dimanche 14 juillet 2013

Tartuffe fait Ramadan

Précisons-le tout de suite. Jack-Alain Léger n’est pas un révo­luti­onn­aire, encarté ou pas dans un grou­pus­cule. Ce n’est pas non plus un « facho » ni un « raciste », contrai­re­ment à ce que racontent les bonnes âmes de gauche qui font la courte éch­elle à Tariq Ramadan. Du moins, soyons pru­dents, cela n’appa­raît pas dans ce livre. Par contre, c’est un « isla­mo­phobe » - dans le bon sens du terme, si j’ose dire.

Tartuffe fait rama­dan est un pam­phlet, donc son auteur ne fait pas vrai­ment dans la den­telle - et tant mieux. Les puis­sants - intel­los, jour­na­leux, minis­tres de l’Intérieur, diri­geants du Front National, sta­li­niens, dic­ta­teurs algériens ou maro­cains, monar­ques pét­roliers, etc. - en pren­nent tous pour leur grade. Lâches, hypo­cri­tes, mani­pu­la­teurs, irres­pon­sa­bles, cyni­ques, on pour­rait conti­nuer ainsi long­temps la liste des adjec­tifs que ces mes­sieurs se voient attri­buer à juste raison. Et ne serait-ce qu’à ce titre là, ce livre mérité d’être lu - et il se lit d’une traite. J-AL n’est pas un grand théo­ricien poli­ti­que marxiste, mais il dit net­te­ment moins de conne­ries que cer­tains « révo­luti­onn­aires ». On a affaire à un athée qui n’a pas peur de l’être et de clamer son hos­ti­lité à toutes les reli­gions. Ça nous change du dis­cours « com­préh­ensif », « tolérant » de cette gauche (alter­mon­dia­liste ou pas) qui bizar­re­ment ne s’atta­que jamais aux puis­san­ces tem­po­rel­les que représ­entent les Égl­ises. Mais, comme le disait un cama­rade un tan­ti­net sec­taire, faut-il s’étonner que les curés de gauche du FSE fas­sent alliance avec les isla­mis­tes ? S’ils exècrent la déesse Mondialisation, ils ado­rent bien le même Dieu, non?

On peut ne pas suivre J-AL dans tous ses juge­ments à l’emporte-pièce sur l’Islam, et ses affir­ma­tions par­fois approxi­ma­ti­ves. Mais l’essen­tiel est ailleurs. Il met le doigt sur quel­ques ques­tions poli­ti­ques incontour­na­bles comme en tém­oignent les cita­tions sui­van­tes :

À propos de Chevènement et de « l’intég­ration »

« Le minis­tre de l’Intérieur, il est vrai, leur conseillait d’entrer dans la police. Il ne pou­vait pas conce­voir de meilleur moyen d’intég­ration pour eux. Il n’ima­gi­nait pas d’autre destin pour un Beur qui n’a pas le talent de Zidane ou de Jamel. À défaut de star, imam ou keuf, mon pote ! pas d’autre choix si tu es un "jeune issu de l’immi­gra­tion", comme on dit quand on est minis­tre d’un gou­ver­ne­ment de gauche et pré­sident du Mouvement des citoyens. (…) Ce ton pater­na­liste et mép­risant, de colon s’adres­sant à des indigènes, ce ton sur lequel il les enga­geait, ces jeunes des cités à entrer dans la police ! Et avec cela, l’orga­ni­sa­tion du culte musul­man dans la seule pers­pec­tive du main­tien de l’ordre… (…) Le sabre et le gou­pillon ? Non, mais la matra­que et le tapis de prière. »

À propos des gens de gauche (ou d’extrême gauche) qui pren­nent la déf­ense du voile et de l’islam, « reli­gion des pau­vres » :

« Vert ou rose, voire rouge, le petit bourge de gauche (…) purge sa culpa­bi­lité en se jetant à plat ventre devant les Frères musul­mans et les mili­tants du Tabligh. » « Je ne m’atten­dais pas à enten­dre un jour (…) qu’on devait s’inter­dire de cri­ti­quer la reli­gion musul­mane, car c’est la reli­gion des pau­vres ! que s’atta­quer à l’islam, c’est s’atta­quer aux pau­vres. Il m’avait échappé que les émirs du Golfe, le roi du Maroc, le sultan de Brunei étaient pau­vres… On est là dans le délire des com­pa­gnons de route du tota­li­ta­risme nou­veau ? » « A l’arro­gance ancienne, à l’autisme du : j’ai raison parce que c’est moi qui le pense - a succédé le délire maso­chiste du : L’autre a raison parce qu’il est l’autre. »

Sur l’uti­li­sa­tion des diri­geants de la « com­mu­nauté musul­mane »

« La poli­ti­que raf­fa­rine, remake mina­ble, fran­chouillard et faux derche, du that­chér­isme, appli­que dans tous les domai­nes, le trai­te­ment ultra­libéral des pro­blèmes. (…) Selon ce grand prin­cipe marqué au coin de la morale poli­cière : Nous pré­férons voir les jeunes Rebeux prier cinq fois par jour à la mos­quée que les voir foutre le souk au centre com­mer­cial. La bonne cons­cience bour­geoise est sauve. Après tout, sous de Gaulle, les diri­geants les plus avisés du grand patro­nat et leurs loyaux ser­vi­teurs des cabi­nets ministériels conce­vaient que l’enca­dre­ment com­mu­niste était une bonne chose dans ces ban­lieues où s’entas­sait la classe labo­rieuse - qui aurait pu s’avérer sans cela, classe dan­ge­reuse. »

En refer­mant ce bou­quin, au moins on se sent fier d’être athée et de ne s’age­nouiller devant aucun autel, aucun temple, aucune église, aucune mos­quée, aucune syna­go­gue. Et on se prend à regret­ter que JAL ne mette pas sa plume au ser­vice de la Révolution sociale…

Y.C.



> Tartuffe fait Ramadan de Jack-Alain Léger Denoël (10 euros)

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