dimanche 14 juillet 2013

Bas les voiles !


A propos du débat sur la laïcité et les droits de la femme


Maryam Namazie (Parti com­mu­niste-ouvrier d’Iran)

Le projet de loi du gou­ver­ne­ment français qui vise à inter­dire les signes reli­gieux osten­si­bles dans les écoles et les ins­ti­tu­tions publi­ques a sus­cité un vif débat sur les rap­ports conflic­tuels entre la laïcité et la liberté reli­gieuse. Ce débat nous offre l’occa­sion de répéter nos argu­ments en faveur de la laïcité ainsi que des droits des femmes et des enfants. Tandis que les isla­mis­tes et leurs sym­pa­thi­sants pro­cla­ment que l’inter­dic­tion des signes reli­gieux dans les écoles et les ins­ti­tu­tions publi­ques res­trein­drait la « liberté reli­gieuse », ou la « liberté de cons­cience », qu’elle dével­op­perait un « climat d’intolér­ance reli­gieuse », qu’elle vio­le­rait « les droits des femmes et des jeunes filles », qu’elle serait « raciste », « dis­cri­mi­na­toire », etc., nous, nous croyons que la vérité est très simple et tout à fait à l’opposé de ce que prét­endent ces gens-là. En bref : cette inter­dic­tion favo­ra­ble à la laïcité ne res­treint abso­lu­ment pas la liberté reli­gieuse ni la liberté de cons­cience.

L’inter­dic­tion des signes reli­gieux osten­si­bles dans les écoles et les ins­ti­tu­tions publi­ques n’est qu’un pas de plus vers la conso­li­da­tion de la laïcité, c’est-à-dire vers la sépa­ration entre l’État et la reli­gion. La laïcité représ­ente un pro­grès de la civi­li­sa­tion humaine. Au XIXe siècle, cette reven­di­ca­tion visait l’Église et a abouti en France par exem­ple à la loi de 1905 ; aujourd’hui, elle est d’abord et avant tout une reven­di­ca­tion contre l’islam poli­ti­que, par­ti­cu­liè­rement depuis que ce mou­ve­ment fait des rava­ges au Moyen Orient et dans le monde.

Au mini­mum, la laïcité garan­tit que les fonc­tion­nai­res et les représ­entants de l’État (fonc­tion­nai­res, juges, pro­fes­seurs, etc.) ne font pas du prosé­lyt­isme reli­gieux dans le cadre de leur tra­vail et exer­cent au contraire leur métier de façon neutre et impar­tiale. Interdire à un pro­fes­seur d’ensei­gner que Dieu a créé le monde, exiger qu’il fasse déc­ouvrir à ses élèves les expli­ca­tions de la science à ce sujet, ce n’est pas res­trein­dre la liberté reli­gieuse ou la liberté de pensée de cet ensei­gnant, ce n’est pas une mani­fes­ta­tion d’intolér­ance à l’égard de la reli­gion. Il en est de même de l’inter­dic­tion des signes reli­gieux. Les convic­tions reli­gieu­ses sont une affaire privée, les fonc­tion­nai­res ne peu­vent se servir de leur posi­tion pour impo­ser ou pro­mou­voir leurs croyan­ces.

Cette inter­dic­tion est éga­lement favo­ra­ble aux droits des enfants. Lorsqu’il s’agit d’écolières voilées, l’inter­dic­tion doit s’étendre non seu­le­ment aux ins­ti­tu­tions et écoles publi­ques, mais aux écoles privées et par­tout. Les écoles reli­gieu­ses doi­vent éga­lement être inter­di­tes. Ici, le pro­blème dép­asse la simple ques­tion de la laïcité et concerne direc­te­ment le droit des enfants.

Si une adulte peut « choi­sir » de se voiler, les enfants, par nature, ne sont pas en mesure de faire de tels choix. Ils font ce que leurs parents leur disent de faire. Même si cer­tai­nes enfants prét­endent qu’elles aiment être voilées ou pré­fèrent porter le voile, comme cer­tains médias l’ont rap­porté, le voile pour les mineu­res doit être inter­dit - tout comme un enfant doit être protégé s’il « choi­sit » de rester avec des parents qui le mal­trai­tent, plutôt que d’aller dans une ins­ti­tu­tion publi­que ; même si une enfant « choi­sit » de tra­vailler pour faire vivre sa famille, en vio­la­tion des lois sur le tra­vail des enfants ; ou même si elle « choi­sit » de ne plus aller à l’école. Les États doi­vent inter­ve­nir pour protéger les enfants dans tous les cas. De plus, les États doi­vent placer tous les enfants sur un pied d’égalité, veiller à ce qu’ils ne soient vic­ti­mes d’aucune ség­régation et que rien ne les empêche d’accéder à l’infor­ma­tion, aux pro­grès et aux droits de la société, à tous les jeux, y com­pris le fait de se bai­gner dans une pis­cine.

Quelles que soient leurs croyan­ces, les parents n’ont pas le droit d’impo­ser celles-ci à leurs enfants, y com­pris le fait de voiler leurs filles, uni­que­ment parce que ce sont leurs enfants ; pas plus qu’ils ne peu­vent refu­ser que leur progé­ni­ture béné­ficie de soins médicaux ; ou qu’ils n’ont le droit de les frap­per, de les nég­liger ou de les marier contre leur gré, parce que cela fait partie de leurs convic­tions per­son­nel­les ou de leur reli­gion.

L’inter­dic­tion des signes reli­gieux osten­si­bles est favo­ra­ble aux droits des femmes et des mineu­res. Elle protège les femmes (même s’il s’agit d’une mesure minime) contre ceux qui les harcèlent et les inti­mi­dent pour les obli­ger à porter le voile. Ceux d’entre nous qui ont fui des pays où s’est imposé l’islam poli­ti­que connais­sent par­fai­te­ment le niveau des mena­ces et d’inti­mi­da­tion auquel doi­vent faire face les femmes à la fois au Moyen-Orient et ici en Europe et en Occident pour porter le voile. Le mou­ve­ment de l’islam poli­ti­que qui se cache der­rière l’agi­ta­tion sur le voile est le même mou­ve­ment qui s’apprête à exé­cuter Kobra Rahmanpour (1) en Iran, à impo­ser la charia en Irak et à conser­ver pieu­se­ment les iné­galités isla­mi­ques dans la cons­ti­tu­tion afghane. C’est le même mou­ve­ment qui mas­sa­cre des inno­cents en fai­sant sauter des bombes dans des bus, des cafés ou des bureaux aux quatre coins de la planète. Dans tous les endroits où l’islam poli­ti­que a pris le pou­voir, il a tué et bru­ta­lisé les gens. Les femmes, les peti­tes filles et les ado­les­cen­tes ont été ses pre­mières vic­ti­mes. C’est main­te­nant ce même mou­ve­ment qui exige l’ins­ti­tu­tion­na­li­sa­tion de ses mesu­res répr­es­sives contre les femmes au cœur de l’Europe en les fai­sant passer pour le « droit des femmes » ou la « liberté reli­gieuse » ! Quelle farce ! C’est ce même mou­ve­ment qui est devenu un véri­table expert dans les atta­ques contre les droits et les libertés des femmes. Le débat sur le voile doit être envi­sagé dans ce contexte plus général.

« Mon hidjab, mon droit » ? Je ne le crois pas. Bien sûr, une femme adulte a le droit de pra­ti­quer sa reli­gion, ses croyan­ces et ses cou­tu­mes dans des domai­nes où elle ne représ­ente ni l’État ni le système édu­catif. Bien sûr, c’est son « choix per­son­nel » si elle se voile. Mais si toutes les formes d’inti­mi­da­tion et de menace des isla­mis­tes, les lois isla­mi­ques, le racisme, le rela­ti­visme cultu­rel et la ghet­toï­sation (des immi­grés, NdT) par les gou­ver­ne­ments occi­den­taux, les normes qui considèrent que les femmes ne valent que la moitié d’un homme, etc., si tout cela dis­pa­rais­sait, je peux vous assu­rer que très peu de femmes por­te­raient le voile.

Même si c’était le cas, nous devrions nous rap­pe­ler qu’il ne s’agit pas d’un droit posi­tif. « Mon hijab, mon droit », c’est comme si l’on criait « Mon exci­sion, mon droit ». Le voile est un outil qui sert à contrôler la sexua­lité des femmes, tout comme l’exci­sion. Il vise à ins­tau­rer la ség­régation des femmes. Le voile n’a rien de commun avec un anneau dans le nez comme a pu le dire un écrivain ! Est-ce que d’innom­bra­bles femmes ont été tuées, tor­turées et fouettées pour avoir porté un tel anneau en Europe ? Je ne crois pas. Aujourd’hui, plus que jamais, le voile est le sym­bole de l’islam poli­ti­que dont les femmes et les mineu­res sont les pre­mières vic­ti­mes. Le voile n’est pas un simple bout de tissu, de même que l’exci­sion n’est pas une simple cou­tume parmi d’autres.

Je sup­pose que si l’on vou­lait le com­pa­rer à un signe ves­ti­men­taire, on pour­rait le com­pa­rer à l’étoile de David que les nazis imposèrent aux Juifs pour les enfer­mer, les contrôler, les rép­rimer et com­met­tre un géno­cide. On appren­dra de nom­breu­ses choses sur l’holo­causte isla­mi­que lors­que le régime isla­mi­que ira­nien - ce pilier de l’Islam poli­ti­que - sera ren­versé.

L’inter­dic­tion des signes reli­gieux n’est ni raciste ni dis­cri­mi­na­toire. Certains l’affir­ment, mais en fait ce sont géné­ra­lement les racis­tes qui ima­gi­nent des lois et des poli­ti­ques séparées pour des popu­la­tions différ­entes, y com­pris les immi­grés et les femmes qui vivent dans les com­mu­nautés musul­ma­nes occi­den­ta­les. De telles « différ­ences » ont été tel­le­ment mises en avant par les par­ti­sans du rela­ti­visme cultu­rel et du mul­ti­cultu­ra­lisme, qu’une inter­dic­tion des sym­bo­les reli­gieux pousse imméd­ia­tement cer­tains à crier au racisme et à exiger le « droit de porter le voile ».

En fait, l’invo­ca­tion du racisme est le nou­veau gadget des isla­mis­tes et du mou­ve­ment de l’islam poli­ti­que, tout comme de leurs com­pa­gnons de route. Leur but est de faire taire ou d’embar­ras­ser leurs oppo­sants, car ils savent par­fai­te­ment que per­sonne n’aime à être traité de raciste, même lors­que son atti­tude n’a rien à voir avec le racisme.

Et le fait de lancer l’épithète de « raciste » contre toute per­sonne qui cri­ti­que l’islam ou l’isla­misme a atteint des pro­por­tions incroya­bles. Par exem­ple, une femme m’a écrit qu’elle per­ce­vait de « l’isla­mo­pho­bie » (j’ignore quel sens elle donne à ce mot) dans notre déf­ense de la laïcité parce que « Noël, Pâques et bien d’autres évé­nements reli­gieux sont célébrés en Grande-Bretagne ». Elle ne pou­vait pas mani­fes­ter en faveur de la laïcité parce qu’elle savait que « les laïcs pra­ti­quent le double lan­gage ». C’est pour­quoi elle a rejoint la mani­fes­ta­tion des isla­mis­tes en faveur du hidjab et contre la laïcité plutôt que notre contre-mani­fes­ta­tion.

Et qu’est-ce qui l’empêche de rejoin­dre les forces laïques et d’exiger l’inter­dic­tion de toutes les écoles et fêtes reli­gieu­ses, comme nous l’avons fait ? Le mul­ti­cultu­ra­lisme a trans­formé l’irra­tio­na­lité en un véri­table art. Certes le racisme fait partie intégr­ante du système, mais déf­endre la laïcité n’a rien à voir avec le racisme.

La bataille pour la laïcité dans l’Europe du XIXe siècle fai­sait-elle preuve de racisme envers l’Église ou les chrétiens ? Cela n’a rien à voir non plus avec le fait de sup­por­ter l’impér­ial­isme français. Nos chers anti-impér­ial­istes prét­endent que déf­endre la laïcité équiv­audrait à déf­endre « l’État impér­ial­iste français et son système d’édu­cation ». La lutte pour la laïcité et les droits des femmes n’a rien à voir avec un quel­conque sou­tien apporté au gou­ver­ne­ment français et a tout à voir avec la déf­ense des valeurs pro­gres­sis­tes. Ce sont des valeurs pour les­quel­les le peuple et la classe ouvrière se sont battus et sont morts.

Si l’on pousse ce genre de pseudo « rai­son­ne­ment » jusqu’au bout, per­sonne en France n’aurait dû, par exem­ple, s’oppo­ser à la guerre en Iraq par crainte de sou­te­nir l’État impér­ial­iste français. Ces anti-impér­ial­istes sont si réso­lument anti-impér­ial­istes qu’ils ne peu­vent être rien d’autre. Il est intér­essant de cons­ta­ter que leur anti-impér­ial­isme va seu­le­ment de pair avec des posi­tions réacti­onn­aires. Lorsque les gou­ver­ne­ments occi­den­taux ont déf­endu les tali­bans ou qu’aujourd’hui ils déf­endent le régime isla­mi­que en Iran, nos anti-impér­ial­istes sem­blent avoir perdu la mém­oire.

Lorsque les femmes sont lapidées à mort en Iran, lors­que la cons­ti­tu­tion afghane prétend qu’aucun droit de l’homme ne peut contre­dire l’islam, ou quand on impose la charia en Irak, ils sont inca­pa­bles de pro­non­cer un seul mot pour que nous puis­sions vérifier s’ils vivent et res­pi­rent encore.

Ce ne sont pas des pro­blèmes impor­tants pour eux. Et le voile ne cons­ti­tue pour eux qu’un « bout de tissu ». Lorsqu’il s’agit des droits des femmes et des filles mineu­res, ils trou­vent tou­jours un pro­blème plus urgent. En igno­rant ces ques­tions fon­da­men­ta­les, ils espèrent qu’elles dis­pa­raîtront toutes seules. Mais cela ne se pro­duira pas. En tout cas tant que nous serons là pour le leur rap­pe­ler. Maryam Namazie (Parti com­mu­niste-ouvrier d’Iran)

(1) Nous repro­dui­sons ci-après les infor­ma­tions du site Solidarité Irak :

« Agée de 22 ans, cette jeune femme est actuel­le­ment menacée par la République isla­mi­que ira­nienne d’être pendue. Elle a déjà passé trois ans en prison pour l’accu­sa­tion d’avoir assas­siné sa belle-mère à l’aide d’un cou­teau de cui­sine. (…) Kobra est elle-même une vic­time de la pau­vreté et de l’injus­tice. Elle est née et a grandi dans une famille qui ne pou­vait pas assu­rer le strict mini­mum vital pour tous ses mem­bres. Son père est âgé et l’un de ses frères est han­di­capé et il n’y a pas de système d’aide sociale pour ceux qui sont dans le besoin. Kobra a dû renon­cer à son projet d’aller à l’uni­ver­sité, et pour per­met­tre d’aider sa famille à sur­vi­vre, elle a épousé un homme de qua­rante ans son aîné. Mais sa vie ne s’est pas améliorée ; en effet, elle était sans arrêt insultée et mal­traitée par son mari et sa belle-famille.

« Il a été arrêté et empri­sonné une fois pour mal­trai­tance phy­si­que et sexuelle envers sa femme. D’après le tém­oig­nage de Kobra, lors du der­nier inci­dent, sa belle-mère l’aurait atta­quée alors qu’elle tenait un cou­teau de cui­sine. Kobra affirme qu’elle a tué sa belle-mère par autodéf­ense.

« La misère et la vie de Kobra Rahmanpour n’est pas unique. Elle fait partie de ces cen­tai­nes, voire ces mil­lions de jeunes, en par­ti­cu­lier les femmes, dont les vies, la jeu­nesse et les pro­jets sont ruinés par le régime isla­mi­que. Les auto­rités ira­nien­nes ne sont pas aptes à juger quelqu’un comme Kobra. Ils sont eux-mêmes les plus dép­lo­rables cri­mi­nels du monde. Ils pour­raient être jugés pour le ter­ri­ble enfer qu’ils ont créé pour ceux qui vivent en Iran.

« De plus, la condam­na­tion à mort, quel­ques en soient les rai­sons, est un acte inhu­main et le gou­ver­ne­ment ira­nien détient le record dans ce domaine. Pour sauver la jus­tice, nous devons sauver Kobra Rahmanpour. « Aidez-nous dans notre cam­pa­gne pour que les auto­rités ira­nien­nes ne condam­nent pas Kobra à la pen­dai­son ! « Écr­ivez des lettes de pro­tes­ta­tions aux auto­rités ira­nien­nes et envoyez nous une copie. « A Mohammad Khatani, pré­sident ira­nien : Email : kha­tami@pre­si­dent.ir Fax : 0098 21 649 5880 Copie jointe à : Amnesty International Email : amnes­tyis@amnesty.org European Union Email : civis@euro­parl.eu.int ICDWRI Email : par­vin­ka­boli@yahoo.se The International Campaign in Defence of Women’s Rights in (Campagne inter­na­tio­nale de déf­ense des droits des femme en Iran). »

Un éch­ange assez vio­lent a eu lieu entre l’auteure de cet arti­cle et Peyvand Khorsandi sur le site (en anglais):
http://iranian.com/PeyvandKhorsandi/2004/February/Reply/

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