lundi 23 décembre 2013

Les révolutionnaires, la laïcité et le multiculturalisme

En tant que révo­luti­onn­aires et athées, nous déf­endons la liberté de pensée pour tout indi­vidu et pour tout groupe. En conséqu­ence :

- Les musul­mans, catho­li­ques, pro­tes­tants, boud­dhis­tes, juifs, etc., doi­vent avoir la pos­si­bi­lité de cons­truire libre­ment des salles de prière, des mos­quées, des églises, des tem­ples, des syna­go­gues, mais ils ne doi­vent pas s’atten­dre à rece­voir pour cela la moin­dre aide finan­cière de l’Etat.

- L’entre­tien de tous les édi­fices reli­gieux doit être financé par les fidèles et non par l’État.

- Aucun établ­is­sement sco­laire privé (mater­nelle, école élém­ent­aire, collège, lycée ou uni­ver­sité) ne doit être financé par l’argent des contri­bua­bles.

- A l’intérieur du système sco­laire, l’his­toire des reli­gions ne doit pas être ensei­gnée séparément des autres matières. Elle doit faire partie des cours d’his­toire, de litté­ra­ture, de phi­lo­so­phie, etc. Les textes reli­gieux doi­vent être étudiés dans leur contexte his­to­ri­que et non pas comme la source de vérités scien­ti­fi­ques. Les élèves seront peut-être cho­qués par une telle appro­che, aussi les pro­fes­seurs doi­vent-ils faire preuve du maxi­mum d’impar­tia­lité, qu’ils soient athées ou pas, et rés­erver le même trai­te­ment à toutes les reli­gions. Les élèves et les étudiants doi­vent avoir la pos­si­bi­lité d’expri­mer leurs doutes, voire leur oppo­si­tion à cette appro­che, sans crain­dre d’être sanc­tionnés pour l’expres­sion de leurs convic­tions reli­gieu­ses.

La majo­rité de la popu­la­tion des pays européens voire occi­den­taux est aujourd’hui com­posée de non-croyants et de non-pra­ti­quants, contrai­re­ment à ce que prét­endent les différ­entes Eglises et les poli­ti­ciens. Le fait que les différ­entes reli­gions tra­ver­sent une crise grave et aient perdu leur emprise sur la majo­rité de la popu­la­tion occi­den­tale expli­que qu’on voie se nouer des allian­ces étr­anges entre des reli­gions qui se sont affrontées par tous les moyens, y com­pris mili­tai­res, pen­dant des siècles.

Concrètement, en France, on assiste à une offen­sive idéo­lo­gique contre la laïcité. Cette offen­sive ne pro­vient pas seu­le­ment de ses adver­sai­res tra­di­tion­nels (l’Église catho­li­que), mais aussi de nou­vel­les forces (les différents cou­rants musul­mans qui ten­tent de vider la laïcité de son contenu sous le fal­la­cieux prét­exte de lutter contre le racisme et l’« isla­mo­pho­bie »).

Cette offen­sive reçoit éga­lement le ren­fort de cer­tains intel­lec­tuels « socia­lis­tes » (Régis Debray, Max Gallo) qui ont tra­vaillé pour le pré­sident Mitterrand pen­dant des années, ont redéc­ouvert réc­emment les vertus des Evangiles, et tres­sent main­te­nant des lau­riers à Jeanne d’Arc, De Gaulle, et autres icônes du chau­vi­nisme français. Cette offen­sive anti­laïque béné­ficie aussi du sou­tien d’autres intel­lec­tuels socia­lis­tes qui se bat­tent pour un mul­ti­cultu­ra­lisme « à la franç­aise » (Alain Touraine, Michel Wieworka).

Le poids poli­ti­que de ces quel­ques per­son­nes est impor­tant parce qu’ils sont omni­présents dans les médias et sur­tout parce qu’ils ont tou­jours par­ti­cipé à toutes sortes d’ini­tia­ti­ves anti­ra­cis­tes, anti­fas­cis­tes et même anti-impér­ial­istes (du moins contre l’impér­ial­isme amé­ricain, l’impér­ial­isme français étant pour ces gens-là secondaire voire inexis­tant…) qui les ont trans­formés en une sorte d’ « auto­rités mora­les » à gauche.

La laïcité doit servir à aider les indi­vi­dus à penser par eux-mêmes, à adhérer libre­ment au parti, à la reli­gion ou même à la com­mu­nauté qu’ils veu­lent, mais aussi leur appren­dre à rés­ister aux pres­sions de ces grou­pes ou d’autres du même type : famille, secte, église, groupe ou parti poli­ti­que, etc.

Le res­pect des différ­entes cultu­res a cer­tai­nes limi­tes objec­ti­ves indén­iables si l’on veut déf­endre l’égalité des droits démoc­ra­tiques pour tous.

Si par culture, on entend les œuvres des grands phi­lo­so­phes, écrivains, artis­tes, pen­seurs reli­gieux, athées ou agnos­ti­ques, etc., toutes les cultu­res sont res­pec­ta­bles.

Mais chaque culture trans­met aussi des cou­tu­mes réacti­onn­aires (exci­sion des femmes, poly­ga­mie, vio­lence conju­gale ou paren­tale, etc.), des tra­di­tions de domi­na­tion (oppres­sion des femmes par les hommes, des enfants par les parents ; obé­iss­ance à des lois et des mora­les réacti­onn­aires ; res­pect des fonc­tion­nai­res, des poli­ciers et des mili­tai­res, etc.) et des valeurs rét­rog­rades (culte de la famille ; sur­va­lo­ri­sa­tion des appar­te­nan­ces rég­io­nales, natio­na­les ou eth­ni­ques ; culte des héros guer­riers, des rois et des « grands hommes », etc.). Les sour­ces de l’oppres­sion et de la domi­na­tion que défend chaque culture doi­vent être com­bat­tues sans faire la moin­dre conces­sion à un prét­endu « res­pect des différ­ences ».

Une telle atti­tude radi­cale ne peut être com­prise et effi­cace que si, en France, on lutte concrè­tement contre les tra­di­tions franç­aises ou europé­ennes qui main­tien­nent la domi­na­tion et l’oppres­sion : le natio­na­lisme européen (qui sou­tient l’impér­ial­isme européen contre l’impér­ial­isme amé­ricain), le racisme et l’antisé­mit­isme, le sexisme, le culte de l’État bour­geois, le res­pect de la hiér­archie sociale, etc

Y.C., mai 2004

NB: quel­ques pré­cisions ont été ajoutées pour la repu­bli­ca­tion de ce texte en 2010, dans la compil n°6.

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