lundi 24 juin 2013

Christine Delphy et le foulard

Christine Delphy a pris une position d’autant plus courageuse qu’elle n’est pas partagée par la majorité des féministes qui se sont exprimées dans les médias. Voici quelques extraits d’un texte que l’on peut trouver sur le site « Les mots sont importants » (Y.C.)

« (…) le fou­lard, comme l’islam "néo-com­mu­nau­taire" (…) est une réaction franç­aise - de jeunes Français - à une situa­tion éga­lement franç­aise : l’exclu­sion , le rejet matériel et social d’une partie des jeunes Français par la société franç­aise. Parler de l’Algérie, de l’Iran,etc.. c’est hors-sujet. Le fou­lard n’a pas la même signi­fi­ca­tion dans des contex­tes différents.

Et rap­por­ter le fou­lard isla­mi­que français au fou­lard isla­mi­que dans les pays musul­mans, c’est bien encore une fois, voir ces jeunes d’abord comme étr­angers. Ce rejet met ces jeunes dans une situa­tion de souf­france sociale et psy­cho­lo­gi­que. C’est une géné­ration qui a pris acte de l’échec de la reven­di­ca­tion d’égalité. Renvoyée en dépit de son intég­ration -sa maît­rise de la langue, ses diplômes, ses façons de vivre franç­aises-à sa "différ­ence", elle a pris le parti de reven­di­quer sa différ­ence.

(…) Leur parler de laïcité et de République, alors que pour eux la République est une men­teuse, qui dit une chose et en fait une autre, quel effet cela peut-il avoir sur ces jeunes qui savent et expé­rim­entent tous les jours que, non, les chan­ces ne sont pas égales, qui sont traités d’"Arabes", comme si cela jus­ti­fiait le trai­te­ment dis­cri­mi­na­toir, tous les jours ? (…)

On peut aussi pren­dre la voie de la suren­chère : réagir à ce qui est une réaction par la répr­ession (vous avez des devoirs et pas de droits), et conti­nuer à créer ainsi en France une société de castes ; qui sera de sur­croît de plus en plus vio­lente, car le risque est de trans­for­mer les isla­mis­tes néo-com­mu­nau­tai­res, ou les jeunes filles qui por­tent le fou­lard aujourd’hui (et pas hier ni demain), en isla­mis­tes radi­caux et radi­ca­les.

(…) L’enjeu pour les jeunes qui se reven­di­quent musul­man-es, c’est de faire reconnaître l’islam comme une reli­gion franç­aise, en France. Que la société le voie comme une pro­vo­ca­tion, c’est dans le droit fil de son rejet des popu­la­tions d’ori­gine maghré­bine. Qu’elle le traite par la répr­ession marche bien dans la per­cep­tion qu’ont ces jeunes de la République comme une machine à persé­cuter l’Arabe et le/la musul­man-e. Qu’on conti­nue et on leur don­nera raison. Oui, c’est une pro­vo­ca­tion : ces jeunes veu­lent mettre la société devant son propre racisme - son rejet non pas des reli­gions mais de cette reli­gion-là pré­cise. L’autre fonc­tion de leur assomp­tion d’une différ­ence choi­sie par eux étant de se sentir enfin un peu mieux dans leurs bas­kets, avec une iden­tité autre que" moins français-e"-oui carrément "autre". (…) »

Christine Delphy

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