samedi 2 novembre 2013

A propos de la Fraction Armée Rouge et des Brigades

Les deux articles ci-dessous sont extraits du mensuel « Combat communiste ». L’un traite de l’attitude de l’extrême gauche des années 77-79 face à la Fraction Armée Rouge, l’autre de l’assassinat d’un syndicaliste du Parti communiste italien par les BR. La critique du point de vue sous-tendant ces deux articles se trouve dans le texte intitulé "Attentats = « accidents du travail » ? Une théorie confuse et dangereuse" et sera développée dans d’autres textes publiés par « Ni patrie ni frontières ». Y.C.

L’extrême gauche et la Fraction Armée Rouge

Combat com­mu­niste n° 31, 15 novem­bre 1977

L’extrême gauche franç­aise, bien que n’étant pas sou­mise à un flot de calom­nies et d’appels à la délation et à la répr­ession poli­cière comme en Allemagne, a néanmoins cédé à la pres­sion de « l’opi­nion publi­que » et de la presse bour­geoise, pres­sion qui s’est tra­duite notam­ment par l’exposé de posi­tions plus qu’ambi­guës par rap­port à la Fraction Armée Rouge (que la pro­pa­gande bour­geoise appelle la « bande à Baader »).

L’ambi­guité de ces posi­tions déc­oule en fait de posi­tions pro­gram­ma­ti­ques floues et incohér­entes sur les pro­blèmes de la démoc­ratie bour­geoise, de la lutte pour les libertés démoc­ra­tiques et de la défi­nition de ce qu’est le « mou­ve­ment ouvrier ».

La Fraction Armée Rouge fait-elle le jeu de la bour­geoi­sie ?

L’OCT, la LCR et LO ont toutes repris, d’une façon ou d’une autre, l’argu­ment sui­vant lequel les actions de la Fraction Armée Rouge fai­saient le jeu de la bour­geoi­sie. La LCR et l’OCT ont toutes deux écrit que le ren­for­ce­ment de l’appa­reil de répr­ession en RFA était pro­vo­qué par les actions de la RAF. « La cam­pa­gne hysté­rique actuelle du gou­ver­ne­ment ouest alle­mand (est) faci­litée par les agis­se­ments de la Fraction Armée Rouge (1). » « La Fraction Armée Rouge pro­vo­que l’union sacrée der­rière Schmidt (2). » « Ils (les ter­ro­ris­tes) ne com­pren­nent pas qu’ils font la part belle aux hommes du gou­ver­ne­ment et aux socio-paci­fis­tes qui tirent profit de leurs actions aber­ran­tes pour créer chez les masses un réflexe condi­tionné anti-vio­lence et amal­ga­mer au ter­ro­risme toute forme d’affron­te­ment dans les actions du mou­ve­ment anti­nu­clé­aire par exem­ple. (…) Ils ne com­pren­nent pas que leurs actions qu’ils croient exem­plai­res devien­nent pur spec­ta­cle, radio­dif­fusé, télévisé, pour des masses au mieux indiffér­entes, le plus sou­vent hos­ti­les car effrayées, condi­tionnées vers la peur (3). » « Les actions de la Fraction Armée Rouge don­nent un motif à la bour­geoi­sie ouest-alle­mande qui pré­pare déjà un ren­for­ce­ment considé­rable des mesu­res répr­es­sives et d’embri­ga­de­ment (4). »

LO, quant à elle, n’a pas uti­lisé exac­te­ment le même type d’argu­ments, pré­férant partir d’une condam­na­tion morale de la prise d’otages et de l’exé­cution de patrons, pour jus­ti­fier son absence de soli­da­rité avec la Fraction Armée Rouge face à la répr­ession. LO a de toute manière décrit de façon insul­tante les actions de la Fraction Armée Rouge, allant jusqu’à déc­larer que les ter­ro­ris­tes « res­sem­blent aux exploi­teurs » et que, « à jouer au plus salaud avec les capi­ta­lis­tes et leurs valets poli­ti­ques, fus­sent-ils socia­lis­tes, on est sûr de perdre » ( !).

LO, contrai­re­ment à ce qu’elle fait tra­di­tion­nel­le­ment lors des actions des com­man­dos pales­ti­niens, n’a pas essayé d’expli­quer les causes poli­ti­ques du geste des cama­ra­des de Baader, mais s’est contentée d’une condam­na­tion morale du haut de sa tour d’ivoire prolé­tari­enne…

La Fraction Armée Rouge n’est cepen­dant en rien res­pon­sa­ble de la répr­ession de la bour­geoi­sie alle­mande contre le mou­ve­ment ouvrier et les orga­ni­sa­tions de gauche et d’extrême gauche. L’appa­reil poli­cier de la République fédé­rale alle­mande a été mis patiem­ment au point pen­dant trente ans sous les différents gou­ver­ne­ments chrétiens-démoc­rates, « de coa­li­tion », et aujourd’hui sociaux-démoc­rates.

L’argu­ment sui­vant lequel l’uti­li­sa­tion de la vio­lence par un groupe mino­ri­taire pro­vo­que la répr­ession et ren­force l’État est l’argu­ment de tous les libéraux, de tous les paci­fis­tes et réf­orm­istes qui pré­fèrent se faire exter­mi­ner dans les geôles ou les camps, plutôt que de « pro­vo­quer » la bour­geoi­sie. Mieux vaut mourir debout que mourir à genoux, cama­ra­des de l’OCT et de la LCR…

Quant à l’argu­ment avancé par Rouge, sui­vant lequel les « masses » sont contre la vio­lence et approu­vent la poli­ti­que de répr­ession gou­ver­ne­men­tale à cause des actions des cama­ra­des de Baader, il s’agit d’une vaste fumis­te­rie : la classe ouvrière a perdu ses tra­di­tions de lutte vio­len­tes non pas à cause de la « bande à Baader », mais à cause de la poli­ti­que cri­mi­nelle du KPD et du SPD dans l’entre-deux-guer­res qui a ouvert la voie à la vic­toire du fas­cisme ; et les nazis ont exter­miné un mil­lion de mili­tants et sym­pa­thi­sants de mili­tants des syn­di­cats et partis de gauche dans les camps de concen­tra­tion. Cette déf­aite gigan­tes­que du prolé­tariat alle­mand il faudra encore plu­sieurs années, pour ne pas dire plu­sieurs dizai­nes d’années, pour la sur­mon­ter et pour que la classe ouvrière alle­mande retrouve ses tra­di­tions révo­luti­onn­aires.

« Notre ( !?!) démoc­ratie bour­geoise »

L’ana­lyse erronée des causes pro­fon­des de la répr­ession actuelle en République fédé­rale alle­mande est évid­emment liée à un fétich­isme, à un culte de la démoc­ratie bour­geoise (et aussi à un souci de res­pec­ta­bi­lité) que par­ta­gent les grou­pes d’extrême gauche en France comme en Allemagne. Quand Krivine parle de « notre démoc­ratie bour­geoise », quand l’OCT écrit dans son jour­nal que « la liberté est en danger de mort » et fait appel à tous les « pro­gres­sis­tes » ( !), que font ces orga­ni­sa­tions sinon pro­pa­ger des illu­sions sur la démoc­ratie bour­geoise ?

L’État poli­cier alle­mand pré­fi­gure ce qui nous attend en France si les luttes de classe se dével­oppent. Il ne faut donner aucune illu­sion à ce propos : nous devons certes lutter pour déf­endre les libertés d’orga­ni­sa­tion et d’expres­sion de la classe ouvrière, mais nous devons expli­quer qu’il est iné­vi­table que la démoc­ratie bour­geoise se rétr­écisse comme une peau de cha­grin si le prolé­tariat entre dans une lutte à mort contre la bour­geoi­sie. Et ce ne sont pas les actions des ter­ro­ris­tes qui pro­vo­que­ront un tel dur­cis­se­ment, mais bel et bien l’action révo­luti­onn­aire de la classe ouvrière.

Alors plutôt que de pleur­ni­cher sur les acquis de « notre démoc­ratie bour­geoise », il nous faut inlas­sa­ble­ment expli­quer que les droits démoc­ra­tiques des tra­vailleurs ne sont garan­tis ni par une Constitution, ni par une loi, ni par un Parlement ou un gou­ver­ne­ment de gauche, mais par la seule lutte de classe. Le souci de res­pec­ta­bi­lité qui amène les orga­ni­sa­tions d’extrême gauche à se dém­arquer de façon erronée de la Fraction Armée Rouge n’empêc­hera pas ces orga­ni­sa­tions demain de subir les coups de la bour­geoi­sie : treize orga­ni­sa­tions « gau­chis­tes » n’ont-elles pas été inter­di­tes le 13 juin 1968 ? Une orga­ni­sa­tion révo­luti­onn­aire qui veut s’ins­tal­ler dans le (rela­tif) confort de la démoc­ratie bour­geoise pré­pare ses mili­tants à de graves déc­on­venues.

La Fraction Armée Rouge fait-elle partie du mou­ve­ment ouvrier ?

Cette ques­tion peut sem­bler un peu acadé­mique, et elle l’est en effet. Car expli­quer que Alvaro Cunhal, Georges Marchais, Edmond Maire ou André Bergeron (5) font partie du « mou­ve­ment ouvrier » ne signi­fie nul­le­ment qu’ils déf­endent plus les intérêts du prolé­tariat qu’Andreas Baader ou Yasser Arafat. Néanmoins, dans la mesure où les grou­pes d’extrême gauche se sont posé le pro­blème en ces termes, il nous faut bien rép­ondre à la ques­tion. Pour nous, il est clair que la Fraction Armée Rouge n’est pas une orga­ni­sa­tion com­mu­niste-révo­luti­onn­aire… pas plus d’ailleurs que le PCF, le FLN algérien ou les maqui­sards de Dhofar. Mais est-ce une raison pour refu­ser de déf­endre ces cama­ra­des face à la répr­ession ?

On s’étonne d’autant plus d’un tel refus que des orga­ni­sa­tions comme la LCR non seu­le­ment ont déf­endu contre la répr­ession, mais ont même déf­endu poli­ti­que­ment (il s’agis­sait, selon elle, d’une simple « erreur ») les actions de Septembre Noir et de l’Armée Rouge japo­naise à l’aéroport de Lod (en Israël) et lors des jeux Olympiques de Munich. Pourtant, ni Septembre Noir, ni l’Armée Rouge japo­naise ne cons­ti­tuent fon­da­men­ta­le­ment des orga­ni­sa­tions plus « ouvrières » ou « com­mu­nis­tes » que la Fraction Armée Rouge. La LCR et l’OCT sou­tien­nent les actions de com­man­dos des mou­ve­ments natio­na­lis­tes bour­geois et ce sou­tien est lié aux illu­sions qu’entre­tien­nent ces orga­ni­sa­tions sur tous les mou­ve­ments tiers-mon­dis­tes qui adop­tent une phraséo­logie socia­li­sante.

Le pro­blème fon­da­men­tal est de savoir si les mili­tants de la Fraction Armée Rouge sont ou non des mili­tants qui lut­tent contre la société capi­ta­liste. Nous pen­sons que oui, même si nous sommes en dés­accord total avec leur poli­ti­que qui n’est pas la nôtre : la classe ouvrière n’a pas besoin d’être réveillée à coups d’ « actions exem­plai­res », mais d’être éduquée de façon com­mu­niste dans la lutte de classe quo­ti­dienne, tout comme en s’orga­ni­sant en Parti.

Ainsi, quand la LCR écrit que « rien dans les mét­hodes ne dis­tin­gue ces actions de bra­queurs de ban­ques (6) », elle aban­donne la tâche élém­ent­aire des révo­luti­onn­aires qui consiste à lutter pour la libé­ration imméd­iate de tous les pri­son­niers poli­ti­ques de gauche en Allemagne, y com­pris des soixante mili­tants de la Fraction Armée Rouge.

Contrairement à ce qu’écrit Alain Brossat dans Rouge, à aucun moment la LCR (ni LO d’ailleurs) n’a réclamé la libé­ration des pri­son­niers poli­ti­ques depuis le début de l’affaire Schleyer (7). Quant à l’OCT, elle en a parlé une seule fois dans son jour­nal. L’appel au mee­ting contre l’extra­di­tion de Klaus Croissant (8) ne conte­nait aucune référ­ence aux pri­son­niers poli­ti­ques de la Fraction Armée Rouge.

L’atti­tude du GIM (sec­tion alle­mande de la Quatrième Internationale) qui ter­mine son com­mu­ni­qué en déc­larant : « Nous réc­lamons la dét­ention col­lec­tive et non indi­vi­duelle de tous les pri­son­niers poli­ti­ques en RFA (9) » est tout aussi scan­da­leuse : sous prét­exte (du moins nous l’espérons) d’avan­cer une reven­di­ca­tion « tran­si­toire » (vers… la libé­ration des pri­son­niers poli­ti­ques ?), le GIM adopte un silence pru­dent. Quelles que soient nos diver­gen­ces avec les mili­tants de la Fraction Armée Rouge, c’est leur libé­ration imméd­iate que nous devons réc­lamer et pas seu­le­ment la levée de la mesure d’extra­di­tion contre Klaus Croissant.

(1) Rouge, 26 octo­bre 1977.

(2) Rouge, 18 octo­bre 1977.

(3) Rouge, 17 octo­bre 1977.

(4) L’Éti­nce­lle, heb­do­ma­daire de l’Organisation com­mu­niste des tra­vailleurs (OCT), orga­ni­sa­tion maoiste « soft » aujourd’hui dis­pa­rue (NDLR).

(5) Respectivement diri­geants du Parti com­mu­niste por­tu­gais, du Parti com­mu­niste français, de la CFDT et de FO (NDLR).

(6) Rouge, 17 octo­bre 1977.

(7) Hans Martin Schleyer, diri­geant du patro­nat alle­mand, enlevé puis exécuté par la Fraction Armée Rouge (NDLR).

(8) Avocat des mili­tants de la Fraction Armée Rouge (NDLR).

(9) Rouge, 21 octo­bre 1977.

La logi­que d’une poli­ti­que

A propos de l’exé­cution d’un res­pon­sa­ble du PCI par les Brigades rouges (Combat com­mu­niste n° 44, 20 février 1979).

Un res­pon­sa­ble syn­di­cal, membre du PCI, a été assas­siné en jan­vier 1979 à Gênes et il semble que les Brigades rouges aient reven­di­qué cet atten­tat. Ce syn­di­ca­liste, qui était un fonc­tion­naire per­ma­nent du Conseil d’entre­prise et non un ouvrier comme cela a pu être dit, avait en effet dénoncé à la police un tra­vailleur sym­pa­thi­sant des Brigades rouges qui dis­tri­buait des tracts clan­des­ti­ne­ment. Il avait ensuite tém­oigné contre lui à son procès et celui-ci avait écopé de quatre ans de prison. À cette occa­sion, le PCI s’est efforcé de mobi­li­ser les tra­vailleurs pour pro­tes­ter contre cet atten­tat avec beau­coup plus d’énergie qu’il ne le fait quand des mili­tants ouvriers tom­bent sous les balles de l’extrême droite ou de la police (ce qui arrive régul­ièrement en Italie). Il nous est dif­fi­cile de dire dans quelle mesure les débra­yages et les mani­fes­ta­tions qui ont suivi ont cor­res­pondu à une véri­table émotion dans la classe ouvrière. L’ensem­ble de la presse (de droite et de gauche) et la radio avaient en effet battu le rappel et le pré­sident de la République était venu en per­sonne à l’enter­re­ment du syn­di­ca­liste.

Ce qui est cer­tain c’est que cette affaire est l’abou­tis­se­ment logi­que de la poli­ti­que du PCI comme de celle des Brigades rouges. Le PCI, depuis son entrée dans la majo­rité, est le plus farou­che déf­enseur de l’État bour­geois au nom de la « déf­ense de la démoc­ratie ». Il s’oppose vio­lem­ment à tous ceux qui le com­bat­tent ou le contes­tent et se fait l’auxi­liaire du patro­nat et de la police. Il appelle ainsi ses mili­tants à dén­oncer, non seu­le­ment les ter­ro­ris­tes, mais les mili­tants d’extrême gauche, ceux qui refu­sent sa poli­ti­que d’austérité, aux­quels il s’efforce de les amal­ga­mer.

Ceux qui accep­tent de jouer ce jeu (quel­les que soient par ailleurs leurs inten­tions sub­jec­ti­ves ou leurs illu­sions) devien­nent ainsi ni plus ni moins des mou­chards de police. Il est iné­vi­table qu’ils soient amenés à en subir les conséqu­ences. Car la logi­que d’un groupe qui se lance dans l’action armée, comme les Brigades rouges, est aussi de se déf­endre par tous les moyens contre la répr­ession et la délation. Exécuter ou inti­mi­der les mou­chards est une mét­hode d’autodéf­ense qu’ont employée et emploient la quasi-tota­lité des mou­ve­ments de guér­illa ou de « rés­ist­ance armée »… Les Brigades rouges se livrent à une guerre privée contre l’État bour­geois et ses représ­entants, en dehors de tous liens, de tout contrôle des tra­vailleurs et sans se pré­oc­cuper des conséqu­ences de leur poli­ti­que au sein de la classe ouvrière - ou sans les voir. Le propre des orga­ni­sa­tions de ce type est en effet de penser qu’une mino­rité armée et décidée peut se sub­sti­tuer à la classe ouvrière pour abat­tre le système capi­ta­liste ou du moins « réveiller » le prolé­tariat grâce à des actions d’éclat. La logi­que de cette poli­ti­que amène les Brigades rouges à employer la vio­lence, non plus seu­le­ment contre des per­son­na­lités de l’État bour­geois, mais contre un membre du Parti com­mu­niste ita­lien. Celui-ci, même s’il a joué le rôle objec­tif d’un agent de la bour­geoi­sie en mou­char­dant son collègue, conti­nuait sans doute à appa­raître aux yeux d’une partie des tra­vailleurs comme leur « représ­entant ». Pour cette raison, un tel acte risque de contri­buer à creu­ser le fossé entre les tra­vailleurs qui ont une cer­taine sym­pa­thie - ou au moins com­pren­nent sans l’approu­ver - la poli­ti­que des Brigades rouges et ceux qui font encore au moins en partie confiance au Parti com­mu­niste ita­lien. Ceux-ci vont encore plus qu’aupa­ra­vant considérer les Brigades rouges comme des enne­mis de la classe ouvrière, voire des fas­cis­tes et, par voie de conséqu­ence, mettre dans le même sac ceux qui refu­sent de les condam­ner.

Comment les Brigades rouges vont-elles évoluer ?

Plus grave encore, cer­tai­nes déc­la­rations et cer­tains com­mu­ni­qués après l’exé­cution d’un juge « libéral » lais­sent penser que les Brigades rouges s’apprê­teraient à choi­sir comme cible non plus les représ­entants les plus caractér­is­tiques de l’État bour­geois, ceux qui sym­bo­li­sent la répr­ession et l’auto­ri­ta­risme et sont haïs des tra­vailleurs, mais des hauts fonc­tion­nai­res libéraux ou réf­orm­istes dans la mesure où ceux-ci, en rehaus­sant l’image de l’État, sont les déf­enseurs les plus dan­ge­reux de la bour­geoi­sie…

Rien n’indi­que que les Brigades rouges vont effec­ti­ve­ment s’enga­ger dans cette voie, mais ce ne serait pas la pre­mière fois qu’un groupe de mili­tants engagés dans une lutte armée sans liens sociaux, enfermés dans leur propre système, déri­veraient pour en arri­ver à une poli­ti­que, des actes et des mét­hodes non plus seu­le­ment erronés, mais com­plè­tement absur­des. On se sou­vient ainsi de la dégén­ére­scence de la Fraction Armée Rouge du Japon dont les mem­bres en arrivèrent à s’entre­tuer… Ce n’est pas pour autant que nous hur­le­rons contre eux avec les loups. Nous ne devons en effet pas oublier que si des jeunes révoltés et prêts à tout s’enga­gent ainsi dans des voies sans issue, c’est avant tout parce que la crise du capi­ta­lisme les y pousse, et parce que le pas­sage au ser­vice de l’ordre bour­geois des gran­des orga­ni­sa­tions dites « ouvrières » n’offre aucune pers­pec­tive à leur rév­olte et les accule à des actes désespérés.

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