dimanche 23 mars 2014

2 textes de militants de la LCR sur les caricatures de Mahomet

Les deux textes qui suivent expriment parfaitement les positions d’un courant que, faute de meilleur terme, nous qualifierons de « multiculturaliste islamophile ». La confusion entre la critique justifiée de l’islam et de l’islam politique, d’un côté, et , de l’autre, le racisme inadmissible et criminel contre les Maghrébins, les Turcs, les Iraniens, les Berbères ou les Arabes est ici grossièrement entretenue. On remarquera qu’aucun de ces textes ne s’intéresse aux vrais actes antimusulmans commis par ceux qui dynamitent des mosquées, tuent des civils chiites ou des sunnites par centaines dans des attentats suicides, des enlèvements ou des rafles, en Irak, le tout au nom d’Allah. Ces textes ne s’intéressent pas non plus aux véritables pogrommes commis par les hindouistes contre les musulmans (2000 morts) en Inde. Enfin, les auteurs de ces deux textes ne mentionnent pas que les caricatures danoises ont été publiées dans des pays dits musulmans (Jordanie, Egypte), que les musulmans ne forment pas un bloc homogène et que les avis sur ces caricatures ont été divers voire opposés. Tout comme ceux qui détestent l’islam, les islamophiles « athées » occidentaux ne s’intéressent pas aux débats au sein de l’islam, ils ne connaissent pas la religion musulmane et son histoire contrastée, et ne se demandent même pas si dans les pays où la religion musulmane est religion d’Etat il existe des athées ou des laïques qui sont persécutés voire exécutés pour leurs points de vue. La dénonciation de ce que ces antiracistes de carnaval appellent indument « l’islamophobie » n’est donc qu’un rideau de fumée pour cacher maladroitement leur soutien à l’islam politique, idéologie totalitaire qui n’a qu’un très lointain rapport avec la religion musulmane, ou en tout cas avec ses interprétations les plus éclairées et respectueuses de la séparation entre l’Etat et les religions. Ni patrie ni frontières

Avanti ! Bulletin n° 31 - Février 2006 L’affaire des cari­ca­tu­res : une nou­velle offen­sive raciste


L’idéo­logie du « Choc des Civilisations » connaît pres­que chaque mois de nou­vel­les incar­na­tions, par­fois déc­onc­ert­antes1. La der­nière en date a fait se dév­erser des flots d’encre pour dis­cu­ter, repro­duire et déf­endre des cari­ca­tu­res d’un niveau intel­lec­tuel et artis­ti­que assez faible parues trois mois aupa­ra­vant dans le Jyllands-Posten, un jour­nal réacti­onn­aire danois. Avec un temps de retard, les grands médias européens, et parmi eux les grands médias français se sont pris d’une pas­sion sou­daine pour « la liberté d’expres­sion ». Il est vrai que la publi­ca­tion de ces des­sins avait sus­cité quel­ques pro­tes­tions en Palestine ou au Pakistan - assez molles dans un pre­mier temps. Les révo­luti­onn­aires doi­vent bien entendu ne sou­te­nir en aucun cas la cen­sure éta­tique ou reli­gieuse, cen­su­res qui auraient tôt fait de s’abat­tre sur toute expres­sion sub­ver­sive. Il n’empêche qu’on peut être étonné d’une telle énergie pour déf­endre les cari­ca­tu­res danoi­ses alors que dans mille et un autre cas, on ne cons­tate pas un tel zèle de la part des grands médias ! Il est impos­si­ble de faire abs­trac­tion du contexte. Cette nou­velle cam­pa­gne s’est engagée précisément au moment où les gou­ver­ne­ments de l’Union europé­enne ont décidé de durcir le ton vis-à-vis de l’Iran et de mettre en qua­ran­taine l’auto­rité pales­ti­nienne après la vic­toire élec­to­rale du Hamas ; sans parler de l’offen­sive en cours contre le régime syrien et des nou­vel­les poli­ti­ques anti-immi­grés coor­données au niveau européen.

Liberté d’expres­sion à géométrie varia­ble On attend tou­jours de voir des pre­mières pages dén­onc­iat­rices fleu­rir pour condam­ner le ministère de l’Éduc­ation qui a sus­pendu réc­emment un pro­vi­seur pour avoir publié un blog expli­cite sur son homo­sexua­lité2, ou encore pour sou­te­nir ce citoyen de Puteaux cri­ti­que de sa muni­ci­pa­lité pour­suivi par son maire3. Il serait tout aussi intér­essant de voir Le Monde, France- Soir et Libération unis pour déf­endre la liberté d’expres­sion de Monsieur R, le rap­peur pour­suivi par des syn­di­cats poli­ciers et un député UMP pour outrage aux bonnes mœurs, inci­ta­tion à la haine et au meur­tre pour sa chan­son FranSSe, en repro­dui­sant bien sûr les paro­les en pre­mière page pour mar­quer le coup ! On pour­rait mul­ti­plier les exem­ples à l’infini de cette hypo­cri­sie. Comble du comble, le Jyllands-Posten lui-même a par ailleurs refusé en 2003 des des­sins humo­ris­ti­ques représ­entant Jésus par peur d’offen­ser ses lec­teurs4 ! C’est donc bien la déf­ense de la liberté d’une expres­sion très par­ti­cu­lière qui a motivé les plumes et les caméras, celle d’une expres­sion assi­mi­lant islam et ter­ro­risme, islam et vio­lence, islam et sexisme, autre­ment dit l’expres­sion de l’idéo­logie raciste domi­nante en France comme au Danemark. Loin de lutter cou­ra­geu­se­ment contre les pou­voirs ins­ti­tués, il s’agis­sait au contraire de relayer leur idéo­logie. On ne peut pas y voir plus de cou­rage et plus de mérite que quand un Finkielkraut gémit d’être bâillonné, lui qui réside à demeure dans les jour­naux, à la radio et à la télé­vision, et y dév­erse depuis des années ses élu­cub­rations réacti­onn­aires. On ne peut pas oublier que la liberté d’expres­sion s’exerce tou­jours dans des cadres définis par les rap­ports de domi­na­tion, que comme l’indi­quait Marx « les idées domi­nan­tes n’ont jamais été que les idées de la classe domi­nante ». Ce n’est donc pas la liberté d’expres­sion en soi qu’il faut déf­endre, mais la liberté d’expres­sion des opprimés et des exploités. Pour des révo­luti­onn­aires agis­sant dans les démoc­raties bour­geoi­ses, le combat contre l’obs­cu­ran­tisme reli­gieux est d’abord un combat de classe, pas un combat en état de lévi­tation sociale, dans le ciel des idées, au nom de la liberté tout court. Sans doute cette nou­velle stig­ma­ti­sa­tion des musul­mans ne suf­fi­sait pas, on s’est donc empressé de stig­ma­ti­ser aussi la rép­onse à la stig­ma­ti­sa­tion5 ! En gros­sis­sant le trait si besoin : parmi les 1 200 000 000 musul­mans dans le monde, l’écras­ante majo­rité n’y a vu qu’une insulte de plus, guère plus digne d’atten­tion que tant d’autres. Il est d’autant plus intér­essant de noter com­ment ont été mis en avant les petits grou­pes qui ont pro­testé, la plu­part du temps de façon paci­fi­que. On peut retrou­ver sans dif­fi­culté dans la façon dont ces pro­tes­ta­tions ont été dépe­intes les vieux cli­chés orien­ta­lis­tes fai­sant des musul­mans des créa­tures irra­tion­nel­les, fana­tisées, plongées dans une transe meur­trière dès que leurs idoles sont bro­cardées. Ainsi, après avoir déf­endu en long et en large le droit d’insul­ter les musul­mans, cer­tains jour­na­lis­tes européens condam­nent l’usage par des musul­mans du droit démoc­ra­tique de pro­tes­ter comme l’action de fous fana­ti­ques... Brûler un dra­peau n’aurait aucune com­mune mesure avec la publi­ca­tion d’une cari­ca­ture ! D’un côté les lumières, la civi­li­sa­tion, la Loi, de l’autre le fana­tisme, la vio­lence aveu­gle, la haine ! On peut citer parmi mille exem­ples cet édi­torial du quo­ti­dien Métro, assez représ­en­tatif du genre : « On peut dét­ester les cari­ca­tu­res met­tant en scène un Mahomet bel­li­queux. Mais nous devons tous être d’accord sur une même chose : on ne répond pas à la vio­lence des mots ou des des­sins par la vio­lence des armes. Dans une société, la liberté d’expres­sion rem­place la loi de la jungle. S’il est vrai que la reli­gion musul­mane est injus­te­ment déformée, s’il est vrai que la culture arabe est sous-estimée, rabaissée, sim­pli­fiée, c’est par le débat qu’il faut lui rendre sa juste place. Les mani­fes­ta­tions, on peut parler de déf­er­lement de haine, qui ont suivi la publi­ca­tion des cari­ca­tu­res dans un quo­ti­dien danois et repri­ses par d’autres publi­ca­tions en Europe, ne sont pas admis­si­bles. Et si les mots ne suf­fi­sent pas, alors il y a le recours à la Loi. »6

Pas dupes Faut-il le pré­ciser ? Parmi les pro­tes­ta­tions, il y en a de réacti­onn­aires, qui déf­endent le prin­cipe du délit de blas­phème comme jus­ti­fié, ou qui amal­ga­ment les res­sor­tis­sants d’un pays ou d’un autre comme col­lec­ti­ve­ment res­pon­sa­bles. Dans la réaction de plu­sieurs régimes dic­ta­to­riaux du Moyen-Orient, on peut aussi déceler la ten­ta­tive de se refaire une vertu et de déto­urner l’atten­tion popu­laire de leur propre incu­rie. Trouvant chacun leur compte à l’idéo­logie du Choc des Civilisations, impér­ial­istes et isla­mis­tes se ren­voient la balle en se ren­forçant les uns et les autres. Mais cela ne peut pas servir d’alibi pour refu­ser de pren­dre posi­tion. En tant que révo­luti­onn­aires dans un pays impér­ial­iste et raciste, notre pre­mière tâche est de com­bat­tre notre propre impér­ial­isme et notre propre racisme, ce qui veut dire être par­ti­cu­liè­rement vigi­lants à ne pas être dupes de l’uti­li­sa­tion frau­du­leuse des « grands prin­ci­pes » par notre classe diri­geante. L’idéo­logie raciste en France a tou­jours usé de ruses pour se faire accep­ter comme fac­teur de pro­grès : pseudo-science, besoin de civi­li­ser des peu­pla­des obs­cu­res, de lutter contre la guerre, le tota­li­ta­risme, ou contre le fana­tisme. Depuis plu­sieurs années le sup­posé combat contre l’obs­cu­ran­tisme permet de véhi­culer un dis­cours colo­nial-raciste contre des popu­la­tions issues de l’immi­gra­tion post-colo­niale dans les pays capi­ta­lis­tes avancés, dis­cours que la presse d’extrême droite ne prend même plus la peine d’atti­ser puis­que la presse réacti­onn­aire bien-pen­sante s’en fait elle-même le relais : il lui suffit dés­ormais de mois­son­ner ce que d’autres ont semé pour eux. Aujourd’hui on vou­drait faire passer pour une cam­pa­gne pour la liberté d’expres­sion et pour la démoc­ratie la dissé­mi­nation de la pro­pa­gande la plus nauséab­onde, on vou­drait nous faire croire que ceux qui n’applau­dis­sent pas à ces cari­ca­tu­res racis­tes sont forcément des déf­enseurs de l’inqui­si­tion et de la mise à l’index. Il est impor­tant de le dire clai­re­ment : nous ne sommes pas dupes ! Sylvestre Jaffard

1 On se sou­vient par exem­ple qu’en 2004 un minis­tre de l’édu­cation considérait qu’on pou­vait déceler une manière reli­gieuse de porter la barbe, et que cela pou­vait cons­ti­tuer un motif d ’exclu­sion de l’école publi­que...
2 http://www.france.qrd.org/actua­lite...
3 http://www.mon­pu­teaux.com/
4 Voir le Guardian du 6 février 2006 (http://www.guar­dian.co.uk/inter­nati...,,1703501,00.html)
5 Gary Young dans le Guardian peut citer à raison le mili­tant contre l’apar­theid Steve Biko : « Non seu­le­ment les blancs nous frap­pent, mais ils nous disent aussi com­ment nous devons réagir. »

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Extrait du site de Socialisme inter­na­tio­nal, qui regroupe des mili­tants de la LCR


Le guide de l’anti­ra­ciste sur l’affaire des cari­ca­tu­res de Mohammed


Charlie Hebdo a rejoint France Soir dans la publi­ca­tion des fameu­ses cari­ca­tu­res de Mohammed - dont la plus cho­quante montre le pro­phète coiffé d’un turban en forme de bombe. Les mêmes cari­ca­tu­res se ven­dent dés­ormais sur des T shirts aux Pays Bas. Au Nigeria de graves conflits entre musul­mans et chrétiens ont fait plu­sieurs morts de chaque côté. A Damas l’ambas­sade danoise a été incen­diée. En Libye les forces de police ont tué onze mani­fes­tants musul­mans. Ici en France, SOS-Racisme orga­nise des mee­tings dans les uni­ver­sités pour sou­te­nir la publi­ca­tion des cari­ca­tu­res. Que doit en penser un anti­ra­ciste ?

S’agit-il vrai­ment de des­sins racis­tes ? Oui. Les jour­naux ont voulu émettre un écran de fumée en publiant une série de des­sins dont cer­tains seu­le­ment sont racis­tes. Mohammed avec un turban en forme de bombe en est le pire. Le sens est abso­lu­ment clair - les musul­mans ne seraient plus nos voi­sins, mais des ter­ro­ris­tes. Quel est ce jour­nal Danois et pour­quoi a-t-il voulu publier les cari­ca­tu­res ? Le Jyllands-Posten, le jour­nal danois qui a publié les cari­ca­tu­res dit déf­endre la liberté de la presse. C’est entiè­rement faux. En 2003 le même jour­nal a refusé de publier un dessin de la rés­urr­ection de Jésus pour ne pas offen­ser les Chrétiens. En 1984, le jour­nal a fait cam­pa­gne contre un artiste, Jens Jorgen Thorsen, dont les oeu­vres mon­traient Jésus tout nu. Qui plus est, la publi­ca­tion des cari­ca­tu­res fut accom­pa­gnée d’un arti­cle anti-musul­man « Il y a des musul­mans qui rejet­tent la société moderne et laïque, » écrit-il « Ils exi­gent une posi­tion pri­vilégiée, vou­lant une considé­ration excep­tion­nelle de leurs sen­ti­ments reli­gieux, ce qui est incom­pa­ti­ble avec la démoc­ratie moderne. » La démoc­ratie n’a pour­tant pas tou­jours été chère à ce jour­nal. Dans les années 1920, le jour­nal sou­te­nait Mussolini, et en 1933 il pro­cla­mait que la dic­ta­ture était la solu­tion aux pro­blèmes du Danemark ! La publi­ca­tion des cari­ca­tu­res fait partie d’une cam­pa­gne anti-musul­mane au Danemark. Selon M. Burcharth, cor­res­pon­dant amé­ricain d’un quo­ti­dien danois « Depuis vingt ans, les 200 000 musul­mans au Danemark n’ont jamais eu un permis de cons­truire pour une mos­quée dans la capi­tale, et au Danemark, il n’y a pas de cime­tière musul­mane. »

La publi­ca­tion des cari­ca­tu­res défend-elle la liberté de la presse ? La liberté de la presse est un droit démoc­ra­tique fon­da­men­tal. Mais son exis­tence ne dém­ontre pas la supér­iorité des sociétés dites « occi­den­ta­les ». Cette liberté a été arra­chée de haute lutte par le mou­ve­ment ouvrier et popu­laire, contre nos pro­pres clas­ses diri­gean­tes. Mais dans les faits elle béné­ficie essen­tiel­le­ment à ceux qui, jour après jour, l’uti­lise pour dénigrer des syn­di­ca­lis­tes, des pay­sans ou des alter­mon­dia­lis­tes en lutte et rép­andre l’idée qu’ « il n’y a pas d’alter­na­tive » aux poli­ti­ques néo-libé­rales. Les moyens d’expres­sion et de com­mu­ni­ca­tion appar­tien­nent, dans leur immense majo­rité, à ceux-là même qui ont intérêt à nous divi­ser sur des bases eth­ni­ques ou reli­gieu­ses. Défendre la liberté d’expres­sion signi­fie d’abord lutter contre la main­mise de quel­ques grands grou­pes capi­ta­lis­tes, qui sont chacun pro­priét­aires de plu­sieurs dizai­nes de titres natio­naux et rég­ionaux, ainsi que de chaînes de télé­vision, et qui sont loin d’être « neu­tres ». Elle ne signi­fie pas voler au secours de n’importe quel organe de presse, sur­tout quand il choi­sit de cibler, non pas les puis­sants de ce monde, mais les mem­bres d’un groupe social dis­cri­miné !

Transformer France-Soir en pre­mier com­bat­tant du pro­grès et de la liberté est un peu fort de café ! A tra­vers le monde les tenants de la « guerre contre le ter­ro­risme », vite confon­due avec « le choc des civi­li­sa­tions » et « la guerre contre les musul­mans » se réjou­issent. Aux Etats-Unis, la revue de droite le Weekly Standard publie les des­sins avec le com­men­taire sui­vant « C’est un moment de vérité dans la lutte mon­diale contre l’extrém­isme isla­mi­que - Est-ce que le Hamas réus­sira à ins­tal­ler un Etat ter­ro­riste en Cisjordanie ? Est-ce qu’un régime ira­nien qui sou­tient le ter­ro­risme réus­sira à se doter d’armes nuclé­aires ? Est-ce que des Imams danois réus­siront à inti­mi­der ... le monde libre. » Depuis des années (en par­ti­cu­lier depuis le 11 sep­tem­bre) une grande partie de la presse, y com­pris de « gauche », publie régul­ièrement de prét­endues « enquêtes » , titres raco­leurs et photos de femmes voilées et hommes barbus à l’appui, pour dém­ontrer l’exis­tence d’un « com­plot » isla­miste qui mena­ce­rait les valeurs occi­den­ta­les. Elle souf­fle ainsi sur les brai­ses des ten­sions, pour des rai­sons poli­ti­ques ina­vouées - ou plus cyni­que­ment parce que cela vend des jour­naux. Cette cam­pa­gne hon­teuse n’a pres­que jamais été dénoncée par la gauche. Ceux qui pro­tes­tent ne sont-ils pas des intégr­istes ? Pour l’essen­tiel, non. On n’est pas obligé d’être intégr­iste pour être choqué par la publi­ca­tion de pro­vo­ca­tions racis­tes. Des mil­lions de musul­mans ordi­nai­res, qu’ils soient très pra­ti­quants ou non ont été cho­qués. Car ils ont com­pris l’objec­tif des des­sins. Si les atten­tats sui­cide en Irak ou en Palestine sont seu­le­ment le rés­ultat de la folie de l’islam et dans la nature même du pro­phète, cela signi­fie que l’Occident a raison d’occu­per l’Irak, qu’Israël a raison d’écraser le peuple pales­ti­nien. Les des­sins sont publiés dans une ten­ta­tive claire de sou­te­nir les armées occi­den­ta­les en Afghanistan et l’Etat d’Israël dans ses vio­len­ces.

Bien évid­emment, des régimes dic­ta­to­riaux dans cer­tains pays à majo­rité musul­mane sont ravis de la pro­vo­ca­tion. Ils peu­vent se prés­enter comme les meilleurs déf­enseurs de l’islam. Dans les pays occi­den­taux aussi, quand la gauche aban­donne la lutte anti­ra­ciste, des forces réacti­onn­aires intégr­istes, même peti­tes, peu­vent en pro­fi­ter à coeur joie. Dans des pays comme le Nigeria, ceux qui veu­lent divi­ser le peuple sur des bases reli­gieu­ses pro­fi­tent de la situa­tion plei­ne­ment. Mais ils sont loin de représ­enter la majo­rité paci­fi­que et tolér­ante des musul­mans dans le monde. Que fait la gauche ? Des jour­na­lis­tes à la recher­che d’un bon « coup » publient des des­sins qui iden­ti­fient Mohammed à un ter­ro­riste, et la gauche en France est mar­quée avant tout par ... son silence, à part quel­ques dén­onc­iations sym­bo­li­ques. Lors d’une mani­fes­ta­tion à Paris appelée par des orga­ni­sa­tions musul­ma­nes, la gauche est entiè­rement absente. Pire, SOS-Racisme a tenté d’orga­ni­ser des mee­tings pour... déf­endre ceux qui publient ces des­sins. C’est un jour­nal habi­tuel­le­ment de gauche, Charlie Hebdo, qui suit l’exem­ple de France Soir en sor­tant les cari­ca­tu­res mi-février. Pour les anti­ra­cis­tes, c’est une catas­tro­phe ! Quasiment seul, le MRAP a tenté de sauver l’hon­neur de la gauche, en annonçant son inten­tion de pour­sui­vre en jus­tice France Soir pour « inci­ta­tion à la haine raciale ». Mais une procé­dure judi­ciaire ne peut pas rem­pla­cer une réaction mas­sive pour dire à tous les musul­mans « les anti­ra­cis­tes rejet­tent ces pro­vo­ca­tions isla­mo­pho­bes ». Pourquoi la gauche est-elle para­lysée ?

Malheureusement, ce n’est pas la pre­mière fois que la gauche montre qu’elle ne veut pas ou ne sait pas réagir contre le racisme anti-musul­man. La triste affaire de l’exclu­sion de jeunes femmes por­tant le fou­lard à l’école a été la honte de la gauche franç­aise. Heureusement un cer­tain nombre d’anti­ra­cis­tes non-musul­mans ont déf­endu par soli­da­rité la com­mu­nauté musul­mane. A Londres, 20 000 per­son­nes ont mani­festé digne­ment et dans le calme contre les des­sins, avec le sou­tien de gran­des orga­ni­sa­tions poli­ti­ques telles que la coa­li­tion contre la guerre en Irak et la cam­pa­gne pour le dés­ar­mement nuclé­aire. Ils ne reven­di­quaient ni la cen­sure, ni des représailles, mais la simple reconnais­sance d’une faute et d’une pro­vo­ca­tion. En Autriche, à Graz, soixante-deux ven­deurs du jour­nal Kleine Zeitung ont fait grève quand leur jour­nal a publié les cari­ca­tu­res. En Palestine, le Mouvement pour la soli­da­rité inter­na­tio­nale a condamné les des­sins. Sa fon­da­trice, Neta Golan, mili­tante israéli­enne-cana­dienne a déclaré « Les des­sins publiés au Danemark ont pro­vo­qué une colère pro­fonde dans le peuple pales­ti­nien... en disant que Mohammed est un ter­ro­riste, ils disent que tous les arabes, tous les musul­mans sont ter­ro­ris­tes. Tout cela ren­force l’idée que la vie d’un Palestinien vaut moins que celle d’un occi­den­tal.... »

Il faut en France aussi que tous les anti­ra­cis­tes conséquents mon­trent leur soli­da­rité avec la com­mu­nauté musul­mane, contre ceux qui veu­lent faire des musul­mans des boucs émiss­aires, et qui sou­tien­nent ainsi les mas­sa­cres en Irak et en Palestine.

John Mullen (Montreuil), Colin Falconer (Saint Denis), mili­tants de la LCR, février 2006

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