lundi 23 décembre 2013

L’islamisme contre les femmes

Mimouna Hadjam, militante de l’association Africa à La Courneuve, nous apporte ici un témoignage et une analyse indispensables pour comprendre la situation actuelle des femmes dans les banlieues ouvrières. Ni patrie ni frontières

Tenter de démêler les raci­nes de « l’affaire du voile », c’est tenter de com­pren­dre la nature de l’idéo­logie véri­table qui se cache der­rière le voile. Cette idéo­logie qui a pour nom isla­misme poli­ti­que, si elle ne sau­rait igno­rer les interfér­ences dues aux chan­ge­ments éco­no­miques et poli­ti­ques sur la scène inter­na­tio­nale, s’atta­que prio­ri­tai­re­ment aux femmes, et, il faut le rap­pe­ler, aux femmes musul­ma­nes. En Afghanistan, en Algérie, au Nigeria, en Iran, ce sont des femmes musul­ma­nes qui ont été assas­sinées, tor­turées, lapidées.

Heureusement pour nous, femmes immi­grées ou issues de l’immi­gra­tion, nous ne vivons pas cette situa­tion ; cepen­dant il faut reconnaître que cette idéo­logie a conta­miné la France. Bien sûr, elle n’a pas le visage de la bar­ba­rie qu’on lui connaît dans ces pays, mais des mil­liers de femmes immi­grées ou issues de l’immi­gra­tion sont vic­ti­mes d’une double dis­cri­mi­na­tion, vic­ti­mes du racisme, d’une part, et de cette idéo­logie patriar­cale et obs­cu­ran­tiste.

La conta­mi­na­tion des idées reli­gieu­ses

Dans le domaine du statut per­son­nel qui régit les rela­tions per­son­nel­les (mariage, divorce), les femmes qui vivent en France se voient appli­quer par des tri­bu­naux français des lég­is­lations de leurs pays d’ori­gine. De plus en plus de femmes se retrou­vent répudiées au pays d’ori­gine, par le mari qui pro­nonce la for­mule magi­que trois fois (comme le veut la charia) au pays ; ce der­nier n’a plus qu’à la faire vali­der par exe­qua­tur en France pour que la femme se retrouve répudiée selon le droit musul­man, et sur­tout spo­liée de tous ses droits, en matière de loge­ment, d’auto­rité paren­tale, voire de garde d’enfants. Cela ne date pas d’aujourd’hui ; une jeune Marocaine âgée de 29 ans, habi­tant La Courneuve, s’est vue enle­ver ses quatre enfants, tous de natio­na­lité franç­aise, en 1990, par le père, au Maroc, qui jugeait que sa femme mon­trait des idées d’indép­end­ance ; répudiée au pays, le tri­bu­nal français a donné la garde des enfants au père, enté­rinant la décision de la juri­dic­tion maro­caine, malgré une enquête sociale favo­ra­ble à la mère. Ces femmes ne pour­ront jamais se rema­rier, ni même vivre en concu­bi­nage, du fait de la pres­sion reli­gieuse et com­mu­nau­taire, et sur­tout parce qu’elles gar­dent tou­jours l’espoir qu’on leur rende leurs enfants. Ces codes de la famille, dég­radants, dis­cri­mi­na­toi­res, ins­pirés par la loi cora­ni­que, ne reconnais­sent aucune égalité entre les hommes et les femmes, plaçant ces der­nières sous la tutelle de l’époux ou, à défaut, d’un homme de la famille.

Une autre de ces humi­lia­tions per­mi­ses par la charia est la poly­ga­mie, offi­ciel­le­ment inter­dite en France, mais tolérée, tou­jours « au nom du res­pect de la culture des autres ». L’impact de cette pos­si­bi­lité sur le mental des femmes est énorme, car elles vivent dans la ter­reur d’un second mariage du mari, les entraînant dans un état de dép­end­ance et de sou­mis­sion. Inutile d’entrer dans des considé­rations reli­gieu­ses, ou des expli­ca­tions théo­lo­giques : la poly­ga­mie est un véri­table escla­vage moderne, puisqu’elle permet à un homme d’aller cher­cher une, deux, trois femmes, de les répudier à sa guise, et de les exploi­ter comme bon lui semble. Comme le droit au séjour n’est garanti que pour la pre­mière épouse, les autres femmes n’auront aucune exis­tence légale et devien­dront des bonnes à tout faire. De nom­breu­ses nais­san­ces sont déclarées au nom de la pre­mière épouse, niant à la fois les droits de la mère et ceux de l’enfant, accen­tuant la pres­sion et le chan­tage contre ces femmes. Rappelons que le réseau fémin­iste s’est pro­noncé, de longue date, pour un statut auto­nome des femmes immi­grées, leur per­met­tant l’obten­tion d’un titre de séjour, indép­end­amment du mari. Devant ce triste tableau, on pour­rait penser qu’il y a un léger mieux du côté des jeunes femmes, et filles, mais c’est oublier que le mépris des femmes s’ins­crit en let­tres majus­cu­les, dans nos contrées ban­lieu­sar­des où l’obs­cu­ran­tisme a gagné du ter­rain.

Les vio­len­ces faites aux filles

Des scan­da­les ont éclaté à propos des maria­ges forcés. Là aussi il ne faut pas sous-esti­mer le poids des pres­sions fami­lia­les, sur des filles qui ne disent pas fran­che­ment oui, fran­che­ment non. Il faut com­pren­dre com­ment on en est arrivé à cette ter­ri­ble régr­ession, pour des filles géné­ra­lement franç­aises. Ces maria­ges forcés ou arrangés, selon le GAMS, sont en très nette aug­men­ta­tion, et ont atteint le chif­fre de 70 000 filles mineu­res ou jeunes majeu­res par an. Il s’agit d’abord d’une vie de fillette qui, même si elle est sco­la­risée, vit sous le contrôle per­ma­nent de la famille et de la com­mu­nauté, dans la cité. Les parents ont peur de la fran­ci­sa­tion de la fille, vécue comme une « déb­auche », parce qu’elle a été sur­prise en train de fumer, avec un copain français, ou parce qu’elle s’habille sexy. La solu­tion du mariage est vite « pro­posée » à la fille. Peu de filles se rebel­lent car les pres­sions sont énormes, et on peut faire une com­pa­rai­son avec il y a dix ou vingt ans, où les filles étaient moins dans la sou­mis­sion.

Parce que jus­te­ment le tri­bu­nal com­mu­nau­taire s’est élargi contre les filles, pas­sant du père au frère, au copain du frère, au voisin, sous l’influence de l’influence de l’isla­misme poli­ti­que. A la dif­fi­culté com­préh­en­sible de se plain­dre contre sa famille, s’ajoute la volonté de sauver sa peau, car les filles sont vic­ti­mes de vio­len­ces régulières de la part de leurs frères, aux­quel­les assis­tent impuis­san­tes les mères. Une mère de cinq enfants à Drancy raconte : « Mes fils de 17 ans et 25 ans tabas­sent pres­que quo­ti­dien­ne­ment leurs sœurs âgées de 16 ans et 23 ans, et pour­tant elles sont séri­euses, l’une est étudi­ante en méde­cine, il vaut mieux qu’elles se marient. » Ces maria­ges plutôt arrangés se font au pays l’été avec un cousin qui pourra par la même occa­sion obte­nir le précieux titre de séjour. L’évo­lution des com­por­te­ments face au mariage n’est pas la même dans toute l’immi­gra­tion. Ainsi, dans l’immi­gra­tion ori­gi­naire de l’Afrique de l’Ouest, le mariage se dével­oppe sous forme de viol légalisé. Des jeunes filles, voire des fillet­tes, sont « mariées », et cela se tra­duit par des viols répétés tous les week-ends, le plus sou­vent au domi­cile des parents, mais ça peut être dans un hôtel, dans un foyer.

A Saint-Denis, deux sœurs, l’une âgée de 13 ans et demi, l’autre de 16 ans, ont été mariées, per­sonne n’a rien vu jusqu’à ce qu’elles soient encein­tes ; ces filles se sont retrouvées dans l’obli­ga­tion de faire l’épouse, puis la maman, en sacri­fiant leurs études. L’inad­mis­si­ble, c’est qu’en France, des filles mineu­res sont violées régul­ièrement, par des soi-disant « maris » le plus sou­vent en situa­tion irré­gulière, et on attend la majo­rité des filles pour orga­ni­ser le mariage civil. Cela se passe en France, des viols régis par un enga­ge­ment reli­gieux devant témoins et on ne peut qu’hurler devant cette régr­ession qui frappe des filles quand on sait la dureté des com­bats fémin­istes qui ont été menés pour la reconnais­sance de la cri­mi­na­li­sa­tion du viol. Les femmes et les filles sont vic­ti­mes de vio­len­ces mul­ti­ples. La forme la plus extrême de ces vio­len­ces est sans aucun doute le viol col­lec­tif, bana­lisé sous le terme de « tour­nante » qui représ­ente une véri­table appro­pria­tion sexuelle du corps des femmes. Mais il faut parler éga­lement des vio­len­ces domes­ti­ques, et intra­fa­mi­lia­les qui sont un sujet tabou, entraînant des bles­su­res phy­si­ques et des patho­lo­gies peu déclarées.

Les formes de vio­lence aux­quel­les sont confrontées les filles dans les quar­tiers se tra­dui­sent par un fort sen­ti­ment d’insé­curité, avec des bru­ta­lités dans l’espace public où de moins en moins de filles se ris­quent, car cet espace est de plus en considéré comme une sphère mas­cu­line. Y cir­cu­ler libre­ment sup­pose de plus en plus une sou­mis­sion aux lois du machisme. Alors oui, nous ne vou­lons pas accep­ter l’emprise de l’intégr­isme et du reli­gieux sur nos vies de femmes, car cela ne fait que ren­for­cer la théo­logie du machisme, de la domi­na­tion mas­cu­line.

Refuser l’emprise du reli­gieux

Nous nous sommes inter­rogées sur les rai­sons de cette régr­ession, que nous vivons depuis une ving­taine d’années dans les quar­tiers. A l’ori­gine de ces dis­cri­mi­na­tions, il y a l’oppres­sion des femmes, avec des iné­galités struc­tu­rel­les, une société patriar­cale, vouant les femmes à l’infér­iorité à laquelle se sont ajoutées des iné­galités conjonc­tu­rel­les liées à la montée de la misère, au chômage, à la mal-vie.

La popu­la­tion des ban­lieues, qu’elle soit immi­grée ou non, n’est pas née natu­rel­le­ment sexiste pour les hommes, sou­mise pour les femmes. Les garçons vio­lents n’ont fait que conti­nuer un schéma préex­istant, un schéma de domi­na­tion des hommes sur les femmes qui exis­tait dans la société franç­aise. Le dét­er­minant reli­gieux a joué de manière très néga­tive sur les femmes et pas seu­le­ment les femmes musul­ma­nes.

Au début des années 90, l’offen­sive intégr­iste a quel­que peu sur­pris le mou­ve­ment fémin­iste, lors­que des intégr­istes catho­li­ques s’enchaînaient devant les cli­ni­ques, empêchant les femmes de pra­ti­quer l’IVG, et cette offen­sive a conti­nué puis­que, au début de 2004, le gou­ver­ne­ment français a tenté de remet­tre en cause nos acquis, avec l’amen­de­ment Garaud, qui cons­ti­tuait non seu­le­ment une brèche dan­ge­reuse dans le droit des femmes à choi­sir leur mater­nité, mais qui était très révé­lateur de la perméa­bilité des thèses de l’extrême droite et des catho­li­ques intégr­istes. Lesquels intégr­istes, relayés par l’intégr­iste numéro 1 BUSH, suivi de son alter ego BEN LADEN, s’en don­nent à cœur joie sur les thèmes du combat civi­li­sa­tion­nel et sèment la haine et l’obs­cu­ran­tisme. Et, on l’a vu, les femmes sont les pre­mières vic­ti­mes de cette haine cultu­ra­liste reli­gieuse, par­tout dans le monde.

Pourquoi cette aggra­va­tion ?

La guerre du Golfe a accen­tué le brouillage dans l’immi­gra­tion qui n’a pas pu s’expri­mer poli­ti­que­ment, de peur de se voir assi­milé à la cin­quième colonne de Saddam Hussein (il faut se rap­pe­ler que le gou­ver­ne­ment avait mis en place toutes les phases de son plan Vigipirate). Certaines asso­cia­tions isla­mis­tes en ont pro­fité pour appa­raître publi­que­ment et récupérer cette contes­ta­tion qui gron­dait de manière sou­ter­raine. Etait-ce un fait nou­veau ? Non.

L’immi­gra­tion ou plutôt les immi­gra­tions qui vivent en France en France ne sont jamais restées coupées de ce qui se pas­sait dans leur pays d’ori­gine, et dans le monde, et on ne va pas leur repro­cher. Dans le contexte de la crise éco­no­mique de la fin des années 70 qui les frappe dure­ment et prio­ri­tai­re­ment, la « révo­lution » isla­mi­que en Iran trouve un pre­mier écho favo­ra­ble dans l’immi­gra­tion.

Il faut se sou­ve­nir que le régime du Shah honni par le peuple ira­nien, sou­tenu par les Etats-Unis, balayé par Khomeyni, a eu de larges sou­tiens, par­tout dans le monde, y com­pris dans la gauche franç­aise. Ce pre­mier évé­nement isla­miste poli­ti­que mon­dial a eu des rép­erc­ussions imméd­iates en France.

Les grèves des années 80, et notam­ment celles du « prin­temps de la dignité » chez Citroën, ont vu appa­raître les pre­mières reven­di­ca­tions de mos­quées à l’intérieur des entre­pri­ses. Sans rejoin­dre le délire de Pierre Mauroy qui voyait des intégr­istes par­tout, nous étions quel­ques mili­tants poli­ti­ques et asso­cia­tifs à mar­quer notre inquié­tude devant ce cou­rant, certes mino­ri­taire, mais qui exis­tait. Les pre­miers fou­lards appa­rais­sent à ce moment chez la seconde géné­ration de l’immi­gra­tion, chez des jeunes filles très cultivées voire les plus poli­tisées à gauche (l’une des lea­ders de la marche des beurs porte le fou­lard en 1984). Et puis le fait le plus signi­fi­ca­tif est la réap­pa­rition de la poly­ga­mie dans l’immi­gra­tion maghré­bine, alors qu’elle avait com­plè­tement dis­paru. Beaucoup de femmes algéri­ennes, maro­cai­nes, tém­oignent dans nos per­ma­nen­ces du chan­ge­ment de leur mari : « Mon mari, depuis qu’il est au chômage, a changé et a pris le chemin de la mos­quée où il a trouvé de mau­vais conseillers qui lui ont dit de se rema­rier pour repren­dre confiance en lui. »

Les pre­mières deman­des de cours de morale cora­ni­que arri­vent dans les asso­cia­tions qui dis­pen­sent de l’aide aux devoirs ou les ser­vi­ces muni­ci­paux jeu­nesse ; ces deman­des seront satis­fai­tes dans de nom­breu­ses villes, avec mise à dis­po­si­tion de locaux ou créneaux horai­res sur les acti­vités exis­tan­tes. Le mou­ve­ment isla­miste s’est cons­truit, en ciblant cer­tains quar­tiers ; forte concen­tra­tion d’immi­grés musul­mans, pau­vreté, chômage, pré­ca­ri­sation, drogue. Ce cock­tail de mal-vie était un ter­reau favo­ra­ble au dével­op­pement des idées les plus obs­cu­ran­tis­tes et ténébr­euses, tout comme il l’était pour le dével­op­pement des idées racis­tes du Front natio­nal.

Dans ce contexte, le mou­ve­ment isla­miste a aggravé la vie des immi­grés et celles des femmes, et peu d’asso­cia­tions mal­heu­reu­se­ment ont eu la clair­voyance de dén­oncer cette situa­tion, pour tenter de protéger la popu­la­tion immi­grée des pres­sions de l’isla­misme poli­ti­que, car la gauche était trop pré­occupée à ana­ly­ser la situa­tion sous l’angle du risque de déto­ur­nement des lois sur le séjour des étr­angers. Ces pres­sions allaient s’aggra­ver avec l’avè­nement du FIS en Algérie, où là aussi les rép­erc­ussions ont été imméd­iates et plus pro­fon­des. L’Algérie est proche, les immi­grés voya­gent, il y a la para­bole, les jeunes d’ori­gine algéri­enne à qui on a volé leur his­toire, celle de leurs parents, à qui on raconte qu’ils sont Français, mais qu’on rejette, qu’on exclut, se pas­sion­nent pour cette nou­velle his­toire, tout en se sen­tant soli­dai­res de leurs frères méprisés en Algérie.

Les réseaux isla­mis­tes en pro­fi­tent pour mieux s’orga­ni­ser. Des asso­cia­tions d’entraide voient le jour, pour l’aide aux devoirs, et on com­mence à sentir le tra­vail spé­ci­fique en direc­tion des femmes. Dans le Nord, des jeunes Français conver­tis à l’islam sont envoyés faire du porte-à-porte pour dis­cu­ter spéc­ia­lement avec les femmes. Si les parents sont bluffés devant ces blonds aux yeux bleus qui s’expri­ment par­fai­te­ment en arabe, ils res­tent cepen­dant pru­dents et prévi­ennent leurs enfants : « Nous sommes musul­mans et nous vous appren­drons notre reli­gion comme nos parents nous l’ont apprise. »

Les filles, parce qu’elles peu­vent gagner un espace de sortie, fréqu­entent assidûment col­lo­ques et confér­ences. Dans le Douaisis, elles vont influer pen­dant trois à quatre ans dans des asso­cia­tions de parents d’élèves, de femmes, de com­mis­sions para­mu­ni­ci­pa­les, fai­sant un tra­vail de contrôle sur les filles, et étant chargées d’une mis­sion : mora­li­ser les quar­tiers perdus par soixante ans de com­mu­nisme et donc de méc­réance, en vue de la réis­la­mi­sation. Au début des années 90, lors­que le FIS est dis­sous en Algérie, cer­tains de ses mili­tants trou­vent asile en France, et par­ti­cu­liè­rement dans nos quar­tiers, ren­forçant la colo­ra­tion intégr­iste du mou­ve­ment isla­miste dans ces quar­tiers. Les pres­sions ont dés­ormais changé de nature, pas­sant du privé à l’espace public et tou­jours contre les femmes.

De nom­breu­ses asso­cia­tions ont été « visitées » et les femmes qui les fréqu­entaient ont été menacées, parce qu’elles fréqu­entaient des cours d’alphabé­ti­sation. Des inti­mi­da­tions ont été menées contre les frères des filles qui fai­saient de la danse, du théâtre, accusés d’être des « bouf­fons », ou encore des rumeurs ont été lancées contre les mœurs prét­en­dument débridées des diri­gean­tes fémin­istes des quar­tiers jugées athées, et donc forcément méc­réantes et putes.

Dans la Seine-Saint-Denis, pen­dant des années, les insul­tes racis­tes, sexis­tes, se sont côtoyées dans un climat d’inti­mi­da­tion per­ma­nent ; cer­tai­nes femmes étaient sui­vies chez elles, rece­vaient des let­tres ano­ny­mes, jusqu’au jour où deux mili­tan­tes furent agressées en 1994, au prét­exte « qu’elles déb­auchaient les musul­ma­nes pour leur appren­dre le français ». Dans le Nord, une asso­cia­tion (il faut en rire) une asso­cia­tion a connu des ten­ta­ti­ves d’ensor­cel­le­ment pour faire peur aux femmes et les empêcher d’entrer dans le local.

Les agis­se­ments des isla­mis­tes ne sont donc pas nou­veaux, et il aura fallu atten­dre 1994 pour que naisse une cer­taine prise de cons­cience, lors des atten­tats de Marrakech, où deux Français de La Courneuve étaient impli­qués. Mais beau­coup de nos com­men­ta­teurs et amis de gauche, trop occupés à mena­cer les Algériens vic­ti­mes de l’intégr­isme de passer devant le Tribunal pénal inter­na­tio­nal, et à lutter pour la reconnais­sance du statut de réfugié poli­ti­que à leurs bour­reaux, ont pris cons­cience que ça pour­rait leur arri­ver en Europe, à partir du 11 sep­tem­bre 2001.

Nous pou­vions com­men­cer à être écoutés sur le fait qu’il exis­tait un isla­misme poli­ti­que en France, qu’il qua­drillait déjà cer­tai­nes cités, que beau­coup de jeunes Français s’étaient fait enrôler en Bosnie, en Afghanistan, et que oui, il y avait eu une cer­taine com­pli­cité des ser­vi­ces de l’Etat, qui ont donné l’asile ter­ri­to­rial plus faci­le­ment à des mili­tants isla­mis­tes qu’à des mili­tants pro­gres­sis­tes réel­lement menacés ; oui, il y a une com­pli­cité de cer­tai­nes mai­ries de gauche qui ont préféré acheté « la paix sociale » en com­po­sant avec les asso­cia­tions isla­mis­tes par l’attri­bu­tion de locaux.

Ces der­nières années, le conflit israélo-pales­ti­nien, la guerre en Irak ont été autant de graves évé­nements qui ont aggravé ce bas­cu­le­ment des jeunes vers l’intégr­isme, d’autant plus que l’après 11 Septembre a ren­forcé la sus­pi­cion anti-arabe, per­met­tant à Bush, Berlusconi de donner de la voix à tous les abru­tis de la terre sur le choc des civi­li­sa­tions. Il est néc­ess­aire de rap­pe­ler quel­ques vérités à propos de l’islam et des reli­gions en général. Il n’est pas juste de jeter l’ana­thème sur un cin­quième de l’huma­nité, d’autant plus que le mal intégr­iste n’a épargné aucune reli­gion. L’Eglise chréti­enne a vécu sous le signe d’une inqui­si­tion per­ma­nente à tra­vers la guerre sainte sus­ci­tant des dis­cours de haine, les croi­sa­des. Le judaïsme, pour­tant vic­time de persé­cutions, les a repri­ses contre les Palestiniens, qu’ils soient chrétiens ou musul­mans. L’hin­douisme a dérivé et est devenu san­gui­naire avec sa mino­rité musul­mane. Cela ne doit pas nous empêcher de cri­ti­quer, voire de blas­phémer contre les reli­gions, sans pour autant insul­ter les adep­tes de ses reli­gions, et ce que nous avons fait dans l’affaire des fou­lards.

En gar­dant nos posi­tions fémin­istes ne pas faire preuve de fri­lo­sité élec­to­rale, encore moins de culpa­bi­lité mais pren­dre toutes nos res­pon­sa­bi­lités, en res­tant soli­dai­res des femmes immi­grées et des femmes musul­ma­nes du monde entier qui souf­frent les pre­mières de cette situa­tion.

Résolument fémin­istes

Nous sommes contre tous les fou­lards, qu’ils soient portés à Téhéran, Kaboul, Alger, La Courneuve, Lille, Marseille ; qu’ils recou­vrent une partie du corps ou tota­le­ment, car les fou­lards du monde entier expri­ment une même chose : la sou­mis­sion forcée des femmes à un pro­gramme d’oppres­sion. Même si nous savons que, pour beau­coup de femmes, ce fou­lard n’a pas tou­jours la même signi­fi­ca­tion. Foulard rural, qui a confiné les femmes de la pre­mière géné­ration si peu visi­bles que peu de gens se sont réel­lement inter­rogés sur leur statut dans la société et il aura fallu que leurs filles, non pas les imi­tent, mais ramènent une mode hors Maghreb, pour que le débat soit posé à la société franç­aise.

A ces filles, ado­les­cen­tes qui le por­tent quel­que­fois pour faire plai­sir aux parents, géné­ra­lement immi­grés récents. Pensant tout sim­ple­ment gagner leur confiance nous disons : A tten­tion vous allez vous retrou­ver rapi­de­ment piégées ; si, dans un pre­mier temps, vous uti­li­sez ce fou­lard comme légi­ti­mation de sortie, l’entou­rage fami­lial l’uti­li­sera comme moyen de répr­ession et il vous sera impos­si­ble de vous dév­oiler. Nous le savons, ce fou­lard iden­ti­taire devient vite un fou­lard forcé. Et puis avec la mul­ti­pli­ca­tion des asso­cia­tions isla­mis­tes, des mos­quées qui dis­pen­sent les cours, on voit se dével­opper le nombre de peti­tes filles « en appren­tis­sage de fou­lard ». Le mer­credi et le samedi, on voit dans les cités des gami­nes, âgées de moins de 10 ans, de plus en plus nom­breu­ses, se diri­ger vers les cours reli­gieux, fou­lard sur la tête. Cet appren­tis­sage du fou­lard se fait sous la force tran­quille de l’entou­rage, pour amener la fillette à reven­di­quer « son fou­lard » vers 14 ans, en affron­tant ses pro­fes­seurs et en cla­mant : « C’est mon choix ». Cette recher­che etnico-iden­ti­taire d’ado­les­cente se fait sur le dos de toutes les femmes.

L’ins­tru­men­ta­li­sa­tion des femmes, dès le plus jeune âge, reste l’une des cibles de l’isla­misme poli­ti­que et pour cela les isla­mis­tes ont à leur dis­po­si­tion une armada de mili­tan­tes. Parce que nous refu­sons une lec­ture cultu­ra­liste de l’immi­gra­tion, nous disons que toutes les femmes de l’immi­gra­tion ne sont pas des vic­ti­mes ; l’immi­gra­tion, tout comme le reste de la société franç­aise est par­tagée par des contra­dic­tions ; en effet, même si l’immi­gra­tion a une appar­te­nance mas­sive à la classe ouvrière, il y a des gens de droite, de gauche, d’extrême droite, tout comme il y a des riches, des pau­vres. C’est une réalité avec laquelle il faut comp­ter. L’isla­misme poli­ti­que a su le faire et, parmi les filles mili­tan­tes, on retrouve des femmes qui reven­di­quent l’isla­misme de manière poli­ti­que et il s’agit de les considérer comme des adver­sai­res poli­ti­ques. Le tra­vail fait par ses mili­tan­tes a porté ses fruits.

De plus en plus de filles ne fréqu­entent pas les cen­tres de loi­sirs ou, si elles y vont, beau­coup d’entre elles ces­sent à l’âge de la puberté, trop sol­li­citées par les mos­quées. On retrouve ce phénomène dans les clas­ses de neige, clas­ses vertes, lin­guis­ti­ques, où de plus en plus de parents ne veu­lent plus que leurs filles se ren­dent, sous prét­exte de mixité du bâtiment. Ces situa­tions se sont aggravées et, on le sait, les mères ont été « tra­vaillées » par des mili­tan­tes. Dans les quar­tiers, l’un de leurs objec­tifs est la réis­la­mi­sation et elles sou­vent réussi : haro sur la viande non halal , avec des énormes pres­sions sur les parents. Il y a encore quel­ques années, les parents qui, il est vrai, ne consom­maient pas cette viande, recom­man­daient à leurs enfants d’en manger dans les can­ti­nes « Dis bismil Allah, Dieu te par­don­nera. » Aujourd’hui, dans le Nord il y a des can­ti­nes où des enfants affamés se gavent d’entrées, de des­serts, à cause de cette inter­dic­tion. Plus un seul enfant ne mange un cho­co­lat sans lire la com­po­si­tion en grais­ses ani­ma­les. Certaines mili­tan­tes plus radi­ca­les ont été jusqu’à inter­dire le fro­mage, pro­duit fer­menté. Elles visi­tent les femmes à domi­cile, sur­tout les plus fra­gi­les, divorcées, répudiées, pros­ti­tuées, dél­inqu­antes ; ces der­nières peu­vent trou­ver une cer­taine reconnais­sance dans l’islam et les mili­tan­tes mar­quent des points, d’autant plus que dans la pér­iode du rama­dan, elles en rajou­tent pour fus­ti­ger les peu croyants, les incroyants, jeter la pierre sur les athées, grâce à leur statut de voilée. Alors on pour­rait se dire, tant pis pour elles, qu’elles se débrouillent, ce voile reven­di­qué est un choix cons­cient.

Pour elles oui, mais il faut les empêcher de conta­mi­ner d’autres femmes, car la fron­tière entre « reven­di­qué » et « forcé » ou « choisi » est étr­oite dans des quar­tiers où n’existe aucune mixité sociale, et les filles ris­quent d’être livrées rapi­de­ment à l’isla­misme poli­ti­que. Les femmes voilées sont un réel danger pour celles qui ne le sont pas. Dans des cours d’alphabé­ti­sation, il y a majo­ri­tai­re­ment des femmes non voilées qui plai­san­tent lors des pauses, dis­cu­tent à propos des hommes. A Drancy, dans un cours, une femme voilée est appa­rue lors d’une dis­cus­sion, son­nant ainsi le retour à l’ordre moral, impo­sant le silence com­plet, et repre­nant la dis­cus­sion sur la reli­gion, alors qu’elle n’avait rien demandé. Il a suffi qu’elle appa­raisse pour ter­ro­ri­ser le groupe. La prés­ence d’une femme voilée impose le prét­endu res­pect en ver­rouillant les dis­cus­sions, aug­men­tant de fait la pres­sion sur celles qui rés­istent. C’est pour­quoi nous avons dit non à tous les fou­lards, d’un point de vue fémin­iste. Nous avons voulu abor­der la ques­tion du fou­lard, du point de vue de l’isla­misme poli­ti­que et de ses conséqu­ences direc­tes sur les droits des femmes. Aujourd’hui, nous le savons, la charia réussit à passer dans les mailles du droit français par le biais des conven­tions bilaté­rales et des exe­qua­tur, les maria­ges forcés sont en aug­men­ta­tion. Qu’en sera-t-il demain si nous per­dons le combat autour du fou­lard ?

L’urgence se trouve dans le combat autour de la déf­ense de l’Ecole laïque, même si ce combat ne nous rend pas aveu­gles sur les caren­ces de l’Education natio­nale. Ce qui fait cra­quer l’Ecole ne relève pas d’un fait cultu­rel, mais est bien le reflet de mécan­ismes sociaux d’exclu­sion qui exis­tent dans la société. Une fois dit cela, nous ne pen­sons pas que c’est dis­cri­mi­nant de deman­der à une fille voilée de reti­rer son fou­lard à l’entrée de l’école. En 1989, nous avions posi­tion contre l’exclu­sion des trois filles à Creil, parce que cette exclu­sion avait été ini­tiée par un prin­ci­pal connu pour ses posi­tions très droi­tières. Et puis le débat se dér­oulait dans le contexte d’une France mar­quée par la montée de l’extrême droite et du racisme anti-Arabes (la déc­ennie fut par­ti­cu­liè­rement meur­trière pour des dizai­nes de jeunes beurs). Avec les fémin­istes, nous avions fait le pari du triom­phe de la moder­nité sur l’igno­rance.

Nous nous sommes trompées et le piège s’est refermé sur les femmes. Nous n’étions pas des fana­ti­ques d’une loi car nous savons par expéri­ence qu’une loi ne règle pas tout. Les différ­entes lois contre le racisme n’ont pas aboli le racisme, mais elles per­met­tent aux vic­ti­mes du racisme de se déf­endre. Si majo­ri­tai­re­ment per­sonne ne s’inter­roge sur l’inter­dic­tion de l’exci­sion, c’est grâce à la loi qui pros­crit cette pra­ti­que. En ce sens nous pen­sons que la loi pour la laïcité peut être un point d’appui pour les femmes et filles qui refu­sent la conta­mi­na­tion des idées intégr­istes.

Aucune loi n’est la panacée et nous conti­nue­rons de reven­di­quer une véri­table poli­ti­que sociale pour les quar­tiers, en matière d’édu­cation, d’emploi, de loge­ment social, afin que les enfants ne se trans­for­ment pas en appren­tis intégr­istes. La République doit être prés­ente à ces niveaux-là, et pas seu­le­ment par le biais de sa police. Enfin, pour rép­ondre à tous ceux qui disent que c’est une loi de droite, donc raciste, nous rép­ondons que la loi pour la reconnais­sance de l’IVG a été le fait d’un gou­ver­ne­ment de droite, et d’une minis­tre de droite Simone Veil ; cela n’a pas empêché le mou­ve­ment fémin­iste et toute la gauche de saluer cette vic­toire fémin­iste.

Si des lois peu­vent nous aider à cons­truire l’égalité entre les hommes et les femmes, nous sommes par­tan­tes car l’égalité des sexes est pro­duc­trice de démoc­ratie et, s’il est un lieu où elle doit s’appren­dre, c’est l’école. Nous nous oppo­sons aux intégr­istes, pour qui la bataille autour du fou­lard est une étape pour tester le camp des laïcs et pour aller plus loin vers l’inter­dic­tion du sport, ou contre la mixité.

Nous nous oppo­sons éga­lement aux pen­seurs « droits-de- l’hom­mis­tes » qui veu­lent soi-disant res­pec­ter la culture des autres et, disons-le, pour qui il s’agit d’une posi­tion de rela­ti­visme cultu­rel qui dit : « Tant qu’ils voi­lent leurs femmes dans leurs quar­tiers, dans les écoles de leurs quar­tiers, qu’ils exci­sent leurs filles, bat­tent leurs femmes, les vio­lent, c’est leur affaire, pas la nôtre. » C’est une atti­tude néo-colo­niale, bien loin de cet inter­na­tio­na­lisme dont se tar­guent bon nombre d’entre eux.

Quand à ceux, intel­lec­tuels ou non ori­gi­nai­res de l’immi­gra­tion, qui ont choisi de déf­endre les filles voilées, au nom de la liberté, nous leur rép­ondons de ne pas oublier leurs cama­ra­des assas­sinés en Iran, en Algérie, par des hordes de bar­ba­res, les femmes encein­tes éventrées, les bébés décapités. Avant de parler de liberté, il serait judi­cieux de deman­der à ces per­son­nes qui se réc­lament de cette idéo­logie pour­quoi ils ne se sont jamais déso­li­darisés des auteurs du géno­cide musul­man en Algérie au nom de l’islam. Pour notre part, nous avons fait le choix de cons­truire un monde anti-sexiste, anti-raciste et donc sans bar­rière entre les cou­leurs et les sexes. Nous avons la chance de vivre dans un pays où le système social n’est pas fondé sur la seg­men­ta­tion et la repro­duc­tion séparées de com­mu­nautés, comme aux Etats-Unis.

Nous vou­lons conti­nuer de nous battre pour que l’exis­tence de l’Etat social, chè­rement acquis par des luttes au cours des deux siècles der­niers ne fai­blisse pas, et que l’Etat, les poli­ti­ques satis­fas­sent nos deman­des en matière de droits éco­no­miques, sociaux, civi­ques, pour le droit au tra­vail, au loge­ment, à la santé, à l’ensei­gne­ment libre, gra­tuit et laïc, seuls capa­bles d’opérer comme autant de rés­ist­ances à la montée de la misère, du com­mu­nau­ta­risme et de tous les intégr­ismes.

C’est pour­quoi nous avons choisi de reven­di­quer la laïcité la plus ambi­tieuse conju­guée à l’anti­ra­cisme, qui devra s’appli­quer à toutes et à tous et servir d’anti­dote à tous les intégr­ismes.

Mimouna Hadjam

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