lundi 24 juin 2013

Le foulard ou le string ?

Le foulard ou le string ? Se demande un cer­tain Le Furet dans Le Monde liber­taire. Je serais tenté de rép­ondre : Les deux, mon général !

Non pour annon­cer un dével­op­pement sur un quel­conque fan­tasme éro­tico-phal­lo­crato-impie (quoi­que…) mais pour sou­li­gner que, ni dans un cas ni dans l’autre, les révo­luti­onn­aires ne doi­vent sou­hai­ter son inter­dic­tion dans l’espace public. Il y a quel­ques mois, Le Monde liber­taire avait d’ailleurs, sous la plume d’un autre mili­tant, bien expli­qué que le débat sur le fou­lard était un débat pipé depuis le début et que même si, en bons athées, les révo­luti­onn­aires n’ont aucune sym­pa­thie pour la reli­gion, ils n’ont pas non plus de rai­sons de sou­te­nir les par­ti­sans de l’expul­sion des jeunes filles « voilées » des établ­is­sements sco­lai­res, par­ti­sans qui rap­pe­lons-le, vont du Front natio­nal et de la droite à une partie des fémin­istes (Christine Delphy étant une heu­reuse excep­tion), en pas­sant par une la gauche et une bonne partie de l’extrême gauche, LO en tête (1).

Si l’on vou­lait vrai­ment dis­cu­ter séri­eu­sement avec les jeunes filles voire avec les pré-ado­les­cen­tes qui font ce « choix », il fau­drait com­men­cer par leur expli­quer que le hedjab (le fou­lard, qui n’est pas un voile) n’a rien de spé­ci­fiq­uement musul­man (pas plus que l’exci­sion), qu’il est apparu à une époque de l’his­toire de l’islam pour cacher la gorge des femmes (et non leurs che­veux), dans cer­tai­nes régions et pas dans d’autres, que son usage a pro­gressé, puis reculé, puis de nou­veau pro­gressé, mais ne peut en aucun cas être mis par exem­ple sur le même plan que l’obli­ga­tion des cinq prières par jour.

D’autre part, il leur fau­drait expli­quer aux par­ti­sans et par­ti­sans du hedjab que, même d’un point de vue stric­te­ment reli­gieux, leur argu­men­ta­tion en France ne tient pas : les jeunes filles ou femmes prét­endent porter le fou­lard pour com­plaire à Dieu, mais pas du tout pour éviter le regard « concu­pis­cent » des hommes. Dans ce cas, pour­quoi enlèvent-elles ce même fou­lard lorsqu’elles sont entre femmes ? Dieu dis­pa­raît-il quand les femmes se retrou­vent entre elles ?

Mais ce dis­cours, ce n’est pas aux athées de le tenir, quoi­que l’acqui­si­tion de quel­ques connais­san­ces reli­gieu­ses mini­ma­les leur évi­terait d’écrire, comme j’ai pu le lire dans un jour­nal gau­chiste, que le hedjab allait jusqu’aux cuis­ses des jeunes filles ! En prin­cipe, ce type d’expli­ca­tions devrait être dif­fusée par les théo­logiens « réf­or­mateurs ». Or ces musul­mans-là, les médias leur don­nent peu la parole, parce que ces expli­ca­tions ne font ni vendre du papier ni aug­men­ter l’Audimat, qu’elles ne per­met­tent pas de jouer sur la peur et de sus­ci­ter un sou­tien acri­ti­que aux actions de l’Etat quel­les qu’elles soient.

Car, sans mau­vais jeu de mots, inu­tile de se voiler la face : du vote Chirac à la quasi-una­ni­mité contre le port du fou­lard, on ne sort pas du regis­tre de la mani­pu­la­tion, de l’unité natio­nale, du mythe laïco-répub­licain qui gomme les différ­ences de classe.

Et que l’on se range der­rière Chirac et son gou­ver­ne­ment, au nom de la com­pas­sion pour les femmes musul­ma­nes qui auraient besoin de la répr­ession de l’Etat français pour se libérer, du fémin­isme, ou bien au nom de la déf­ense de la sacro-sainte laïcité qui serait menacée par les visées cons­pi­ra­tri­ces des isla­mis­tes financés par l’Arabie saou­dite, le Pakistan, ou tout autre Etat, ou bien au nom de l’athé­isme épi­curien ou cartésien lui aussi menacé par la montée des fana­tis­mes reli­gieux, sur le fond cela revient au même.

Y.C.


1. LO dont la porte-parole com­pare à la télé­vision son dévo­uement mili­tant à celui des bonnes sœurs et dont le diri­geant Robert Barcia com­pare lui-même ses mili­tants à des « moines sol­dats ». On peut com­pren­dre le souci péda­go­gique d’Arlette Laguiller et le sens de l’humour et de la pro­vo­ca­tion de Hardy, mais on sou­hai­te­rait quand même qu’au XXIe siècle des révo­luti­onn­aires soient capa­bles d’expli­quer leur enga­ge­ment autre­ment qu’en fai­sant référ­ence aux formes les plus obs­cu­ran­tis­tes et réacti­onn­aires du mili­tan­tisme…

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