samedi 2 novembre 2013

A propos du terrorisme : Lettre de Jacques Wajnsztejn

Pour des développements plus approfondis je te renvoie à mon livre Individu, révolte et terrorisme et aux 100 pages du chapitre 1 de la première partie de notre dernier livre :"Violence et globalisation". Elles ont l’avantage de ne pas exprimer une seule position, de courir sur plusieurs années et de faire un peu le tour de la question à partir de positions françaises, allemandes et italiennes. A part cela je te propose un passage d’une participation à une discussion avec des membres du Cercle de Paris. (…)

Pour ce qui est du texte de « Combat com­mu­niste », il souf­fre pre­miè­rement de confon­dre la situa­tion ita­lienne, celle d’une lutte armée mino­ri­taire mais impor­tante numé­riq­uement et d’une manière géné­rale, d’une vio­lence dif­fuse à laquelle par­ti­cipèrent un nombre impor­tant d’ouvriers ; avec la situa­tion en Allemagne et en France. Et deuxiè­mement, comme tu le dis très bien, de ren­voyer dos à dos les deux camps, ce qui revient à ne pas se poser la ques­tion de la vio­lence révo­luti­onn­aire ou même sim­ple­ment du niveau de vio­lence adéquat à toute lutte. Violence qui peut d’ailleurs être sym­bo­li­que ou phy­si­que ou les deux. Pour moi aujourd’hui, cette vio­lence ne peut être qu’à valeur sym­bo­li­que (même si elle prend des formes concrètes par­fois illé­gale ou vio­lente) car la vio­lence phy­si­que, en termes de rap­ports de force ne peut plus être maîtrisée par les révo­luti­onn­aires comme nous essayons de le mon­trer dans l’intro­duc­tion sur la guerre à « Violence et glo­ba­li­sa­tion ».

Par rap­port au marxisme tra­di­tion­nel et même par rap­port aux posi­tions ultra-gau­ches, il faut donc voir que 1) le retour­ne­ment de la guerre impér­ial­iste en guerre civile n’est plus pos­si­ble et que 2) le blo­cage des usines est aujourd’hui com­plè­tement déris­oire quant à la maît­rise de la pro­duc­tion et ne prend, ces der­niers temps, que des formes désespérées de sabo­tage ou de mena­ces contre l’envi­ron­ne­ment. Le nerf de la guerre n’est plus le sec­teur de la pro­duc­tion, éclaté en réseaux et qui a vu fondre comme peau de cha­grin les gros­ses unités indus­triel­les qui s’étaient trouvés à la pointe du der­nier assaut prolé­tarien des années 60/70 ; mais celui de la repro­duc­tion (cf. la ques­tion des trans­ports, par exem­ple, et la limi­ta­tion du droit de grève dans ce sec­teur qui est en place avec le ser­vice mini­mum sauf en France où c’est encore à l’état de projet) qui, jusqu’à main­te­nant ne pose les ques­tions qu’en termes de déf­ense du ser­vice public et des sta­tuts.

Ce n’est pas un point négatif en soi dans la mesure où il peut être amené à conce­voir la repro­duc­tion des rap­ports sociaux en dehors de l’État qui faillit à sa tâche, mais pour le moment nous en sommes loin puisqu’il reste essen­tiel­le­ment réactif et obsédé par la recons­truc­tion d’un État-pro­vi­dence. Il ne cher­che donc jamais à radi­ca­li­ser des pro­jets de réf­orme de l’État qui affai­bli­rait ce der­nier, comme par exem­ple dans le cadre de la rég­io­na­li­sation, sous le prét­exte que cela ne peut que conduire au ren­for­ce­ment du patro­nat. C’était aussi un peu le sens du « Tous ensem­ble » de 1995, mais dans cet évé­nement comme dans les grèves du prin­temps 2003 où en Italie avec les « giro­tondi », on ne dép­asse pas vrai­ment l’expres­sion d’un mou­ve­ment sans qu’il passe véri­tab­lement au stade de la lutte. Ou plus exac­te­ment le mou­ve­ment se prés­ente comme lutte dans sa simple démo­nst­ration. C’est une démo­nst­ration de force sans puis­sance. On a la même chose avec les diver­ses ten­dan­ces du mou­ve­ment anti-mon­dia­li­sa­tion. A part les auto­no­mes à Gênes et Bové-Riesel contre les OGM, per­sonne ne fait le lien entre démo­nst­ration de force et action directe, ce qui fait que Bové et Riesel se retrou­vent cri­mi­na­lisés.

On se retrouve donc dans une situa­tion où les actes illé­gal­istes les plus sim­ples : boy­cot­ter le bac ou mar­cher de façon décidée sur les sièges du Medef avec le risque de l’affron­te­ment, sont refusés non seu­le­ment parce qu’ils faus­sent la règle du jeu de la démoc­ratie acceptée en prin­cipe quelle que soient ses formes (voir le déf­er­lement de haine, en Italie, contre Battisti, dans un pays qui ne res­pecte aucun des droits les plus élém­ent­aires de la déf­ense), mais aussi parce que le mou­ve­ment, en pri­vilégiant l’expres­sion de son exis­tence à son appro­fon­dis­se­ment, reste un mou­ve­ment sans den­sité véri­table qui ne peut même plus poser cette ques­tion du niveau de vio­lence adéquat. Par exem­ple l’année der­nière je me suis pro­noncé, au niveau théo­rique, contre un boy­cott du bac (cela ne m’a pas empêché de voter le boy­cott en AG !) qui ne remet­trait pas en cause le bac lui-même, la ques­tion plus géné­rale de l’éval­uation et fina­le­ment celle de l’époque. Sans cet aspect, l’appel au boy­cott est resté velléit­aire et typi­que­ment gau­chiste parce que dis­pro­por­tionné par rap­port à la cons­cien­ti­sa­tion. Les indi­vi­dus ne scient jamais la bran­che sur laquelle ils sont assis, il faut d’abord qu’ils des­cen­dent de l’arbre ! Et à plus forte raison quand le temps des affron­te­ments de clas­ses est ter­miné.

Pourtant, dans le cadre par­ti­cu­lier de la France (le pays de la poli­ti­que disait Marx, en y voyant plutôt une conno­ta­tion posi­tive), je suis per­suadé qu’il n’aurait pas fallu grand-chose pour faire bas­cu­ler le mou­ve­ment de 2003 vers une plus grande radi­ca­lité. Mais en l’état actuel des choses on ne peut que se poser la ques­tion d’un mou­ve­ment capa­ble d’expri­mer tout à coup le refus d’une réf­orme fon­da­men­tale et qui accepte d’être dég­onflé sans se battre dans tous les sens du terme. Là encore, le non appro­fon­dis­se­ment de ce qui était réel­lement en jeu, la crise du tra­vail, ne per­met­tait pas de faire le lien avec les chômeurs et autres inter­mit­tents et de poser la ques­tion d’un rap­port de force non seu­le­ment avec l’État, mais contre l’État.

Pour en reve­nir à la ques­tion de la lutte armée « his­to­ri­que », ton ana­lyse fait comme si les grou­pes de lutte armée, non natio­na­lis­tes, avaient fait un choix clair de la vio­lence poli­ti­que. Or si on regarde les deux cas de la Fraction Armée Rouge et des Brigades rouges et aussi des grou­pes ita­liens de vio­lence dif­fuse, il n’en est rien. A l’ori­gine, ils évoluent léga­lement, en dehors de la clan­des­ti­nité et c’est le niveau de vio­lence de l’État, sa capa­cité à les cri­mi­na­li­ser qui va entraîner une option de plus en plus armée. Le cas des grou­pes diffus est par­ti­cu­liè­rement intér­essant. A l’ori­gine, ils s’orga­ni­sent sur les quar­tiers pour des pro­blèmes spé­ci­fiques (loge­ment, nour­ri­ture, acti­vités asso­cia­ti­ves ou anti­fas­cis­tes), puis ils pas­sent aux auto-réd­uctions et à une cer­taine illé­galité, puis à des actions de récu­pérations, puis à des mani­fes­ta­tions dans les­quel­les il y a affron­te­ment avec la police ( on peut se repor­ter à l’his­toire exem­plaire du comité de la Barona à Rome, tra­duite par Guy Fargette dans le n°4, je crois, des Mauvais jours fini­ront ou à un arti­cle paru dans la revue Exils au moment du sou­tien à P. Persichetti. Ensuite, sou­vent le mou­ve­ment est com­plè­tement cri­mi­na­lisé, coupé de son milieu d’ori­gine, les mili­tants n’appa­rais­sent plus que comme des révo­luti­onn­aires pro­fes­sion­nels, au mieux, ou des ter­ro­ris­tes au pire.

Devant la dif­fi­culté de survie et les moyens logis­ti­ques néc­ess­aires, ils ne leur reste plus qu’à rejoin­dre les deux grou­pes qui peu­vent leur assu­rer ce sou­tien (les Brigades rouges et Prima Linea). Tout le dis­cours visant à séparer les deux formes de lutte s’effon­dre devant le nou­veau rap­port de force favo­ra­ble à l’État. Autre exem­ple : au départ les luttes des ouvriers se situaient dans les entre­pri­ses et les avant-gardes comme les Brigades rouges étaient les sup­plét­ifs extérieurs chargés de faire des coups de force ou donner des coups de main. Une divi­sion fina­le­ment assez tra­di­tion­nelle et peu intér­ess­ante du tra­vail, qu’on retrou­vait aussi en France, à un niveau plus res­treint avec la Gauche prolé­tari­enne.

Mais à partir de 1974, l’arrêt des embau­ches dans les gran­des usines du Nord et le taris­se­ment des flux immi­grés sen­si­bles à la rév­olte contre l’usine va isoler les radi­caux encore au tra­vail. Les méd­iations poli­ti­ques et socia­les per­met­tant de dép­asser ce blo­cage n’appa­rais­sant pas, la situa­tion deve­nait impos­si­ble pour les insurgés de l’intérieur et ils com­mencèrent à quit­ter l’usine, à cher­cher à élargir la conflic­tua­lité ou ils furent tout sim­ple­ment licen­ciés. Nombreux gagnèrent les Brigades rouges et Prima Linea. Là encore on ne peut pas dire qu’il s’agis­sait d’un « choix libre ». D’ailleurs qu’est-ce que cela vou­drait dire ? C’est bien beau de parler d’auto-orga­ni­sa­tion et d’oppo­ser cela aux pra­ti­ques de grou­pes d’avant-garde, mais il s’agit sur­tout de savoir dans quelle pers­pec­tive on s’orga­nise et non pas de donner une leçon d’auto-orga­ni­sa­tion à la « Écha­nges », comme si c’était la forme qui dét­er­minait les conte­nus.

Il ne s’agit pas bien sûr d’oppo­ser aux bavu­res de l’État nos pro­pres bavu­res, mais il faut aussi éviter de poser les choses de façon figée. Il faut dis­cu­ter de cela non dans l’abs­trait mais dans la lutte et par exem­ple il ne s’agit abso­lu­ment pas de dire que l’État était ter­ro­riste ou qu’il pro­dui­sait et contrôlait les ter­ro­ris­tes en Italie (posi­tion de Debord et Sanguinetti), mais de reconnaître que sa stratégie de la ten­sion posait un niveau de vio­lence abso­lu­ment pas com­pa­ra­ble à celui qu’on a connu en France à cette époque. La ques­tion des moyens ne peut donc pas être abs­traite et encore moins être d’ordre éthique. S’il est évident que la tor­ture dis­cré­dite imméd­ia­tement celui qui s’y livre, il n’en est pas de même de la pos­si­bi­lité de se retrou­ver avec une mort d’homme sur le dos. A l’inverse de la pra­ti­que sui­ci­daire de la RAF à partir d’un cer­tain moment, mais de façon com­plém­ent­aire, le « plutôt rouges que morts » des jeunes paci­fis­tes alle­mands exprime l’inca­pa­cité que nous avons eue à ren­ver­ser les mon­ta­gnes et expli­que en partie notre déf­aite.

Pour ter­mi­ner, je dirais aussi que c’est la ques­tion de la révo­lution qui est posée, ce que tu refu­ses de voir quand tu situes le débat au niveau de la lutte armée. C’est d’ailleurs une des caractér­is­tiques de Ni patrie ni fron­tières, que d’essayer d’écl­airer le nou­veau dans le cadre concep­tuel de l’ancien. Ainsi quand, sur le voile isla­mi­que, tu nous dis quel­que part que ce pro­blème nous éloigne du pro­blème fon­da­men­tal des clas­ses... alors que c’est au contraire parce qu’il n’y a plus d’anta­go­nisme de classe que se pose le pro­blème du voile. Dans les deux cas, il s’agit bien de la ten­sion indi­vidu/com­mu­nauté, mais dans un regis­tre et un contexte différent.

Poser la ques­tion de l’Histoire, de la révo­lution, des clas­ses et du prolé­tariat et de l’évo­lution de leurs rap­ports est une prém­isse indis­pen­sa­ble à toute dis­cus­sion sur la vio­lence. A « Temps Critiques », cela nous amène pour le moment à poser la révo­lution à l’intérieur du cadre de l’alter­na­tive et non dans le cadre d’une oppo­si­tion entre des alter­na­ti­ves forcément réf­orm­istes et une révo­lution pure, style grand soir. c’est un peu court pour le moment mais nous en sommes là.

Jacques Wajnsztejn

ANNEXE : QUELQUES REMARQUES
PAR RAPPORT À NOTRE DISCUSSION

R. a affirmé que fina­le­ment ce qui man­quait en 1918-23 comme en 1968-74, c’était la volonté révo­luti­onn­aire des prolét­aires. Le rap­pro­che­ment que j’ai fait entre les deux pér­iodes d’assaut révo­luti­onn­aire n’était effec­ti­ve­ment pas le fait du hasard mais de cer­tai­nes simi­li­tu­des de situa­tion au-delà des différ­ences. Mais si dans aucun de ces deux cas, la cons­cience révo­luti­onn­aire a été insuf­fi­sante alors que ces assauts étaient encore en prise avec toute l’his­toire du mou­ve­ment prolé­tarien, com­ment pourra-t-il y avoir une cons­cience supéri­eure, main­te­nant que ce fil his­to­ri­que est sans conteste rompu ? J’espère que R. ne sous-entend pas qu’il man­quait une direc­tion révo­luti­onn­aire !

Même le cas d’une grande crise éco­no­mique, du type de celle que connaît l’Argentine, ne pro­vo­que pas cette cons­cien­ti­sa­tion et on se retrouve seu­le­ment avec une situa­tion où les pique­te­ros sont aussi isolés que les prolét­aires alle­mands les plus com­ba­tifs, mais exclus des entre­pri­ses dans les années 20. Et malgré l’agi­ta­tion du Cercle social, peu regar­dant sur ses sour­ces, la situa­tion n’est pas plus favo­ra­ble en Irak.

Il me semble que R. a impli­ci­te­ment sou­tenu une vision assez démoc­ra­tique du pro­ces­sus révo­luti­onn­aire (en dehors de toute pers­pec­tive élec­to­ral­iste bien sûr), qui ne pour­rait pren­dre son essor que s’il deve­nait majo­ri­taire. Mais nulle part cela ne s’est passé ainsi, ni dans la révo­lution franç­aise, ni dans la révo­lution russe. Seule la Catalogne liber­taire a paru par­fois s’appro­cher d’une telle réalité. Il est vrai que cha­cune de ces révo­lutions a dû ensuite pra­ti­quer la ter­reur pour rés­oudre ses pro­blèmes et com­pen­ser son manque de « légi­timité » au niveau de l’ensem­ble du rap­port social. Mais est-ce iné­vi­table et est-ce que cela doit amener à fuir l’obs­ta­cle ?

A ce propos, il serait très utile de reve­nir sur l’Italie des années 60-70 et le rôle/statut de la vio­lence au sein du mou­ve­ment. Il faut voir que ce débat n’a abso­lu­ment pas été mené en dehors de l’Italie, que ce soit au sein de l’ultra-gauche ou au sein du milieu liber­taire. Il ne l’a été que par rap­port à la Gauche prolé­tari­enne, la Fraction Armée Rouge et Action directe. J’avais essayé de lancer quel­ques pistes dans la seconde partie de mon livre Individu, rév­olte et ter­ro­risme et ce fut en partie à partir de cela et d’un livre de L. Debray et A. Steiner sur la Fraction Armée Rouge que la revue Temps Critiques qui allait suivre consa­cra quel­ques arti­cles à cette ques­tion. Mais cela tourna à des éch­anges franco-alle­mands et notre aile ita­lienne ne reprit pas le flam­beau. On en est tou­jours là quand on voit la situa­tion d’omerta sur l’époque qui existe en Italie sur la ques­tion et qu’en France, parmi les exilés, il n’y a guère que le seul Scalzone (et avant son empri­son­ne­ment, Persichetti), pour deman­der un bilan auquel ils ont essayé de contri­buer par la publi­ca­tion de La révo­lution et l’État.

Pour R., le niveau de vio­lence serait inver­se­ment pro­por­tion­nel à l’inten­sité de la lutte des clas­ses. Cet argu­ment a pour lui le fait que la lutte armée n’a vrai­ment pris son essor qu’après la déf­aite à la Fiat, mais il n’est rece­va­ble que si on se situe dans la même pers­pec­tive que dans les années 20, c’est-à-dire celle de l’affir­ma­tion de la classe ouvrière et du tra­vail pro­duc­tif contre la bour­geoi­sie. Du fait de la dér­oute mili­taire, de la crise éco­no­mique et de l’inten­sité des luttes de clas­ses, tous éléments fai­sant des prolét­aires les plus com­ba­tifs et cons­cients des indi­vi­dus extérieurs à leurs pro­pres mots d’ordre, le hiatus était énorme et par­ti­cu­liè­rement pour des gens comme Max Holtz.

Mais si la pers­pec­tive n’est plus la même et que les mou­ve­ments de la fin des années 60-début des années 70 sont inter­prétés (comme nous le fai­sons à Temps Critiques), comme étant dou­bles avec un aspect d’assaut prolé­tarien (pour nous le der­nier) et un aspect révo­luti­onn­aire « à titre humain », alors il faut reconnaître que l’inten­sité de la lutte de classe au sens clas­si­que du terme peut très bien varier dans un autre sens que l’inten­sité d’une lutte plus géné­rale : si la prolé­ta­ri­sation conti­nue en dehors de la classe ouvrière (ce que signi­fie l’arrêt de l’embau­che de jeunes dans les gran­des concen­tra­tions usi­nière du nord de l’Italie à partir du milieu des années 70), on assiste alors à un même déd­oub­lement de la vio­lence entre grou­pes armées de type Brigades rouges qui cons­ti­tuent et conti­nuent la tra­di­tion rés­ist­ante de classe (Francescini en est un bon exem­ple) et l’action sub­ver­sive sou­vent vio­lente et en tout cas illé­gal­iste plus dif­fuse menée par des indi­vi­dus comme Battisti. L’unité représentée dans le même indi­vidu à l’époque de Holtz n’est plus pos­si­ble et se déd­ouble. Sur ce point, je suis en par­fait accord avec Scalzone, sur le fait de tenir pour secondai­res les différ­ences entre des grou­pes comme les Brigades rouges quasi sta­li­niens au départ et les grou­pes de vio­lence plus diffus et plus liber­tai­res.

Ce qui a manqué, il me semble, ce sont des méd­iations (poli­ti­ques ? je ne sais pas, en tout cas pas poli­ti­ques au sens tra­di­tion­nel du terme, puisqu’on a pu voir en Catalogne 36 à quoi menaient la méd­iation éta­tique et la par­ti­ci­pa­tion anar au gou­ver­ne­ment). Des méd­iations en tous cas, qui auraient objec­tivé un mou­ve­ment qui dans sa fuite en avant devient pure sub­jec­ti­vité (ce sera le final de Bologne en 1977 et son envers, l’enlè­vement de Moro par les Brigades rouges). Cette pure sub­jec­ti­vité le rend vola­tile et il perd son auto­no­mie au moment où il la pro­clame quand la machine de guerre capi­ta­liste impose le signe fin. La même vision imméd­iat­iste qui l’emporte au sein des nou­vel­les clas­ses dan­ge­reu­ses et de la nou­velle couche des inter­mit­tents du tra­vail et de la révo­lution va conduire à l’écr­ou­lement, au pre­mier vent vio­lent contraire. C’est comme cela qu’on peut com­pren­dre la vague de repen­tis qui va sub­mer­ger tout le reste. (…)

Jacques Wajnsztejn

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