mercredi 1 janvier 2014

Pays-Bas : Votez pour des expulsions civilisées, votez pour le SP !

Durant et après la campagne du référendum européen, la LCR a cherché à démontrer son « internationalisme » en interviewant des partisans du non dans d’autres pays d’Europe - notamment le SP néerlandais après la « victoire du non » aux Pays-Bas. Mais, sans doute pressée de se trouver des alliés, la LCR a « oublié » d’informer les lecteurs de Rouge des crapuleuses positions du SP sur l’immigration. Un « oubli » bien regrettable, que nous réparons en traduisant ci-après un article de De Fabel van de illegaal sur le SP et sa brillante proposition de conduire des expulsions… « civilisées » !

D’ailleurs, il suffisait aux lecteurs de Rouge de lire l’interview du secrétaire général du SP publiée dans leur propre hebdo au mois de juin dernier (sous le titre « Du nee au non ») pour voir dans quelles eaux nauséabondes nagent ces représentants de la prétendue « gauche anticapitaliste européenne » que courtise tant la LCR. Selon Rouge, le SP serait « désormais aux Pays-Bas le plus important parti à gauche de la social-démocratie ». Diable ! les bourgeois néerlandais doivent trembler de peur devant ce parti si radical !

Or, que nous dit Hans van Heijningen, secrétaire général du SP dans son interview à ladite publication trotskyste ? « Si on prend par exemple le problème de l’immigration des travailleurs, il est difficile de voir si on en parle d’un point de vue de droite ou dans une perspective socialiste. Pour les gens, cette différence n’est pas claire. » Ce n’est pas pour « les gens » que la différence « n’est pas claire », c’est pour les social-chauvins du SP (et accessoirement pour la LCR qui leur ouvre ses colonnes afin qu’ils déversent leur propagande nationaliste). En effet les militants du SP défendent l’ « indépendance de [leur] pays » ( !) et veulent rester maîtres dans [leur] propre pays » ( !) car ils sont hostiles à l’ « ouverture des frontières » parce qu’elle « profite aux grands pays et aux multinationales » ( !). Difficile de tomber plus bas dans la démagogie… Et pas étonnant que les électeurs néerlandais ne voient pas la différence, sur certains points, avec les discours de la droite locale. Ni Patrie Ni Frontières

Votez pour des expul­sions civi­lisées, votez pour le SP !


De Fabel van de ille­gaal n° 57, mars/avril 2003, Eric Krebbers


Aujourd’hui une petite dose de racisme semble admise à gauche. De plus en plus de mili­tants votent pour le Socialistische Partij (SP, Parti socia­liste) aux Pays-Bas, adhèrent à ce parti ou devien­nent même can­di­dats aux élections pour ce groupe. Les posi­tions de cet ex-orga­ni­sa­tion maoiste sont effec­ti­ve­ment plus pro­gres­sis­tes, sur de nom­breux points, que celles de la plu­part des autres grou­pes, mais pas quand il s’agit des réfugiés ou des immi­grés. Tout comme les partis de droite, le SP prône une poli­ti­que de fer­meté contre « cer­tains grou­pes de jeunes immi­grés » et ne pro­teste pas contre le véri­table apar­theid admi­nis­tra­tif ins­tauré par la loi sur la fusion des données infor­ma­ti­ques qui permet de priver les sans-papiers de tous les ser­vi­ces gou­ver­ne­men­taux. « Les sans-papiers et les réfugiés déboutés du droit d’asile doi­vent quit­ter les Pays-Bas », déc­lare « Première rue à gauche », le pro­gramme d’action du SP pour les années 2003-2007.

La der­nière cam­pa­gne élec­to­rale a com­mencé le 8 jan­vier 2003 par un débat télévisé entre les chefs des partis poli­ti­ques. Le diri­geant du SP, Jan Marijnissen, a essayé de battre Mat Herben (le leader d’extrême droite de la Liste Pym Fortuyn) en employant des argu­ments popu­lis­tes hos­ti­les à l’immi­gra­tion. « Nous devons obli­ger encore plus les gens à s’intégrer », a déclaré Marijnissen, suggérant que les immi­grants et les réfugiés ne désirent pas suf­fi­sam­ment s’adap­ter. Bien qu’il ait reconnu que les Pays-Bas ne sont pas encore sur­peu­plés, il a averti que cela arri­ve­rait un jour si des mesu­res dras­ti­ques n’étaient pas prises. « Nous ne pou­vons pas accep­ter de réfugiés éco­no­miques aux Pays-Bas. Si nous les lais­sions entrer, les Pays-Bas seraient enva­his en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. » C’est pour­quoi, selon lui, les expul­sions sont néc­ess­aires. « Je suis d’accord pour que l’on expulse les sans-papiers. Mais ne pour­rions-nous pas le faire de façon un peu plus civi­lisée ? », a-t-il ajouté pour les électeurs de gauche. Des expul­sions « civi­lisées », kezaco ?

L’appa­reil de contrôle de l’immi­gra­tion


Certaines des mesu­res pré­conisées par le pro­gramme d’action du SP sont très posi­ti­ves. Le SP écrit que les sans-papiers ont droit à l’aide médi­cale et que les réfugiées et les immi­gran­tes qui sont vic­ti­mes de vio­len­ces conju­ga­les devraient obte­nir un permis de résid­ence spécial pour rai­sons huma­ni­tai­res. Le SP défend aussi l’attri­bu­tion de cartes de séjour à tous les tra­vailleurs sans-papiers qui ont payé des impôts avant la loi sur le regrou­pe­ment des données infor­ma­ti­ques votée en 1998, et à tous les réfugiés qui se trou­vaient déjà depuis trois ans dans des camps de réfugiés néerl­andais le 1er avril 2001, quand la nou­velle loi sur les étr­angers a été intro­duite. Mais même si ces mesu­res sont très impor­tan­tes pour les per­son­nes concernées, elles ne visent qu’à arron­dir les angles d’une poli­ti­que répr­es­sive contre l’immi­gra­tion. Dans aucun point de son pro­gramme d’action, le SP ne cri­ti­que les fon­de­ments des poli­ti­ques migra­toi­res. Le SP sou­haite placer les réfugiés dans des cen­tres d’accueil « rég­ionaux » (1) et empêcher les immi­grants d’entrer aux Pays-Bas ; ce parti est favo­ra­ble à la sél­ection des immi­grés ; il veut reje­ter cer­tains réfugiés, ainsi qu’exclure et expul­ser les sans papiers.

Quand un parti poli­ti­que sou­tient de telles mesu­res et est hos­tile à l’ouver­ture totale des fron­tières, il choi­sit aussi de sou­te­nir toutes les ins­ti­tu­tions et les règ­lements dont les Etats ont besoin pour appli­quer leur poli­ti­que migra­toire, par exem­ple les contrôles aux fron­tières et les cen­tres de dét­ention des expulsés. Les réfugiés et les immi­grés essaient évid­emment d’éch­apper à cet appa­reil de contrôle et sont donc tou­jours vic­ti­mes de la répr­ession, quand ils tra­ver­sent illé­ga­lement les fron­tières, quand on les jette en prison et quand on les expulse. De tels rés­ultats sont iné­vi­tables, même si le SP sou­haite que cela se passe de manière "civi­lisée". Les anti­ra­cis­tes cher­che­ront en vain, dans le pro­gramme d’action du SP, des pro­po­si­tions d’action contre le racisme. C’est comme si le racisme n’exis­tait pas aux yeux du SP. Mais cela n’empêche pas ce parti de repren­dre à son compte, dans ce texte, les préjugés racis­tes actue­le­ment les plus popu­lai­res contre les immi­grés.

Le plus impor­tant de ces préjugés étant que les immi­grés ne font pas suf­fi­sam­ment d’ efforts pour s’intégrer. Selon le SP, c’est « l’échec de l’intég­ration » qui affai­bli­rait la « soli­da­rité entre les immi­grés et les Néerlandais ». C’est pour­quoi le SP cri­ti­que le climat hos­tile aux immi­grés créé par… les immi­grés eux-mêmes ! En d’autres termes : les vic­ti­mes du racisme seraient elles-mêmes res­pon­sa­bles du racisme. C’est pour­quoi toutes les mesu­res pro­posées par le SP ne visent que les immi­grés. Ce parti veut exiger davan­tage des nou­veaux arri­vants, « comme par exem­ple de mieux maît­riser la langue et de par­ti­ci­per à des stages ». Le SP veut forcer les immi­grés à suivre des cours de langue et d’intég­ration dans leur pays d’ori­gine afin "d’attein­dre le niveau que le gou­ver­ne­ment néerl­andais exige d’eux".

Enfin, le pro­gramme du SP reprend à son compte un autre préjugé raciste très rép­andu : la cri­mi­na­lité serait pire lorsqu’elle serait le fait d’immi­grés. Dans une pér­iode poli­ti­que où la droite popu­liste donne le ton aux Pays-Bas, le SP ne s’intér­esse plus à la cri­mi­na­lité elle-même, mais à l’ori­gine eth­ni­que de ceux qui contre­vien­nent aux lois. Le parti par­ti­cipe ainsi au débat monté en épingle par les médias sur la "sécurité" et veut même impo­ser des mesu­res spéc­iales plus sévères contre les immi­grés. "La lutte contre la cri­mi­na­lité et les pro­blèmes spé­ci­fiques causés par cer­tains jeunes immi­grés doit deve­nir plus pra­ti­que et per­for­mante. Il pour­rait être utile d’établir des pro­fils types des dél­inquants" et de "disséquer le noyau dur des réci­div­istes". Le fait de clas­si­fier les dél­inquants selon leur natio­na­lité ne sert qu’un seul objec­tif : le racisme. En posant les pro­blèmes de cette façon, le SP contri­bue à détér­iorer encore davan­tage l’image des tra­vailleurs immi­grés.

« Travailleurs invités et Capital »


Durant les débats sur l’intég­ration, Marijnissen, secrét­aire général du SP, s’est régul­ièrement vanté du fait que le SP « avait été le pre­mier à sou­li­gner ces pro­blèmes » dans « Travailleurs invités et Capital », un rap­port publié au prin­temps 1983. A l’époque, Marijnissen lui-même avait par­ti­cipé à sa réd­action. Bien que ce texte soit tota­le­ment raciste, le SP ne prend pas ses dis­tan­ces par rap­port à lui. Selon ce docu­ment, les immi­grés contri­buent à affai­blir les luttes des tra­vailleurs. A cause de leur culture musul­mane « arriérée » les tra­vailleurs immi­grés auraient une atti­tude ser­vile envers leurs patrons. « Les Néerlandais ont beau­coup de mal à tra­vailler et vivre ensem­ble avec leurs collègues étr­angers à cause des différ­ences de dével­op­pement et de culture. » L’atti­tude néga­tive de nom­breux Néerlandais serait donc com­préh­en­sible, selon ce texte. De plus, d’après le rap­port en ques­tion, on peut pas appe­ler ce genre d’atti­tude de la dis­cri­mi­na­tion : « La ’dis­cri­mi­na­tion’ est pro­ba­ble­ment le seul mot néerl­andais qu’appren­nent pres­que tous les étr­angers. Nous igno­rons s’ils en connais­sent ou pas le sens. De toute façon, ils l’ont entendu tant de fois dans la bouche de tra­vailleurs sociaux, sans doute bien inten­tionnés, qu’ils ont com­mencé à l’uti­li­ser eux-mêmes, à tort ou à raison, dans toutes les situa­tions qu’ils ren­contrent. »

Ce rap­port abor­dait aussi les « pro­blèmes » posés par le regrou­pe­ment fami­lial. Mais il ne men­tion­nait pas les mai­sons délabrées dans les­quel­les les immi­grées étaient obligées de vivre, ni le racisme et l’exploi­ta­tion qu’elles subis­saient. A l’époque, le SP ne s’intér­essait qu’aux « pro­blèmes » qu’« elles » posaient. Les preu­ves apportées se réd­uisaient à des commé­rages de voi­sins. Le rap­port men­tion­nait à de nom­breu­ses repri­ses des anec­do­tes concer­nant des abat­ta­ges rituels, des machi­nes à laver qui fuyaient et des toi­let­tes cassées. « Ces femmes ne veu­lent pas vrai­ment appren­dre notre langue », prét­endait le SP. Et à cause de la « forte den­sité de popu­la­tion dans notre pays » le parti vou­lait obli­ger les immi­grés à choi­sir : « Soit ils devien­nent des citoyens hol­lan­dais au bout de quel­ques années - nous pro­po­sons deux ans - soit ils ren­trent chez eux après une pér­iode de même durée. »

Marijnissen et ses amis pen­saient offrir aux immi­grés 75 000 flo­rins pour partir (soit 225 000 francs de 1983). Bien sûr, à l’époque, toutes les autres ten­dan­ces de gauche avaient séri­eu­sement cri­ti­qué le SP pour sa col­la­bo­ra­tion à ce rap­port raciste (2).

Formulations et contenu


Certains des mili­tants de gauche qui ont depuis lors rejoint le SP ne s’inquiètent pas de ce racisme, mais ce n’est pas le cas de tous. Par exem­ple, durant un débat élec­toral orga­nisé le 18 jan­vier 2003 à EuroDusnie, Krista van Velzen, mili­tante et députée du SP, a déclaré qu’elle n’appréciait pas les for­mu­la­tions du rap­port de 1983 mais… qu’elle approu­vait son contenu ! Hans van­Hei­j­nin­gen, can­di­dat du SP, a réc­emment reconnu, dans le maga­zine mili­tant Ravage, que les posi­tions du SP en matière d’immi­gra­tion lui posaient quel­ques pro­blèmes. Il est per­son­nel­le­ment favo­ra­ble à l’ouver­ture des fron­tières, mais, selon lui, son parti a peur de se retrou­ver devant une « situa­tion incontrolâble ». Que ferait Hans van Heijningen si le SP par­ve­nait au pou­voir et trou­vait chargé de la poli­ti­que migra­toire ? A cette ques­tion il a rép­ondu : « Heureusement je ne fais pas partie des cer­cles du parti qui pren­nent des décisions sur de tels sujets (3) » !

1. Ces cen­tres seraient situés à pro­mixité des pays dont vien­nent les réfugiés, ou dans un Etat situé non loin des fron­tières de l’Europe (la Lybie, par exem­ple, est volon­taire pour ce rôle de geôlier huma­ni­taire) ; inu­tile de dire que les condi­tions de vie y seraient encore plus préc­aires que dans l’UE. De plus, ces lieux ser­vi­raient de « cen­tres de tri » pour sél­ecti­onner ceux qui seraient « admis­si­bles » sur le sol européen (NdT).

2. En 1983 et en 1994 de nom­breu­ses dis­cus­sions ont eu lieu sur le racisme du SP. La biblio­thèque de De Fabel possède une vaste docu­men­ta­tion à ce sujet. On peut aussi lire l’arti­cle de Gerrit de Wit "’SP’ruit­jes­lucht" (litté­ra­lement "Le SP sent les choux de Bruxelles" ; c’est-à-dire "Le SP pue le natio­na­lisme") dans Fabel Archive sur Internet - en néerl­andais.

3. "Armoedeprobleem ver­dient een offen­sieve bena­de­ring", ("Le pro­blème de la pau­vreté mérite une appro­che offen­sive"). Alex van Veen, Ravage 1, 10.1.2003.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire