lundi 24 juin 2013

Athéisme et religions

Un des échecs les plus patents de la lutte anti­re­li­gieuse est celui du parti bol­che­vik russe et des partis com­mu­nis­tes en général dans tous les pays où ils ont été au pou­voir. Pour ne pas parler des anar­chis­tes espa­gnols… L’emploi de la coer­ci­tion de l’Etat, ou de la vio­lence, pour impo­ser l’athé­isme aux popu­la­tions n’a abouti qu’à faire passer les reli­gieux et reli­gieu­ses persécutés pour des mar­tyrs.

Dans le cas de l’islam en France, on entend sou­vent dire : « Oui, eux ils pro­fi­tent que nous on est tolérants, alors que regarde en Iran, en Arabie saou­dite, les Occidentaux sont obligés de se confor­mer à la loi isla­mi­que. Pourquoi serions-nous plus tolérants qu’eux ? » En termes plus sophis­ti­qués, Alain Bauer, membre diri­geant de la franc-maç­on­nerie, se deman­dait lors d’un débat à la télé­vision : « Où est la récip­rocité ? » La rép­onse est assez évid­ente. Nous devons être plus tolérants tout sim­ple­ment parce que nous n’avons pas les mêmes objec­tifs que les par­ti­sans de la Charia !Et même si demain des grou­pes isla­mis­tes envi­sa­geaient d’« isla­mi­ser » l’Occident « chrétien », de le conquérir avec leurs imams (dixit le FN), pour­quoi les révo­luti­onn­aires se trans­for­me­raient-ils tout à coup en déf­enseurs de cet Occident-là, de sa prét­endue neu­tra­lité vis-à-vis des reli­gions ou de sa prét­endue supér­iorité civi­li­sa­tion­nelle ?

Les idées reli­gieu­ses, comme toutes les idées, doi­vent être com­bat­tues avec des argu­ments sérieux. Il s’agit d’un tra­vail de longue haleine qui sup­pose notam­ment de connaître un mini­mum les reli­gions que l’on veut cri­ti­quer. Or, la plu­part des mili­tants révo­luti­onn­aires n’ont aucune culture reli­gieuse, et une culture scien­ti­fi­que très légère, du moins si l’on en croit le contenu de leurs publi­ca­tions qui n’abor­dent pra­ti­que­ment jamais ces ques­tions. Mais com­bat­tre les convic­tions reli­gieu­ses des musul­mans, des catho­li­ques, des juifs, des boud­dhis­tes ou des pro­tes­tants est-il une prio­rité aujourd’hui dans la lutte des clas­ses ? Est-ce que ce sont leurs convic­tions reli­gieu­ses qui, en France, empêchent les tra­vailleurs de se battre contre le chômage, les licen­cie­ments, l’aug­men­ta­tion de la misère ? Si l’on avait des embryons de mili­ces isla­mis­tes patrouillant dans les quar­tiers comme c’est le cas en Iran, le pro­blème ne serait plus alors un pro­blème « péda­go­gique », cela devien­drait une ques­tion aussi mili­taire. Mais on en est très loin. « Pas si sûr, expli­quent nos isla­mo­pho­bes. Finalement, les barbus qui patrouillent dans les cités, les tour­nan­tes, c’est-y pas un embryon de mili­ces, ça ? »

Les médias mél­angent tout :

> les viols col­lec­tifs (qui ont tou­jours existé en dehors de tout contexte spé­ci­fiq­uement reli­gieux ou eth­ni­que),

> les sta­tis­ti­ques plus ou moins mani­pulées des arres­ta­tions et des condam­na­tions chez les petits ou grands dél­inquants d’ori­gine maghré­bine (dél­inqu­ance qui n’a rien à voir ni avec l’ori­gine eth­ni­que ni avec la reli­gion),

> les pra­ti­ques reli­gieu­ses (réelles ou sup­posées) des tra­vailleurs immi­grés et de leurs enfants,

> les efforts de ré-isla­mi­sa­tion des com­mu­nautés musul­ma­nes en Occident

> et enfin les manœuvres poli­tico-reli­gieu­ses des grou­pus­cu­les isla­mis­tes.

En mél­angeant mal­honnê­tement ces différents phénomènes, on abou­tit à une cri­mi­na­li­sa­tion non seu­le­ment d’une partie de la popu­la­tion étrangère et de tous ses des­cen­dants, mais aussi à la cri­mi­na­li­sa­tion de leurs convic­tions reli­gieu­ses. Tout prolét­aire arabe devient un pash­da­ran, un fana­ti­que, en puis­sance.

Face à de tels fan­tas­mes, par­tagés à droite comme à gauche, il faut rap­pe­ler que la répr­ession de l’Etat « laïc » ne fera pas pro­gres­ser d’un poil la lutte anti­re­li­gieuse. Elle favo­ri­sera cer­tai­nes reli­gions au dét­riment d’autres, elle jouera des divi­sions entre différents cou­rants au sein d’une même reli­gion, elle uti­li­sera les que­rel­les sur la laïcité pour à la fois occu­per l’opi­nion, main­te­nir le statut quo, et ren­for­cer l’illu­sion qu’il n’existe qu’une seule solu­tion la « laïcité à la franç­aise » qui, comme toutes les choses « à la franç­aise », serait supéri­eure aux autres. Et pen­dant ce temps-là la prise de cons­cience de l’alié­nation reli­gieuse ne pro­gres­sera pas d’un pouce.

Les athées qui se gar­ga­ri­sent du statut quo français font preuve d’un manque total d’ima­gi­na­tion par rap­port à une situa­tion nou­velle à propos de laquelle ils refu­sent même de réfléchir : la prés­ence de mil­lions de per­son­nes venant de pays musul­mans en France (et en Europe) dont on ne peut exiger en quel­ques années qu’ils aban­don­nent une des com­po­san­tes essen­tiel­les de leur iden­tité alors que pen­dant des déc­ennies leur pays d’ori­gine, leur reli­gion et leur culture ont été méprisées dans ce pays qui se prétend si tolérant et démoc­ra­tique. Alors qu’on les a par­qués dans des bidon­vil­les hier, dans des cités ghet­tos aujourd’hui. Le fait que dans les collèges aujourd’hui on ensei­gne de façon détaillée ce qu’est l’islam n’est, en soi, pas une mau­vaise chose. Aux ensei­gnants de mon­trer dans leur tra­vail quo­ti­dien que la reli­gion ne des­cend pas du ciel et de sti­mu­ler l’esprit cri­ti­que de leurs élèves sans tomber dans la provoc. Aux révo­luti­onn­aires de sou­li­gner les impli­ca­tions poli­ti­ques de l’islam et des autres reli­gions. Et de mon­trer que les reli­gions ne sont qu’une des nom­breu­ses formes prises par l’obs­cu­ran­tisme à tra­vers l’his­toire.

Sur la ques­tion de la cons­truc­tion de lieux de culte décents, il est effec­ti­ve­ment scan­da­leux que les musul­mans se voient refu­ser des permis de cons­truire des mos­quées et soient obligés de prier dans des caves ou des locaux insa­lu­bres, mais en même temps on voit dif­fi­ci­le­ment com­ment des athées pour­raient accep­ter que l’Etat en finance la cons­truc­tion en pui­sant dans les poches des contri­bua­bles. Aux musul­mans de trou­ver les fonds eux-mêmes et de choi­sir leurs alliés. Les choix qu’ils feront mon­tre­ront effec­ti­ve­ment sur le ter­rain poli­ti­que quel­les sont leurs posi­tions : s’ils accep­tent les sub­si­des d’États comme l’Arabie saou­dite ou le Pakistan, la situa­tion ne sera pas la même que s’ils prés­ervent leur indép­end­ance finan­cière Sur ces ques­tions, un dis­cours anti­re­li­gieux ne peut être cohérent (et éventu­el­lement com­préh­en­sible) qu’à condi­tion de rap­pe­ler que l’on est tout autant hos­tile aux pri­vilèges accordés aux autres reli­gions, tel le statut par­ti­cu­lier de l’Eglise catho­li­que en Alsace par exem­ple.

Si un jour les idées fémin­istes et révo­luti­onn­aires sont mas­si­ve­ment rép­andues dans l’immi­gra­tion, comme dans l’ensem­ble de la popu­la­tion, le combat pour l’athé­isme et contre l’obs­cu­ran­tisme pourra peut-être passer à une vitesse supéri­eure. Mais pour cela, faudra pas comp­ter sur l’Etat !

Y.C.

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