samedi 2 novembre 2013

Le vrai terrorisme, c’est celui de l’État !

Le titre de cet éditorial de Combat communiste paru en 1977 introduit un thème courant dans l’extrême gauche, celui du « vrai » terrorisme. L’article de Gerry Byrne ("Madrid, 11 mars 2004, et « moralisme » : leur morale et la nôtre") publié sur ce même site et dans « Ni patrie ni frontières » n° 8-9 pose justement quelques questions pertinentes sur ce concept du « vrai » terrorisme. Y.C.

Combat com­mu­niste n° 31, 15 novem­bre 1977

Au moment où la meute des chiens de garde du capi­tal hur­lait après les « ter­ro­ris­tes de la bande à Baader », une infor­ma­tion dis­crète, venue d’Amérique latine, nous appre­nait que la bour­geoi­sie de l’État d’Équ­ateur avait fait mas­sa­crer 120 ouvriers de la plus atroce façon, les mer­ce­nai­res pré­ci­pitant les grév­istes dans des cuves de sucre en fusion ! Malgré son caractère effroya­ble et spec­ta­cu­laire, la grande presse n’a guère accordé de place à cette « nou­velle ». 120 ouvriers assas­sinés par le capi­tal comp­tent moins pour les bour­geois que l’exé­cution d’un ancien offi­cier SS, sacré patron des patrons (1) en Allemagne démoc­ra­tique.

Telle est l’hypo­crise cri­mi­nelle de la bour­geoi­sie et de ses ser­vi­teurs. Elle condamne toute vio­lence qui porte contre l’oppres­seur, mais dans le même temps elle passe sous silence le ter­ro­risme à grande éch­elle de l’État. Les bour­geois accla­ment même le ter­ro­risme qui sert leurs intérêts. Massu, Bigeard, mer­ce­nai­res de l’État français, res­pon­sa­bles, avec les gou­ver­ne­ments de « gauche » ou de droite qu’ils ser­vaient, de la mort de plus d’un mil­lion d’Algériens, spéc­ial­istes de la tor­ture et du « net­toyage » des popu­la­tions, sont décorés et nommés généraux ou minis­tres. Les bom­bar­de­ments systé­ma­tiques de vil­la­ges, des hôpitaux, des écoles au Vietnam, l’emploi du napalm et des bombes à billes par l’armée amé­ric­aine sont présentés par les jour­naux comme la « déf­ense du monde libre ». Les représailles de l’État d’Israêl contre les camps pales­ti­niens de réfugiés tuant femmes et enfants sont jus­ti­fiés par la même presse au nom de la légi­time déf­ense.

L’emploi de la tor­ture dans la quasi-tota­lité des pri­sons du monde ne sus­cite pas l’indi­gna­tion de cette racaille hypo­crite. Les mil­liers d’ouvriers assas­sinés froi­de­ment ou mutilés dans les bagnes indus­triels, sous l’appel­la­tion dis­crète d’acci­dents du tra­vail ; les tra­vailleurs immi­grés tués au coin d’une rue par des racis­tes ou dans un com­mis­sa­riat ; les chômeurs, les expulsés, les vieux acculés au sui­cide par cette société : voilà quel­ques aspects du ter­ro­risme quo­ti­dien que font régner les exploi­teurs. Cette société pour­rie, qui ne doit sa survie qu’aux mil­lions de cada­vres d’opprimés qui jalon­nent sa route, ne mérite pas de vivre et sa morale hypo­crite est puante.

Baader et ses cama­ra­des de la Fraction Armée Rouge se sont levés contre cette société inhu­maine en reven­di­quant la légi­timité de la vio­lence et du ter­ro­risme contre la vio­lence et le ter­ro­risme bour­geois. Certes, les coups qu’ils ont portés à l’État capi­ta­liste alle­mand sont restés, et ne pou­vaient rester, que des assauts déris­oires et inef­fi­ca­ces. Car seule la vio­lence col­lec­tive des tra­vailleurs pourra mettre fin au système d’exploi­ta­tion et non l’action isolée de petits grou­pes.

Mais ne nous y trom­pons pas, ce n’est pas seu­le­ment contre une petite poi­gnée de désespérés isolés que la bour­geoi­sie met en place son gigan­tes­que appa­reil de répr­ession. Si les exploi­teurs pro­fi­tent de cette occa­sion pour se livrer à une opé­ration de bour­rage de crânes sans pré­cédent, c’est pour pré­parer la déf­ense de leurs pri­vilèges contre les tra­vailleurs. Car ce qu’ils redou­tent, ce sont les affron­te­ments vio­lents que ne man­quera pas de sus­ci­ter, tôt ou tard, la crise de leur système d’exploi­ta­tion. Par avance, ils veu­lent faire condam­ner la vio­lence des opprimés et jus­ti­fier leur vio­lence d’exploi­teurs.

Cette vio­lence vient encore de se mani­fes­ter de la façon la plus igno­ble par l’assas­si­nat déguisé en sui­cide de Baader et de ses cama­ra­des. A la différ­ence des bour­geois hypo­cri­tes, les révo­luti­onn­aires reven­di­quent ouver­te­ment le droit pour les exploités et les opprimés d’uti­li­ser la vio­lence. Et si nous condam­nons la poli­ti­que du groupe Baader, c’est parce qu’un petit groupe mino­ri­taire ne peut rem­pla­cer l’action cons­ciente et orga­nisée de la classe ouvrière.

1. L’arti­cle fait allu­sion à Hans-Martin Schleyer, pré­sident du patro­nat alle­mand, enlevé puis exécuté par la Fraction Armée Rouge.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire