samedi 2 novembre 2013

Contre les terroristes - solidarité internationale de la classe ouvrière (Alliance for Workers Liberty - Grande-Bretagne)

Nous avons quelques désaccords importants avec certains aspects de ce texte - principalement la distinction entre ce que l’on pourrait appeler un « bon » et un « mauvais » terrorisme) désaccords précisés dans l’article « Attentats et accidents de travail », mais il nous a semblé suffisamment intéressant pour le traduire et le reproduire sur ce site et dans le numéro 8-9 de « Ni patrie ni frontières » à paraître en mai 2004. Y.C.

Les atten­tats qui ont tué plus de 200 per­son­nes dans trois gares de Madrid à l’heure de pointe, le matin du 11 mars, cons­ti­tuent une atro­cité inom­ma­ble. Quels qu’en soient les auteurs, ce sont tout autant les enne­mis de la classe ouvrière et de la démoc­ratie que les fas­cis­tes ita­liens qui ont tué 85 per­son­nes en posant une bombe dans la gare de Bologne en 1980, ou les ter­ro­ris­tes amé­ricains d’extrême droite qui ont tué 168 per­son­nes en fai­sant sauter un immeu­ble à Oklahoma en 1995.

Il serait tout à fait stu­pide que les révo­luti­onn­aires essaient d’expli­quer que les actes et les objec­tifs des poseurs de bombes ont quoi que ce soit de commun avec notre objec­tif de libérer l’huma­nité, et qu’ils par­ti­ci­pent au combat des peu­ples du tiers monde contre l’impér­ial­isme. Ces gens-là se considèrent comme des sol­dats de Dieu et ils ont déclaré la guerre à tout ce que les révo­luti­onn­aires, ou même les libéraux, valo­ri­sent dans le monde moderne, et qu’ils considèrent comme un trem­plin pour un monde meilleur.

Dans les déc­la­rations de ceux qui ont mas­sa­cré des citoyens inno­cents à Madrid, « 1492 » - date à laquelle le der­nier État isla­mi­que en Espagne a été conquis par des chrétiens - joue un rôle aussi impor­tant dans leur décision de frap­per l’Espagne que le fait que le gou­ver­ne­ment de ce pays ait sou­tenu la guerre de Bush en Irak.

Les poseurs de bombes sont assez futés, appa­rem­ment, pour cal­cu­ler les effets de leurs atten­tats sur les élections espa­gno­les, mais leur intel­li­gence est mise au ser­vice de l’obs­cu­ran­tisme le plus sombre du XXIe siècle. Une déc­la­ration attri­buée à al-Quaida affirme : « Il s’agit d’une riposte à votre col­la­bo­ra­tion avec les cri­mi­nels comme Bush et ses alliés (…). Vous aimez la vie et nous aimons la mort (…). Si vous n’arrêtez pas vos injus­ti­ces, davan­tage de sang cou­lera. »

Les poseurs de bombes de Madrid veu­lent que les trou­pes amé­ric­aines et bri­tan­ni­ques par­tent d’Irak, mais dans quel but ? Pour pou­voir perpétrer d’autres atten­tats comme ceux commis contre la fête reli­gieuse chiite à Kerbala et à Badgad le 2 mars der­nier, atten­tats qui ont fait autant de vic­ti­mes qu’à Madrid ? Pour res­tau­rer la supré­matie reli­gieuse des sun­ni­tes en Irak ? Pour trans­for­mer l’Irak, ou les ter­ri­toi­res qu’ils réus­siront à contrôler, en une base géante pour leur guerre contre la société moderne ?

Les prin­ci­pa­les cibles d’al-Quaida et de leurs sem­bla­bles ne sont pas, en fait, les gou­ver­ne­ments amé­ricains ou espa­gnols, mais des gens du peuple - y com­pris des musul­mans- à Madrid, comme à New York ou Istanboul, et sur­tout les citoyens ordi­nai­res des pays musul­mans, qu’ils soient reli­gieux, agnos­ti­ques ou athées, qui rejet­tent le fana­tisme dément, hos­tile à la vie, le culte de la mort prôné par al-Quaida.

Près de 100 000 per­son­nes sont mortes durant la guerre civile en Algérie durant les années 90, tuées par les fon­da­men­ta­lis­tes isla­mi­ques ou par la dic­ta­ture mili­taire. Des dizai­nes de mil­liers de gens ont été tués par les isla­mis­tes en Afghanistan ; des dizai­nes de mil­liers d’Iraniens ont été tués par des intégr­istes d’une autre ten­dance durant les vingt-cinq der­nières années. Le ter­ro­risme fon­da­men­ta­liste à l’ori­gine des atten­tats de Madrid n’est pas un châtiment infligé pour les guer­res de Bush en Afghanistan et en Irak. Il exis­tait bien avant ces deux guer­res. La seule différ­ence est que l’on par­lait beau­coup moins de ses vic­ti­mes.

Contre le ter­ro­risme intégr­iste, nous devons être soli­dai­res avec les peu­ples des pays majo­ri­tai­re­ment musul­mans, ainsi qu’avec les citoyens ordi­nai­res atta­qués en Espagne ou aux Etats-Unis.

Nous com­bat­tons les racis­tes, les fana­ti­ques et les chau­vins qui cher­che­ront à mani­pu­ler la colère des gens contre les atten­tats de Madrid en la diri­geant vers les musul­mans, les immi­grés, les réfugiés et contre les libertés civi­ques. Si l’on cher­che à trou­ver un sem­blant de ratio­na­lité à la stratégie d’al-Quaida, on peut avan­cer que son objec­tif est de sti­mu­ler la « guerre à la ter­reur » menée par les États-Unis, cette puis­sance arro­gante, impér­ial­iste et mili­ta­riste, dans l’espoir que le chaos qui en rés­ul­tera fera tomber les gou­ver­ne­ments dans les pays majo­ri­tai­re­ment musul­mans et per­met­tra aux fon­da­men­ta­lis­tes (ou aux plus extrém­istes d’entre eux) de pren­dre le pou­voir.

Puisque nous sommes soli­dai­res des vic­ti­mes de la ter­reur dans le monde entier, nous devons reje­ter les deux pôles de cette logi­que létale. Le fon­da­men­ta­lisme chrétien amé­ricain, même s’il est aujourd’hui un peu plus dis­cret qu’aupa­ra­vant, n’est pas moins réacti­onn­aire, obs­cu­ran­tiste et hos­tile à la vie que son équi­valent fon­da­men­ta­liste musul­man. Les fon­da­men­ta­lis­tes chrétiens for­ment l’un des piliers de la poli­ti­que amé­ric­aine menée par Bush. En 2001, lors­que les États-Unis et le Royaume uni ont com­mencé à bom­bar­der l’Afghanistan, nous avons écrit : « L’alliance amé­ri­cano-bri­tan­ni­que ne réus­sira pas ni à vain­cre ni à couper les raci­nes du fon­da­men­ta­lisme ter­ro­riste (…). Il est tout à fait pos­si­ble que l’atta­que amé­ri­cano-bri­tan­ni­que liqui­dera Ben Laden ou cer­tains de ses com­pli­ces, mais cette inter­ven­tion mobi­li­sera de nou­vel­les recrues pour leur poli­ti­que et pour d’autres ter­ro­ris­tes fon­da­men­ta­lis­tes. "

Au mieux l’alliance amé­ri­cano-bri­tan­ni­que fera recu­ler l’une des frac­tions ter­ro­ris­tes-fon­da­men­ta­lis­tes. Mais elle ne cou­pera pas les raci­nes du fon­da­men­ta­lisme, elle ne liqui­dera pas ou ne dimi­nuera pas la ter­reur fon­da­men­ta­liste contre les peu­ples des pays d’où vien­nent les ter­ro­ris­tes. » Et c’est ce qui s’est passé. La der­nière guerre contre l’Irak a déb­ouché non pas sur une déf­aite mais sur une expan­sion du fon­da­men­ta­lisme ter­ro­riste. Les révo­luti­onn­aires doi­vent sou­te­nir les forces démoc­ra­tiques, laïques et socia­lis­tes du monde entier à la fois contre le mili­ta­risme des États-Unis et de leurs alliés, et contre le fon­da­men­ta­lisme ter­ro­riste.

Nous devons sou­te­nir des grou­pes comme les nou­veaux syn­di­cats indép­endants et les orga­ni­sa­tions de chômeurs en Irak.

Nous devons sou­te­nir les refuz­niks israéliens et le combat des Palestiniens pour une solu­tion démoc­ra­tique en Israël-Palestine - le retrait d’Israël des Territoires occupés, et l’autodét­er­mi­nation des Palestiniens dans le cadre d’un État indép­endant, à côté d’Israël.

Bush et Blair ne vain­cront pas le fon­da­men­ta­lisme ter­ro­riste. Seuls une renais­sance du mou­ve­ment ouvrier inter­na­tio­nal et un chan­ge­ment radi­cal de ce mou­ve­ment, seules la soli­da­rité de la classe ouvrière inter­na­tio­nale et l’ins­tau­ra­tion une démoc­ratie conséqu­ente pour­ront fina­le­ment y par­ve­nir.

A propos des différents types de ter­ro­risme

Dans la ter­mi­no­lo­gie marxiste clas­si­que, le « ter­ro­risme » désignait un phénomène très différent du ter­ro­risme qui a orga­nisé les atten­tats de Madrid, Kerbala ou Bagdad. Dans la Russie tsa­riste, les « ter­ro­ris­tes », par exem­ple, étaient des révo­luti­onn­aires qui décidaient de tuer le tsar ou des hauts res­pon­sa­bles du gou­ver­ne­ment afin d’affai­blir un régime tyran­ni­que et d’encou­ra­ger le peuple à se rév­olter. Les marxis­tes leur tém­oignaient de la sym­pa­thie tout en cri­ti­quant l’inef­fi­ca­cité de leur tac­ti­que.

Les atten­tats contre des civils dans des cafés européens en Algérie, pen­dant la guerre d’Indépendance (1954-1962) appar­te­naient éga­lement à une autre caté­gorie de ter­ro­risme que celui d’al-Quaida. Leur objec­tif était de forcer la France à partir et de per­met­tre à l’Algérie d’obte­nir son indép­end­ance. Soutenir la cause que ser­vaient ces atten­tats, et expli­quer que la vic­toire de cette cause met­trait fin aux atten­tats avait un sens.

De même, les atten­tats de grou­pes comme l’IRA pro­vi­soire visaient géné­ra­lement des cibles éco­no­miques, mili­tai­res, poli­cières ou para­mi­li­tai­res. Parfois ils ont abouti à des meur­tres inex­cu­sa­bles de civils, par­fois ils ont viré à des règ­lements de comp­tes com­mu­nau­tai­res contre les unio­nis­tes pro­tes­tants. Tous ces atten­tats, même ceux que nous avons fer­me­ment condamnés, cons­ti­tuaient des armes tac­ti­ques au ser­vice d’une cause poli­ti­que définie avec laquelle nous pou­vions au moins sym­pa­thi­ser.

Si les poseurs de bombes de Madrid réuss­issent indi­rec­te­ment à faire partir les trou­pes espa­gno­les d’Irak - comme cela est pos­si­ble, puis­que les atten­tats ont aidé à faire bas­cu­ler les électeurs en faveur du Parti socia­liste, qui s’est opposé à la prés­ence de trou­pes espa­gno­les en Irak -, seront-ils satis­faits et ces­se­ront-ils leurs atten­tats ? Non. Cela les encou­ra­gera.

L’injus­tice sup­posée qu’ils veu­lent éli­miner ou com­bat­tre en fai­sant couler de plus en plus de sang n’est pas telle ou telle action des États-Unis ou de l’Espagne, mais l’exis­tence même d’une société laïque, moderne et non isla­mi­que. Les meur­tres indis­cri­minés de civils visant à punir et détr­uire ne cons­ti­tuent pas une mau­vaise tac­ti­que, ce sont des atro­cités.

Le « prix à payer » ?

Le mou­ve­ment anti­guerre (Stop the War Coalition) a publié un com­mu­ni­qué sur les atten­tats de Madrid dans lequel il est dit : « Bush, Blair et Aznar étaient les trois prin­ci­paux diri­geants qui ont mené l’Occident à la guerre. Maintenant ils doi­vent rendre des comp­tes pour les conséqu­ences de cette guerre. Le rés­ultat des élections en Espagne, qui a vu la déf­aite du parti d’Aznar, ne peut être inter­prété que comme un vote contre la guerre. Le gou­ver­ne­ment espa­gnol a sou­tenu avec enthou­siasme les bom­bar­de­ments illégaux et l’inva­sion de l’Irak il y a un an : il vient d’en payer le prix poli­ti­que. Les ter­ri­bles atten­tats de Madrid sont considérés par de nom­breux Espagnols comme le rés­ultat de la poli­ti­que bel­li­ciste de leur gou­ver­ne­ment. Ils ont refusé que ce même gou­ver­ne­ment uti­lise cette tragédie pour jus­ti­fier sa poli­ti­que. La guerre a aug­menté la menace du ter­ro­risme, elle ne l’a pas dimi­nuée. »

Tout en déc­larant que les atten­tats sont « ter­ri­bles » et représ­entent une « tragédie », cette déc­la­ration ne condamne pas les poseurs de bombes. Si vous la reli­sez atten­ti­ve­ment, vous verrez qu’elle ne dit pas expli­ci­te­ment que les atten­tats étaient une manière bru­tale mais salu­taire d’obli­ger l’Espagne à « rendre des comp­tes » pour la guerre en Irak ou de lui en faire « payer le prix », mais cette déc­la­ration peut être inter­prétée dans ce sens.

La logi­que de ce texte est tout sim­ple­ment l’inverse de celle des fau­teurs de guerre amé­ricains qui prét­endaient que l’Afghanistan et l’Irak devaient être bom­bardés afin que leurs diri­geants « paient le prix ». Il fal­lait s’oppo­ser à la guerre amé­ri­cano-bri­tan­ni­que contre l’Irak. Il faut s’oppo­ser à l’occu­pa­tion actuelle. Mais il est inu­tile d’avan­cer l’argu­ment spécieux que le ter­ro­risme fon­da­men­ta­liste ne serait que la conséqu­ence auto­ma­ti­que de la guerre et de l’occu­pa­tion.

Cet argu­ment reprend ce que le SWP (prin­ci­pale orga­ni­sa­tion d’extrême gauche - trots­kyste - bri­tan­ni­que, NdT) avançait déjà dans sa bro­chure sur la guerre en Afghanistan, quand il refu­sait de s’expli­quer clai­re­ment sur al-Quaida en employant des for­mu­les com­plai­san­tes du type : « la bar­ba­rie nour­rit la bar­ba­rie », « la bar­ba­rie ne peut que pro­vo­quer davan­tage de contre-bar­ba­rie » ou les « ter­ro­ris­tes ont été créés par l’Occident ». Plus crûment, cela sous-enten­dait « Mais ce sont des gens du tiers monde, que pou­vons-nous en atten­dre ? » Un rai­son­ne­ment sous-jacent aussi arro­gant et européo-cen­triste a permis au SWP de pous­ser un soupir convenu devant la « tragédie » du 11 sep­tem­bre 2001, tout en conti­nuant à prét­endre que le fon­da­men­ta­lisme isla­mi­que était « anti-impér­ial­iste ».

Cette atti­tude abou­tit à écarter com­plè­tement et à trahir les révo­luti­onn­aires et les démoc­rates des pays plus pau­vres, qui com­bat­tent la bar­ba­rie du FMI et du capi­ta­lisme mon­dial, mais aussi « la contre-bar­ba­rie » fon­da­men­ta­liste.

Remplir un vide

Comment sommes-nous arrivés à une situa­tion dans laquelle les habi­tants de Madrid, Kerbala, New York, Bali, Istanbul, Quetta ou Londres savent qu’à n’importe quel moment un pas­sant ou un auto­mo­bi­liste présent dans l’une de ces villes peut faire sauter tous ceux qui l’entou­rent, y com­pris des enfants, parce qu’il a la rage contre le monde entier ?

Lénine, le diri­geant bol­che­vik de la révo­lution russe de 1917, n’avait aucune com­plai­sance pour le capi­ta­lisme de son époque. Il a connu la Première Guerre mon­diale, au cours de laquelle huit mil­lions et demi de sol­dats, ainsi qu’entre 5 et 13 mil­lions de civils, ont été tués, abou­tis­sant à un mas­sa­cre qui dép­assait toutes les guer­res pré­céd­entes.

Cependant, à la fin de la Première Guerre mon­diale, Lénine esti­mait encore que cer­tai­nes conquêtes de la civi­li­sa­tion se perpétuaient même sous le capi­ta­lisme. Dans L’Etat et la révo­lution (écrit en 1917), il expli­quait que dans une société socia­liste développée, il n’y aurait aucu­ne­ment besoin d’une armée ou d’une police spéc­ialisée pour trai­ter les agres­sions, les mau­vais trai­te­ments et les vio­len­ces indi­vi­duels. « Le peuple en armes lui-même s’en char­gera, de la même façon que n’importe quelle per­sonne civi­lisée, dans le monde actuel, s’inter­pose dans une bagarre ou empêche une femme d’être agressée. »

Il lui sem­blait évident que « n’importe quelle per­sonne civi­lisée » aide­rait ses congé­nères à garan­tir la sécurité des rues et des endroits publics. Malgré tous les pro­grès de la tech­no­lo­gie qui sont inter­ve­nus depuis, notre société a considé­rab­lement régressé. Tout d’abord nous avons connu les hor­reurs de la crise de 1929, du nazisme et du sta­li­nisme. Aujourd’hui la déc­la­ration attri­buée à al-Quaida sur les atten­tats de Madrid - « nous aimons la mort » -exprime, de façon extrême, la démo­ra­li­sation et de l’ato­mi­sa­tion des indi­vi­dus qui se dével­oppe sans cesse.

Comme l’écrit Marx dans le Manifeste du Parti com­mu­niste, il ne sub­siste plus « d’autre lien, entre l’homme et l’homme, que le froid intérêt, les dures exi­gen­ces du"paie­ment au comp­tant" ». Ou plutôt, il ne reste plus que des gens qui veu­lent contrôler des rap­ports fondés sur l’argent en impo­sant par la force la crainte d’un ordre basé sur la crainte de Dieu et pro­ve­nant d’un passé ima­gi­naire. La catas­tro­phe du sta­li­nisme et les déf­aites endurées par la plu­part des luttes ouvrières depuis vingt ans ont encore affai­bli les espoirs d’une amél­io­ration sus­citée par le combat col­lec­tif et créé un vide rempli par des rap­ports fondés sur l’argent et l’obs­cu­ran­tisme.

Le fon­da­men­ta­lisme isla­mi­que est avant tout un cou­rant poli­ti­que, pas une croyance reli­gieuse. Il s’est développé après les échecs du natio­na­lisme laïc dans le monde musul­man, ou plutôt suite au chaos pro­vo­qué par ses demi-succès. Il est grosso modo l’équi­valent, au sein du monde musul­man, de ce qu’était le fas­cisme en Europe.

Dans le Capital, Marx a écrit que, dans les régions où le tra­vail des escla­ves ou des serfs était intégré au marché capi­ta­liste mon­dial, « les hor­reurs civi­lisées de la surex­ploi­ta­tion se gref­faient sur les hor­reurs bar­ba­res de l’escla­vage, du ser­vage, etc. » et que les pays capi­ta­lis­tes moins développés souf­fraient « non seu­le­ment du dével­op­pement de la pro­duc­tion capi­ta­liste mais aussi de l’incom­plé­tude de ce dével­op­pement ».

Ce qui s’est pro­duit avec le fon­da­men­ta­lisme isla­mi­que représ­ente, sur le plan poli­ti­que, un peu le même type d’amal­game de maux d’ori­gine diverse : une culture fondée sur les anti­ques « crimes d’hon­neur », la guerre sainte de l’islam et les croi­sa­des de la chrétienté a fusionné avec les tech­ni­ques moder­nes des bom­bar­de­ments inten­sifs.

Lorsqu’en 1917 Lénine évoquait les « per­son­nes civi­lisées » qu’il avait connues lors de son exil dans diver­ses villes d’Europe occi­den­tale, il pen­sait au rés­ultat des luttes du mou­ve­ment ouvrier pen­dant des dizai­nes d’années. Ces luttes avaient créé un sen­ti­ment de dignité, de res­pect de soi-même, et de res­pon­sa­bi­lité sociale col­lec­tive chez les clas­ses ouvrières qui s’étaient formées dans des condi­tions d’extrême dég­ra­dation humaine, et elles avaient aussi imposé un cer­tain degré de civi­li­sa­tion aux clas­ses moyen­nes et aux clas­ses diri­gean­tes.

C’est ce que nous devons recons­truire aujourd’hui.

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