne pourra reve­nir dans les quar­tiers pau­vres qu’une fois l’éco­nomie « parallèle » éra­diquée ! Or c’est le contraire : le capi­ta­lisme normal éli­mine par­tout sur la planète ce que lui coûtait l’intég­ration sociale de la popu­la­tion (l’Etat-pro­vi­dence des réf­orm­istes), pour ne favo­ri­ser que ce qui génère les meilleurs taux de profit, qui lui sont vitaux. Cela entraîne notam­ment l’exclu­sion, les mafias de la drogue, etc., mais les caïds ou les dea­lers ne sont pas si éloignés des indics, des flics et ... des poli­ti­ciens d’avenir ! Ces digues ont sauté.

Même si la stratégie du « tout répr­essif et fort en gueule » va per­sis­ter, elle a trouvé des limi­tes face à cet embra­se­ment social. L’exten­sion spon­tanée de la rév­olte à plu­sieurs villes, sa durée pro­longée ont obligé l’appa­reil d’Etat à rép­ondre avec autre chose que la répr­ession ; les robi­nets à fric ont été réouverts, alors que des crédits conti­nuaient d’être sup­primés quel­ques semai­nes aupa­ra­vant (voir Canard enchaîné du 9 novem­bre 2005). Les cibles des dég­ra­dations (com­mis­sa­riats, écoles, voi­tu­res, com­mer­ces) ne sont pas si dif­fi­ci­les à com­pren­dre : l’Ecole a tou­jours servi la repro­duc­tion de l’exploi­ta­tion capi­ta­liste ; les émeutiers d’aujourd’hui ou de demain savent qu’elle ne peut déb­oucher que sur les bou­lots préc­aires, sur le chômage à 25% (quar­tier Rennes-Le Blosne) et plus sou­vent 40% . La société publi­ci­taire d’hyper-consom­ma­tion exclut de plus en plus de monde : la voi­ture est hors de prix et sert sou­vent à aller se faire exploi­ter pour la payer ! Les lieux com­mer­ciaux incen­diés représ­entent la frus­tra­tion, la dis­cri­mi­na­tion à l’embau­che, des bou­lots surex­ploités...

Les com­mis­sa­riats et les mos­quées sont « le sabre et le gou­pillon » de l’époque moderne !

Il y a des « marxis­tes de confort », des sec­tai­res, pour insi­nuer que les révoltés (le « lum­pen­prolé­tariat » selon une phraséo­logie marxiste) n’auraient rien à voir avec la classe ouvrière, avec les « bons immi­grés », etc. C’est qua­si­ment le fiel des médias sécu­rit­aires ! Révéler des cons­pi­ra­tions de poli­ti­ciens ou le bushisme de Sarkozy, ce serait le scoop ! Cette mau­vaise foi nous rap­pelle ce que Marx écrivait en 1868 : « la secte trouve sa raison d’être dans son point d’hon­neur, elle ne le cher­che pas dans ce qu’elle a de commun avec le mou­ve­ment de classe, mais dans un signe par­ti­cu­lier qui la dis­tin­gue de ce mou­ve­ment »...

Le col­lec­tif Nada considère que l’inti­fada des quar­tiers pau­vres a donné une bonne gifle au système capi­ta­liste, cette société de pré­dateurs et d’exploi­teurs. La rév­olte des jeunes des cités et des ban­lieues rap­pelle à la face du monde la salo­pe­rie d’apar­theid social qui se dével­oppe dans les pays occi­den­taux, au cœur du capi­ta­lisme mon­dia­lisé. Les « sous-prolét­aires » des quar­tiers pau­vres sont juste les frères de misère des enfants de l’inti­fada d’Israël, des jeunes mani­fes­tants algériens fau­chés par les balles des généraux en 1988, des émeutiers de Los Angeles en 1992 ou des innom­bra­bles ghet­tos de la planète... Cette rév­olte rap­pelle que depuis 25 ans, les réf­orm­istes, les partis de gauche, les répub­licains, n’ont jamais eu de solu­tions que des rus­ti­nes à la roue du Capital !

Or, où que nous habi­tions, nous subis­sons le même rap­port social des­truc­teur, en tant que sala­riés. Nous encais­sons la liqui­da­tion crois­sante des com­pro­mis ou des acquis des luttes socia­les passées. Aujourd’hui ce système planét­aire pour­suit ses dégâts de la Chine à la Nouvelle-Orléans en pas­sant par la « Françafrique », l’Amérique latine... Mais le capi­ta­lisme a du plomb dans l’aile, aux dires même de ses grands prêtres, éco­nom­istes ou diri­geants d’entre­pri­ses mul­ti­na­tio­na­les. C’est de cela qu’il est temps de parler à nou­veau.

LE CAPITALISME EST EN TRAIN DE S’AUTODETRUIRE !


Dans Ouest-France du 28 octo­bre, l’ex-patron du Crédit Lyonnais, Jean Peyrelevade, évoquait ses crain­tes pour l’avenir du système éco­no­mique capi­ta­liste (chocs bour­siers, séismes poli­ti­ques...) ; l’avi­dité de l’action­naire « ne peut pas durer » déc­lare cet ... action­naire et grand fonc­tion­naire du Capital ! Dans son récent bou­quin Le capi­ta­lisme est en train de s’autodétr­uire, c’est Patrick Artus, direc­teur des études à IXIS la banque d’inves­tis­se­ment du groupe Caisse d’Epargne, qui cri­ti­que l’obses­sion de ren­ta­bi­lité à court terme des firmes ! Il cons­tate, ce que Marx avait montré, que cette course pour tou­jours plus de profit est liée à la concur­rence mon­diale entre les capi­taux. Cela nous fait dou­ce­ment rire que ces mes­sieurs dén­oncent des caractères fon­da­men­taux du capi­ta­lisme lui-même ! Ils peu­vent gémir car les recet­tes de Keynes pour sauver le capi­ta­lisme ont épuisé tout leur suc depuis 30 ans ! L’accrois­se­ment his­to­ri­que énorme des appa­reils d’Etat est l’étern­elle Solution des sociaux-démoc­rates rivaux, de tous poils (fas­cis­tes, trots­kys­tes, maoïstes, Attac, etc. ) ; mais l’inter­ven­tion d’un soi-disant « Etat popu­laire » ou « social » sert de béquille pér­io­dique au capi­ta­lisme, retar­dant seu­le­ment l’exa­cer­ba­tion de ses contra­dic­tions chao­ti­ques.

La qua­dra­ture du cercle les fait pous­ser des cris d’orfraie : les contre-ten­dan­ces éco­no­miques et les bri­co­la­ges suc­ces­sifs des gou­ver­nants du monde, depuis une soixan­taine d’années, ne par­vien­nent pas à éli­miner l’inexo­ra­ble baisse ten­dan­cielle du taux de profit ; or, cette loi, congé­ni­tale au capi­ta­lisme, lui est aussi fatale. Nos experts éminents énoncent dans leurs bou­quins quel­ques réf­ormes dont dis­po­se­rait encore la « gou­ver­nance » mon­diale aux abois... Leurs incer­ti­tu­des ne por­tent pas sur l’évent­ualité des pro­chai­nes crises majeu­res, mais sur leurs dates, sur le degré du chaos, l’ampleur des des­truc­tions.

POUR DES INSURRECTIONS ANTICAPITALISTES


Actuellement le capi­ta­lisme semble triom­phant : il ne cesse de licen­cier, fli­quer, pré­ca­riser, flexi­bi­li­ser, délo­ca­liser... L’Etat liquide les « com­pro­mis his­to­ri­ques » : systèmes de retraite, santé, édu­cation... Nos rés­ist­ances sont par­cel­lai­res, modes­tes... Pourtant le système révèle aussi ses failles béantes : apar­theids explo­sifs, failli­tes d’Etats, crises finan­cières, guer­res, catas­tro­phes éco­lo­giques, impuis­sance des poli­ti­ques réf­orm­istes...

Cela fait plus de 100 ans que les prolét­aires sont intégrés à la société capi­ta­liste par l’Etat, par l’Ecole, par les partis et les syn­di­cats : cela nous a réduits à n’être que du « capi­tal varia­ble » ; les popu­la­tions jugées non ren­ta­bles sont reléguées dans les « ban­lieues » ou les bidon­vil­les de la planète. Cette préh­ist­oire du genre humain finira-t-elle ?! Les hommes conti­nuent de faire leur his­toire. Des insur­rec­tions pro­longées, des grèves géné­rales, ont éclaté, éclatent, écla­teront. A nou­veau, sans même l’avoir cher­ché au départ, des révo­lutions socia­les se retrou­ve­ront en rup­ture avec l’intég­ration au Capitalisme. Ce régime s’effon­drera dans ses pro­pres contra­dic­tions avec sa démoc­ratie bour­geoise, sa répub­lique de clas­ses. L’inter­ven­tion révo­luti­onn­aire des hommes est néc­ess­aire pour inven­ter une autre voie que celle, sui­ci­daire, qui pour­rait succéder au capi­ta­lisme : le chaos, les mafias géné­ralisées, la misère fatale.

« Arrivé à l’apogée de sa puis­sance, le capi­ta­lisme est aussi arrivé au plus haut point de sa vulné­ra­bilité ; il ne déb­ouche nulle part ailleurs que sur la mort. Si fai­bles que soient les chan­ces de rév­olte, c’est moins que jamais le moment de renon­cer au combat » (Paul Mattick, com­mu­niste de conseil)

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