dimanche 23 mars 2014

Prenons la parole !

Tout est fait pour nous empêcher de nous ren­contrer. Priorité à la création par­tout de lieux pour nous retrou­ver !

Pourquoi nous bat­tons-nous ? Pour le seul retrait du CPE ? Pour quém­ander le droit d’être un esclave moderne, soumis à la vie de « métro-boulot-télé-dodo » avec un contrat à « durée indét­erminée » ?

Le CPE n’est qu’une expres­sion avancée de la logi­que capi­ta­liste où l’être humain n’a d’exis­tence qu’à condi­tion de nour­rir le profit du capi­tal. Cette logi­que conduit à la géné­ra­li­sation de la pré­carité pour les exploités. Elle conduit à sou­met­tre les plus jeunes aux plus humi­lian­tes condi­tions d’embau­che dans les pays développés. C’est elle qui fait qu’aujourd’hui sur la planète un enfant meurt de misère toutes les quatre secondes, que la guerre tue des mil­liers de civils un peu par­tout dans le monde. C’est encore elle qui amène la Terre au bord d’un irrév­er­sible dés­astre éco­lo­gique.

C’est cette logi­que infer­nale qu’il faut briser. La casser passe par la géné­ra­li­sation de l’idée que les partis poli­ti­ques de gauche et les orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les de tout poil qui prét­endent représ­enter et déf­endre les exploités, situent en fait leur action entiè­rement au sein de la logi­que capi­ta­liste et n’aspi­rent qu’à gérer et fina­le­ment à sou­te­nir ce système. Sous leur direc­tion, toute lutte est condamnée à l’impuis­sance.

N’oublions pas que l’échec de l’énorme mobi­li­sa­tion des luttes de 2003 en France contre la réf­orme des retrai­tes et de l’édu­cation natio­nale ne fut pos­si­ble que grâce à l’habile coopé­ration entre gou­ver­ne­ment et cen­tra­les syn­di­ca­les, CGT en tête. A ce propos, rap­pe­lons ce que le jour­nal Le Monde rap­por­tait le 17 juin 2003 : « Le minis­tre [Fillon], sait gré à la cen­trale de Montreuil de s’être évertuée à empêcher la géné­ra­li­sation d’un mou­ve­ment qui ris­quait d’éch­apper à son contrôle ».

Le pro­blème n’est pas en soi l’igno­mi­nie de ces bureau­cra­ties cyni­ques et manœuvrières. Le pro­blème c’est d’affir­mer notre puis­sance, notre volonté contre tous ceux qui enta­ment notre dét­er­mi­nation. Ce n’est pas facile d’appren­dre à nous orga­ni­ser par nous mêmes, sans autre contrôle que celui de nos assem­blées, mais comme le montre l’actuelle expéri­ence des étudiants et lycéens, c’est pos­si­ble.

C’est clair, les tra­vailleurs ont un autre poids dans la société que les étudiants vu que c’est grâce à eux que la société fonc­tionne. C’est pour­quoi gou­ver­ne­ment et syn­di­cats ont une prio­rité essen­tielle : empêcher la conver­gence entre le monde des sala­riés et le monde des jeunes sco­la­risés qui ne sont jamais que les futurs actifs préc­aires. C’est pour cela qu’ils ont tout fait pour empêcher que le mee­ting prévu à la fin de la manif pari­sienne du 23 mars se tienne, à l’aide entre autres de pro­vo­ca­teurs (cas­seurs de vitri­nes et de mani­fes­tants) suivis et aidés par quel­ques cen­tai­nes de paumés mani­pulés comme l’attes­tent des tém­oig­nages de plus en plus nom­breux. La décision, sous prét­exte de sécurité, de fermer des sites uni­ver­si­tai­res va dans le même sens de priver le mou­ve­ment de lieux où se réunir et s’orga­ni­ser.

Notre prio­rité est de contrer ce sabo­tage. Il faut pren­dre la parole. Il faut créer des lieux pour se ren­contrer, dis­cu­ter, réfléchir ensem­ble, pren­dre des décisions, par­tout où c’est pos­si­ble : à la fin et pen­dant les manifs, dans les facs, les lycées, les lieux de tra­vail, salles de spec­ta­cles, etc., en par­ti­cu­lier en fin de journée pour per­met­tre la venue de ceux qui tra­vaillent. Brisons les sépa­rations. Créons des lieux où la force du méc­ont­en­tement géné­ralisé puisse se concré­tiser en puis­sance active.

Le capi­ta­lisme n’est pas une fata­lité due à une quel­conque mau­vaise nature humaine. Pas plus que l’escla­va­gisme anti­que ou le féo­dal­isme, le capi­ta­lisme n’est éternel. Les lois inhu­mai­nes qui le cons­ti­tuent sont les sur­vi­van­ces de temps arriérés. Il ne survit que par la force des appa­reils éta­tiques et par notre sou­mis­sion entre­te­nue quo­ti­dien­ne­ment à coups de mil­liards dépensés pour l’endoc­tri­ne­ment idéo­lo­gique quo­ti­dien.

Profitons de ces moments de lutte, où nous rele­vons la tête, pour nous rendre à l’évid­ence : un autre monde est pos­si­ble, si nous le vou­lons. Un monde où l’homme n’est plus obligé de se vendre pour sur­vi­vre, où les rap­ports humains ne seront pas détruits par l’argent. Un monde fondé sur la gra­tuité et l’abon­dance. Nous savons que les moyens matériels exis­tent. Il faut nous éman­ciper de notre peur et de nos faux « représ­entants ».

Des Internationalistes - 26 mars 2006 http://cer­cle­de­pa­ris.free.fr/

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire