samedi 11 mai 2013

Voltairine de Cleyre : « Le mariage est une mauvaise action »



Voltairine de Cleyre : « Le mariage est une mauvaise action »


(Cette confér­ence prés­ente un point de vue négatif sur le mariage et cons­ti­tue une rép­onse au plai­doyer de la Dr Henrietta p. Westbrook en faveur de cette ins­ti­tu­tion - plai­doyer inti­tulé « Le mariage est une bonne action ». Les deux confér­ences ont été pro­noncées dans les locaux de la Radical Liberal League, à Philadelphie le 28 avril 1907.)

Laissez-moi tout d’abord écla­ircir deux points, dès le départ. Ainsi, lors­que la dis­cus­sion débu­tera, nous pour­rons nous concen­trer sur l’essen­tiel.
1) Comment peut-on dis­tin­guer entre une bonne et une mau­vaise action ?
2) Quelle est ma défi­nition du mariage ?

Relativité des actes et des besoins*

D’après ma com­préh­ension du puzzle de l’uni­vers, aucun acte n’est, à mon avis, tota­le­ment juste ou mau­vais. Tout juge­ment que l’on porte sur un acte est rela­tif : il dépend de l’évo­lution sociale des êtres humains qui pro­gres­sent cons­ciem­ment, mais très len­te­ment, par rap­port au reste de l’uni­vers.
Le bien et le mal sont des concep­tions socia­les - et non humai­nes. Les mots de bien et de mal ont certes été inventés par des hommes ; mais les concep­tions du bien et du mal, obs­curément ou clai­re­ment, ont été conçues avec plus ou moins d’effi­ca­cité par tous les êtres sociaux intel­li­gents. La défi­nition du Bien, entérinée et approuvée par la conduite admise des êtres sociaux, est la sui­vante : est considéré comme juste le com­por­te­ment qui sert le mieux les besoins en dével­op­pement d’une société donnée.
Mais qu’est-ce qu’un besoin ? Dans le passé, les besoins étaient sur­tout dét­erminés par la réaction incons­ciente de la struc­ture (sociale ou indi­vi­duelle) à la pres­sion du milieu. Jusqu’à réc­emment, je pen­sais encore comme Huxley(1), Von Hartman (2) et mon pro­fes­seur Lum(3), que le besoin était dét­erminé par la pres­sion du milieu ; que la cons­cience pou­vait per­ce­voir, obéir ou s’oppo­ser, mais qu’elle ne pou­vait influen­cer le cours du dével­op­pement social ; et que, si elle décidait de s’y oppo­ser, elle ne fai­sait que pro­vo­quer sa propre ruine, mais ne modi­fiait pas l’idéal incons­ciem­ment dét­erminé.

Conscience et évo­lution

Ces der­nières années, j’en suis arrivée à la conclu­sion que la cons­cience prend une part de plus en plus impor­tante dans l’orien­ta­tion des pro­blèmes sociaux ; si elle est, pour le moment, une voix mineure (et le res­tera encore long­temps), elle représ­ente cepen­dant un pou­voir crois­sant qui menace de ren­ver­ser les vieux pro­ces­sus et les vieilles lois, de les rem­pla­cer par d’autres pou­voirs et d’autres idéaux. Je ne connais pas de pers­pec­tive plus fas­ci­nante que celle du rôle de la cons­cience dans l’évo­lution prés­ente et à venir. Ce n’est pas l’objet de notre réflexion aujourd’hui. Je n’évoque la cons­cience que parce que, en déc­rivant notre concep­tion actuelle du bien-être, j’avan­ce­rai de nou­veau l’hypo­thèse que le vieil idéal a été considé­rab­lement modi­fié par des réactions incons­cien­tes. La ques­tion devient alors : quel est l’idéal en germe dans notre société, idéal qui n’est pas encore cons­ciem­ment for­mulé mais dont on perçoit des signaux et que l’on com­mence à dis­cer­ner ?
D’après tous les indi­ca­teurs du pro­grès, cet idéal me semble être la liberté de l’indi­vidu ; une société dont l’orga­ni­sa­tion éco­no­mique, poli­ti­que, sociale et sexuelle assu­rera et aug­men­tera cons­tam­ment les pos­si­bi­lités de ses différents éléments ; dont la soli­da­rité et la conti­nuité dép­endront de l’attrac­tion libre de ses com­po­san­tes, et en aucun cas ne repo­sera sur l’obli­ga­tion, quel­les qu’en soient les formes. Si vous ne décelez pas, comme moi, que telle est la ten­dance sociale actuelle, vous ne serez sans doute pas d’accord avec le reste de ma démo­nst­ration.
Car il serait trop facile de prou­ver que le main­tien des vieilles divi­sions de la société en clas­ses, cha­cune d’elles accom­plis­sant des fonc­tions spéc­ialisés - prêtres, mili­tai­res, ouvriers, capi­ta­lis­tes, domes­ti­ques, éleveurs, etc. - que ce main­tien, donc, est en accord avec la force crois­sante de la société, et donc que le mariage est une bonne action. Ma posi­tion, le point de départ à partir duquel je mesu­re­rai une bonne ou une mau­vaise action, est la sui­vante : la ten­dance sociale actuelle s’oriente vers la liberté de l’indi­vidu, ce qui impli­que la réa­li­sation de toutes les condi­tions néc­ess­aires à l’avè­nement de cette liberté. Second point :

Ma posi­tion sur le mariage

Il y a quinze ou dix-huit ans, je n’étais pas encore sortie du cou­vent depuis assez long­temps pour avoir oublié ses ensei­gne­ments. Je n’avais pas encore assez vécu ni accu­mulé assez d’expéri­ences pour fabri­quer mes pro­pres défi­nitions. Pour moi, le mariage était « un sacre­ment de l’Eglise » ou bien « une céré­monie civile patronnée par l’Etat », per­met­tant à un homme et une femme de s’unir pour la vie, à moins qu’ils deman­dent à un tri­bu­nal de pro­non­cer leur sépa­ration. Avec toute l’énergie d’une libre-pen­seuse néop­hyte, je cri­ti­quais le mariage reli­gieux parce qu’un prêtre n’a abso­lu­ment aucun droit d’inter­ve­nir dans la vie privée des indi­vi­dus, ; je condam­nais l’expres­sion « jusqu’à ce que la mort nous sépare », car cette pro­messe immo­rale rend une per­sonne esclave de ses sen­ti­ments actuels et dét­er­mine tout son avenir ; je dénonçais la misé­rable vul­ga­rité des céré­monies reli­gieuse et civile, qui met­tent les rela­tions inti­mes entre deux indi­vi­dus au centre de l’atten­tion publi­que, des com­men­tai­res et des plai­san­te­ries. Je défe­nds tou­jours ces posi­tions. Rien ne me rév­ulse plus que le prét­endu sacre­ment du mariage ; il est une insulte à la déli­cat­esse parce qu’il pro­clame aux oreilles du monde entier une affaire stric­te­ment privée. Ai-je besoin de rap­pe­ler, par exem­ple, la litté­ra­ture indi­gne qui cir­cula sur le mariage d’Alice Roosevelt(4), lors­que la prét­endue « prin­cesse amé­ric­aine » fut l’objet de plai­san­te­ries obscènes inces­san­tes, parce que le monde entier devait être informé de son futur mariage avec Mr. Longworth !
Dépendance et épanou­is­sement per­son­nel
Mais aujourd’hui ce n’est ni au mariage civil ni au mariage reli­gieux que je me réfère, lors­que j’affirme : « Le mariage est une mau­vaise action. » La céré­monie elle-même n’est qu’une forme, un fantôme, une coquille vide. Par mariage, j’entends son contenu réel, la rela­tion per­ma­nente entre un homme et une femme, rela­tion sexuelle et éco­no­mique qui permet de main­te­nir la vie de couple et la vie fami­liale actuelle. Je me moque de savoir s’il s’agit d’un mariage poly­game, poly­an­dre or mono­game. Peu m’importe qu’il soit célébré par un prêtre, un magis­trat, en public ou en privé, ou qu’il n’y ait pas le moin­dre contrat entre les époux. Non, ce que j’affirme c’est qu’une rela­tion de dép­end­ance per­ma­nente nuit au dével­op­pement de la per­son­na­lité, et c’est cela que je com­bats. Maintenant, mes oppo­sants savent sur quel ter­rain je me situe.
Dans le passé, il m’est arrivé de plai­der de façon effu­sive et sincère pour l’union exclu­sive entre un homme et une femme, tant qu’ils sont amou­reux. Et je pen­sais que cette union devrait être dis­soute lors­que l’un ou l’autre le dési­rerait. A cette époque j’exal­tais les liens de l’amour - et seu­le­ment ceux-là.
Aujourd’hui, je pré­fère un mariage fondé uni­que­ment sur des considé­rations stric­te­ment finan­cières à un mariage fondé sur l’amour. Non pas parce que je m’intér­esse le moins du monde à la pér­ennité du mariage, mais parce que je me soucie de la pér­ennité de l’amour. Le moyen le plus facile, le plus sûr et le plus rép­andu de tuer l’amour est le mariage - le mariage tel que je l’ai défini. La seule façon de prés­erver l’amour dans la condi­tion exta­ti­que qui lui vaut de béné­ficier d’une appel­la­tion spé­ci­fique - sinon ce sen­ti­ment relève du désir ou de l’amitié -, la seule façon, disais-je, de prés­erver l’amour est de main­te­nir la dis­tance. Ne jamais per­met­tre que l’amour soit souillé par les mes­qui­ne­ries indéc­entes d’une inti­mité per­ma­nente. Mieux vaut mép­riser tous les jours votre ennemi que mép­riser la per­sonne que vous aimez. Ceux qui ne connais­sent pas les rai­sons de mon oppo­si­tion aux formes légales et socia­les vont sans doute s’excla­mer : « Alors, vous voulez donc en finir avec toute rela­tion entre les sexes ? Vous sou­hai­tez que la terre ne soit plus peu­plée que de nonnes et de moines ? » Absolument pas. Je ne m’inquiète pas de la repo­pu­la­tion de la Terre, et je ne ver­se­rais aucune larme si l’on m’appre­nait que le der­nier être humain venait de naître. Mais je ne prêche pas pour autant l’abs­ti­nence sexuelle totale. Si les avo­cats du mariage devaient sim­ple­ment plai­der contre l’abs­ti­nence totale, leur tâche serait aisée. Les sta­tis­ti­ques de la folie, et de toutes sortes d’aber­ra­tions, cons­ti­tue­raient à elles seules un solide élément à charge. Non, je ne crois pas que l’être humain mora­le­ment le plus élevé soit un indi­vidu asexué, ni d’ailleurs une per­sonne qui, au nom de la reli­gion ou de la science, extirpe vio­lem­ment ses pas­sions.
Je sou­hai­te­rais que les gens considèrent leurs ins­tincts nor­maux, d’une façon nor­male, qu’ils ne les gavent pas mais ne les ration­nent pas non plus, qu’il n’exal­tent pas leurs vertus au-delà de leur uti­lité véri­table et ne les dén­oncent pas non plus comme les ser­van­tes du Mal, deux atti­tu­des très rép­andues en ce qui concerne la pas­sion sexuelle. En bref, je sou­hai­te­rais que les hommes et les femmes orga­ni­sent leurs vies de telle façon qu’ils puis­sent être tou­jours, à toute époque, des êtres libres, sur ce plan-là comme sur d’autres. Chaque indi­vidu doit fixer des limi­tes à ses ins­tincts, ce qui est normal pour l’un étant exces­sif pour l’autre, et ce qui est exces­sif à une pér­iode de l’exis­tence étant normal à une autre. En ce qui concerne les effets de la satis­fac­tion nor­male d’un appétit normal sur la popu­la­tion, je pense qu’il faut contrôler cons­ciem­ment ces effets, comme ils le sont déjà, dans une cer­taine mesure, aujourd’hui, et le seront de plus en plus, au fur et à mesure que pro­gres­se­ront nos connais­san­ces. Le taux de nata­lité en France et aux Etats-Unis (chez les Américains nés en Amérique) montre le dével­op­pement d’un tel contrôle cons­cient des nais­san­ces.

Le mariage est contraire à l’épanou­is­sement de l’indi­vidu

« Mais, diront les par­ti­sans du mariage, qu’est-ce qui, dans le mariage, entrave le libre dével­op­pement de l’indi­vidu ? Que signi­fie le libre dével­op­pement de l’indi­vidu, s’il n’est pas l’expres­sion de la mas­cu­li­nité et de la féminité ? Qu’y a-t-il de plus essen­tiel pour ces deux éléments que d’être parent et d’éduquer des enfants ? Le fait que l’édu­cation d’un enfant dure de 15 à 20 ans n’est-il pas le fac­teur essen­tiel qui dét­er­mine l’exis­tence d’un foyer per­ma­nent ? » Ce type d’argu­men­ta­tion est avancé par les par­ti­sans du mariage ayant l’esprit scien­ti­fi­que. Ceux qui ont l’esprit reli­gieux invo­quent la volonté de Dieu, ou d’autres rai­sons métap­hy­siques. Je ne rép­ondrai pas à ces der­niers. Je m’intér­es­serai aujourd’hui seu­le­ment à ceux qui prét­endent que, l’Homme étant le der­nier maillon de l’évo­lution, les néc­essités de chaque espèce qui dét­er­minent des rela­tions socia­les et sexuel­les entre espèces alliées faç­onnent et dét­er­minent ces rela­tions chez l’Homme ; selon eux, si, chez les ani­maux supérieurs, la durée de l’appren­tis­sage dét­er­mine la durée de la conju­ga­lité, alors l’une des plus gran­des réus­sites de l’Homme est d’avoir considé­rab­lement étendu la durée de l’appren­tis­sage, et donc de s’être fixé pour idéal une rela­tion fami­liale per­ma­nente.
Ce n’est que l’exten­sion cons­ciente de ce que l’adap­ta­tion incons­ciente, ou peut-être semi-cons­ciente, a déjà dét­erminé pour les ani­maux supérieurs, et en partie chez les espèces sau­va­ges. Si les habi­tants d’un pays sont rai­son­na­bles, sen­si­bles et contrôlent leurs ins­tincts (avec les autres peu­ples, ils main­tien­dront de toute façon leurs dis­tan­ces, quel­les que soient les cir­cons­tan­ces), le mariage ne permet-il pas d’attein­dre ce grand objec­tif de la fonc­tion sociale élém­ent­aire, qui est en même temps une exi­gence essen­tielle pour le dével­op­pement indi­vi­duel, mieux qu’aucun autre mode de vie ? Malgré toutes ses imper­fec­tions, n’est-ce pas le meilleur mode de vie que l’on ait trouvé jusqu’à présent ? En essayant de prou­ver la thèse inverse, je ne m’intér­es­serai pas aux échecs patents du mariage. Cela ne m’intér­esse pas de dém­ontrer que de nom­breux maria­ges échouent ; les archi­ves des tri­bu­naux le prou­vent abon­dam­ment. Mais de même qu’une hiron­delle (ni un vol d’hiron­del­les) ne fait pas le prin­temps, le nombre de divor­ces, en lui-même, ne prouve pas que le mariage est une mau­vaise chose, il dém­ontre seu­le­ment qu’un nombre impor­tant d’indi­vi­dus com­met­tent des erreurs. Cet argu­ment est un argu­ment inat­ta­qua­ble contre l’indis­so­lu­bi­lité du mariage mais pas contre le mariage lui-même.
Aujourd’hui, je m’intér­es­serai aux maria­ges heu­reux - les maria­ges au sein des­quels, quel­les que soient les fric­tions, l’homme et la femme ont passé beau­coup de moments agré­ables ensem­ble ; des maria­ges où la famille a vécu grâce au tra­vail honnête, déc­emment payé (dans les limi­tes du sala­riat) du père, et préservée par le souci d’éco­nomie et les soins de la mère ; où les enfants ont reçu une bonne édu­cation et ont démarré dans la vie sans pro­blème, et où leurs parents ont conti­nué à vivre sous le même toit pour finir leur vie ensem­ble, chacun étant assuré que l’autre représ­ente un(e) ami(e) qui lui sera fidèle jusqu’à la mort. Telle est, d’après moi, le meilleur type de mariage pos­si­ble, et il s’agit plus sou­vent d’un doux rêve que d’une réalité. Mais par­fois il réussit à se réa­liser. Je main­tiens néanmoins que, du point de vue de l’objec­tif de la vie, c’est-à-dire du libre dével­op­pement de l’indi­vidu, ceux qui ont réussi leur mariage ont mené une vie moins réussie que ceux qui ont eu une vie moins heu­reuse.

L’ins­tinct de repro­duc­tion

En ce qui concerne le pre­mier point (le fait que l’édu­cation des parents serait l’une des néc­essités fon­da­men­ta­les de l’expres­sion de la per­son­na­lité), je pense que la cons­cience va bou­le­ver­ser les mét­hodes de la vie. La vie, qui opère incons­ciem­ment, cher­chait aveu­glément à se prés­erver par la repro­duc­tion, par la repro­duc­tion mul­ti­ple.
Notre esprit est chaque fois bou­le­versé par la pro­duc­ti­vité d’un seul grain de blé, d’un pois­son, d’une reine des abeilles ou d’un homme. Nous sommes frappés par le gâchis épouv­an­table de l’effort repro­duc­tif ; para­lysés par une pitié impuis­sante pour les peti­tes choses, le nombre infini de ces peti­tes vies qui doi­vent naître, souf­frir et mourir de faim, de froid, ou parce qu’elles ser­vent de proies pour d’autres créa­tures, et tout cela dans un seul but : afin que, au sein d’une mul­ti­tude, seule une petite mino­rité sur­vive et perpétue l’espèce ! En guerre contre la nature, l’homme, qui n’en est pas encore maître, a obéi au même ins­tinct et, en pro­créant de façon pro­li­fi­que, il a pour­suivi sa guerre. Pour le patriar­che hébreu de l’Antiquité comme pour le pion­nier amé­ricain, une grande famille était syno­nyme de force, de richesse en bras et en mus­cles et représ­entait un moyen de pour­sui­vre sa conquête des forêts et des terres vier­ges. C’était sa seule res­source contre l’ané­ant­is­sement. C’est pour­quoi l’ins­tinct de repro­duc­tion a été l’un des moteurs dét­er­minants de l’action humaine. Tout ins­tinct obéit à une loi : il survit long­temps après la dis­pa­ri­tion du besoin qui l’a créé, et cette loi agit de façon per­verse. Cet ins­tinct qui survit fait partie de la struc­ture de l’être humain, il n’est pas obligé de se jus­ti­fier ni forcé d’être satis­fait. Je suis per­suadée, néanmoins, que plus la cons­cience des hommes se dével­oppe, ou, en d’autres termes, plus nous deve­nons cons­cients des condi­tions de la vie et de nos rela­tions dans ce cadre, de leurs nou­vel­les exi­gen­ces et de la meilleure façon de les satis­faire, plus les ins­tincts inu­ti­les se dis­so­cie­ront rapi­de­ment de la struc­ture de l’être humain.
Comment se prés­ente la guerre contre la nature aujourd’hui ? Pourquoi, alors que nous sommes pres­que au bord d’une catas­tro­phe planét­aire, sommes-nous cer­tains de la conquérir ? La cons­cience ! La puis­sance du cer­veau ! La force de la volonté ! L’inven­tion, la déc­ouv­erte, la maît­rise des forces cachées. Nous ne sommes plus obligés d’agir aveu­glément, de cher­cher sans cesse à pro­pa­ger l’espèce pour four­nir à l’huma­nité des chas­seurs, des pêcheurs, des ber­gers, des agri­culteurs et des éleveurs. Par conséquent, le besoin ini­tial, qui a créé l’ins­tinct de repro­duc­tion pro­li­fi­que, a dis­paru ; il est voué à dis­pa­raître, il est en train de mourir, mais il dis­pa­raîtra plus rapi­de­ment si les hommes com­pren­nent de mieux en mieux la situa­tion glo­bale. Plus les cer­veaux ont une pro­duc­tion pro­li­fi­que, plus les idées s’étendent, se mul­ti­plient et conquièrent de pou­voir, plus la néc­essité d’une repro­duc­tion phy­si­que abon­dante déc­line. Tel est mon pre­mier point. Donc l’épanou­is­sement de l’indi­vidu n’impli­que plus néc­ess­ai­rement d’avoir de nom­breux enfants, ni même d’en avoir un seul. Je ne veux pas dire que, bientôt, plus per­sonne ne voudra avoir d’enfants, et je ne pro­phé­tise pas le sui­cide de l’espèce humaine. Simplement, je pense que moins d’hommes et de femmes naîtront, plus il y aura de chan­ces que ceux-ci sur­vi­vent, se dével­oppent et réa­lisent de pro­jets. En fait, la confron­ta­tion entre ces différ­entes ten­dan­ces a déjà amené la cons­cience sociale actuelle à pren­dre cette direc­tion.

La repro­duc­tion et les autres besoins humains

Supposons que la majo­rité des hommes et des femmes désirent encore, ou même, allons plus loin, admet­tons que la majo­rité désirent encore se repro­duire de façon limitée, la ques­tion est main­te­nant la sui­vante : ce besoin est-il essen­tiel au dével­op­pement de l’indi­vidu ou y a-t-il d’autres besoins tout aussi impérieux ? S’il en existe d’autres, aussi essen­tiels, ne doit-on pas les pren­dre éga­lement en compte lors­que l’on veut décider de la meilleure manière de conduire sa vie ? S’il n’existe pas d’autres besoins aussi vitaux, ne doit-on pas quand même se deman­der si le mariage est le meilleur moyen d’assu­rer l’épanou­is­sement de l’indi­vidu ? En rép­ondant à ces ques­tions, je pense qu’il sera utile de dis­tin­guer entre la majo­rité et la mino­rité.
Pour une mino­rité, l’édu­cation des enfants représ­en­tera le besoin domi­nant de leur vie tandis que, pour une majo­rité, cela cons­ti­tuera seu­le­ment un besoin parmi d’autres. Et quels sont ces autres besoins ? Les autres besoins phy­si­ques et spi­ri­tuels ! Le désir de manger, de s’habiller et de se loger en fonc­tion du goût de chaque indi­vidu ; le désir d’avoir des rela­tions sexuel­les et pas en vue de la repro­duc­tion ; les désirs artis­ti­ques ; le besoin de connais­san­ces, avec ses mil­liers de rami­fi­ca­tions, qui empor­tera peut-être l’âme des pro­fon­deurs du concret jusqu’aux hau­teurs de l’abs­trac­tion ; le désir de faire, c’est-à-dire d’impri­mer sa volonté sur la struc­ture sociale, qu’il s’agisse d’un ingénieur méca­nicien, d’un conduc­teur de mois­son­neuse-bat­teuse ou d’un inter­préteur de rêves - quelle que soit l’acti­vité per­son­nelle.
Le désir de se nour­rir, se loger et se vêtir devrait tou­jours repo­ser sur le pou­voir de chaque indi­vidu de satis­faire soi-même ses besoins. Mais la vie domes­ti­que est telle que, au bout de quel­ques années d’exis­tence com­mune, l’interdép­end­ance croît au point de para­ly­ser chaque par­te­naire lors­que les cir­cons­tan­ces détr­uisent leur bel arran­ge­ment, la femme en étant géné­ra­lement très affectée, l’homme beau­coup moins, en prin­cipe. L’épouse n’a fait qu’une seule chose dans une sphère isolée, et même si elle a peut-être appris à bien la faire (ce qui n’est pas sûr, parce que la mét­hode de for­ma­tion n’est abso­lu­ment pas satis­fai­sante), de toute façon cela ne lui a pas donné la confiance néc­ess­aire pour gagner sa vie de façon indép­end­ante. Timorée, elle s’avère le plus sou­vent inca­pa­ble de s’enga­ger dans la lutte. Elle est passée à côté du monde de la pro­duc­tion, elle ne le connaît abso­lu­ment pas. D’un autre côté, quelle sorte de métier peut-elle exer­cer ?
Devenir l’employée de maison d’une autre femme qui la domi­nera ? Les condi­tions de tra­vail et la rému­nération des ser­vi­ces domes­ti­ques sont telles que n’importe quel esprit indép­endant pré­fé­rerait être esclave dans une usine : au moins l’escla­vage est limité à une quan­tité fixe d’heures.
Quant aux hommes, per­met­tez-moi de vous raconter une anec­dote : il y quel­ques jours de cela, un syn­di­ca­liste très com­ba­tif m’a déclaré, appa­rem­ment sans la moin­dre honte, qu’il vivrait comme un vaga­bond et un ivro­gne s’il ne s’était pas marié, parce qu’il ne se sent pas capa­ble de tenir une maison. Leur accord mutuel a sur­tout un mérite, à ses yeux : son épouse s’occupe bien de son esto­mac. Jamais je n’aurais pensé que quelqu’un puisse admet­tre se trou­ver dans un tel état d’impuis­sance, mais cet homme m’a sans doute dit la vérité. Ce type d’aveu est cer­tai­ne­ment une des plus graves objec­tions contre le mariage, comme contre toute autre condi­tion pro­dui­sant de sem­bla­bles rés­ultats. En choi­sis­sant sa posi­tion éco­no­mique dans la société, on devrait tou­jours veiller à ce qu’elle vous per­mette de conti­nuer à vivre sans aucun han­di­cap - de façon à rester une per­sonne entière, ayant toutes ses capa­cités pour pro­duire et se protéger elle-même, un indi­vidu centré sur lui-même.

L’hypo­cri­sie sexuelle des femmes

En ce qui concerne l’appétit sexuel, en dehors de la repro­duc­tion, les avo­cats du mariage prét­endent, et avec de bonnes rai­sons, qu’il pro­cure une satis­fac­tion nor­male à un appétit normal. Selon eux, il cons­ti­tue un garde-fou phy­si­que et moral contre les excès et leurs conséqu­ences, les mala­dies. Nous avons sans cesse la preuve dou­lou­reuse que le mariage n’est pas très effi­cace sur ce plan-là. Quant à ce qu’il pour­rait accom­plir, il est pres­que impos­si­ble de le savoir ; car l’ascét­isme reli­gieux a tel­le­ment implanté le sen­ti­ment de la honte dans l’esprit humain, à propos du sexe, que notre pre­mière réaction, lorsqu’on en dis­cute, semble de mentir.
C’est par­ti­cu­liè­rement le cas avec les femmes. La majo­rité d’entre elles sou­hai­tent donner l’impres­sion qu’elles sont dépo­urvues de désir sexuel et pen­sent se déc­erner le plus beau com­pli­ment lorsqu’elles déc­larent : « Personnellement, je suis très froide ; je n’ai jamais éprouvé une telle attrac­tion. » Parfois elles disent la vérité mais, le plus sou­vent, il s’agit d’un men­songe - issu des ensei­gne­ments per­ni­cieux dif­fusés par l’Eglise pen­dant des siècles. Une femme nor­ma­le­ment cons­ti­tuée com­pren­dra qu’elle ne se rend pas hom­mage lorsqu’elle se refuse le droit d’exis­ter com­plè­tement, pour elle-même ou par elle-même ; il est cer­tain que, lorsqu’une telle défici­ence se mani­feste vrai­ment, d’autres qua­lités peu­vent se dével­opper, ayant peut-être une plus grande valeur. En général, cepen­dant, quels que soient les men­son­ges des femmes, une telle défici­ence n’existe pas. Habituellement, les êtres jeunes et sains des deux sexes désirent avoir des rela­tions sexuel­les. Le mariage est-il donc la meilleure rép­onse à ce besoin humain ?

Les effets catas­tro­phi­ques de la coha­bi­ta­tion

Supposons qu’ils se marient, disons à vingt ans, ou quel­ques années plus tard, ce qui est géné­ra­lement le cas puis­que l’appétit sexuel est le plus actif à cet âge ; les deux par­te­nai­res (et pour le moment je mets de côté la ques­tion des enfants) se trou­ve­ront trop (et trop fréqu­emment) en contact. Rapidement ils ne savou­re­ront plus la prés­ence de l’autre. L’irri­ta­tion com­men­cera. Les petits détails mes­quins de la vie com­mune amè­neront le mépris. Ce qui était autre­fois une joie excep­tion­nelle devien­dra un auto­ma­tisme, et détr­uira toute finesse, toute déli­cat­esse. Souvent la coha­bi­ta­tion se trans­for­mera en une tor­ture phy­si­que pour l’un des par­te­nai­res (le plus sou­vent la femme) tandis qu’elle pro­cu­rera encore un peu de plai­sir à l’autre, et ce pour une raison simple : les corps, tout comme les âmes, évoluent rare­ment, voire, jamais de façon parallèle.
Ce manque de parallél­isme est la plus grave objec­tion que l’on puisse oppo­ser au mariage. Même si deux per­son­nes sont par­fai­te­ment et cons­tam­ment adaptées l’une à l’autre, rien ne prouve qu’elles conti­nue­ront à l’être durant le reste de leur exis­tence. Et aucune pér­iode n’est plus trom­peuse, en ce qui concerne l’évo­lution future, que l’âge dont je viens de parler. L’âge où les désirs et les attrac­tions phy­si­ques sont les plus forts est aussi le moment où ces mêmes désirs obs­cur­cis­sent ou réfrènent d’autres éléments de la per­son­na­lité. Les ter­ri­bles tragédies de l’anti­pa­thie sexuelle, qui pro­dui­sent le plus sou­vent de la honte, ne seront jamais dévoilées. Mais elles ont causé d’innom­bra­bles meur­tres sur cette terre. Et même dans les foyers où l’on a main­tenu l’har­mo­nie et où, appa­rem­ment, règne la paix conju­gale, un tel climat fami­lial n’est pos­si­ble que parce que l’homme ou la femme s’est résigné, a nié sa propre per­son­na­lité. L’un des par­te­nai­res accepte de s’effa­cer pres­que tota­le­ment pour prés­erver la famille et le res­pect de la société.
Si ces phénomènes, cette dég­ra­dation phy­si­que sont hor­ri­bles, rien n’est plus ter­ri­ble que la dév­as­tation des âmes. Lorsque la pér­iode de l’attrac­tion phy­si­que pré­do­min­ante prend fin et que les ten­dan­ces de chaque âme com­men­cent à s’affir­mer de plus en plus ouver­te­ment, rien n’est plus affreux que de se rendre compte que l’on est lié à quelqu’un, que l’on va vivre jusqu’à sa mort avec une per­sonne dont on sent que l’on s’éloigne chaque jour de plus en plus. « Pas un jour de plus ensem­ble ! » affir­ment les par­ti­sans de l’union libre. Je trouve de tels slo­gans encore plus absur­des que les dis­cours des avo­cats de la « sain­teté » du mariage. Les liens exis­tent, les liens de la vie com­mune, l’amour du foyer que l’on a cons­truit ensem­ble, les habi­tu­des asso­ciées à la coha­bi­ta­tion et à la dép­end­ance ; il n’est pas facile de se déb­arr­asser de ces véri­tables chaînes, qui tien­nent pri­son­niers les deux par­te­nai­res. Ce n’est pas au bout d’un jour ou d’un mois, mais seu­le­ment après une longue hési­tation, une longue lutte et des souf­fran­ces, des souf­fran­ces très épr­ouv­antes, que la sépa­ration déc­hir­ante se pro­duira. Et sou­vent elle ne se pro­duit même pas.

Deux exem­ples

Un cha­pi­tre de la vie de deux hommes réc­emment décédés illus­trera mon propos. Ernest Crosby a fait un mariage, je sup­pose heu­reux, avec une femme à l’esprit et aux sen­ti­ments conser­va­teurs. A l’âge de 38 ans, alors qu’il offi­ciait comme juge à la cour inter­na­tio­nale du Caire, il est devenu paci­fiste(5). Mais sa concep­tion de l’hon­neur l’a obligé à conti­nuer à assu­rer des fonc­tions socia­les qu’il mép­risait ! Pour citer l’un de ses amis, Leonard Abbot, « il vivait comme un pri­son­nier dans son palais, servi par des domes­ti­ques et des laquais. Et à la fin il est devenu l’esclave de ses biens ». Si Crosby n’avait pas été atta­ché par les liens du mariage et des rela­tions fami­lia­les à quelqu’un ayant des concep­tions de la vie et de l’hon­neur très différ­entes des sien­nes, le bilan de sa vie n’aurait-il pas été plus posi­tif ? Comme son maître à penser Tolstoi, sa vie contre­di­sait ses oeu­vres parce qu’il était marié avec une femme qui ne s’était pas développée parallè­lement à lui.
Le second exem­ple est celui de Hugh O. Pentecost. A partir de 1887, quel­les que soient ses ten­dan­ces spéc­iales, Pentecost sym­pa­thisa avec la lutte du mou­ve­ment ouvrier, s’oppo­sant à l’oppres­sion et à toutes les formes de persé­cution. Cependant, sous l’influence de ses rela­tions fami­lia­les, et parce qu’il sen­tait qu’il devait attein­dre un plus grand confort matériel et un meilleur stan­ding social que ce que pou­vait lui appor­ter sa posi­tion de confér­encier radi­cal, il consen­tit, à partir d’un cer­tain moment, à deve­nir la marion­nette de ceux qu’il avait si sévè­rement condamnés, en accep­tant le poste de pro­cu­reur. Pire encore : il prét­endit avoir été trompé comme un enfant lorsqu’il avait commis la plus belle action de sa vie en pro­tes­tant contre l’exé­cution des anar­chis­tes de Chicago en 1886.
Que l’influence fami­liale ait pesé sur lui, je l’ai appris de sa propre bouche ; Pentecost n’a fait que répéter, à une plus petite éch­elle, la tra­hi­son de Benedict Arnold(6) qui, pour l’amour de sa femme aux idées conser­va­tri­ces laissa tout le poids de l’infa­mie peser sur lui. Je sais qu’il s’est sans doute servi de cette excuse, qu’il s’est réfugié der­rière le vieil argu­ment de la ten­ta­tion d’Eve, mais ce fac­teur a cer­tai­ne­ment joué un rôle. J’ai évoqué ces deux cas parce qu’il s’agit d’hommes publics ; mais chacun de nous connaît de tels exem­ples chez des per­son­nes beau­coup moins célèbres, et c’est fréqu­emment la femme dont les aspi­ra­tions per­son­nel­les et intel­lec­tuel­les sont avi­lies par les liens du mariage. Et ceci n’est qu’une facette du pro­blème. En effet, que penser de l’indi­vidu conser­va­teur qui se trouve lié à quelqu’un qui offense cons­tam­ment tous ses prin­ci­pes ? Les êtres humains ne peu­vent penser de la même façon et épr­ouver les mêmes sen­ti­ments au même moment, sur une longue durée ; c’est pour­quoi les pér­iodes durant les­quel­les ils nouent des liens ne devraient être ni fréqu­entes ni contrai­gnan­tes.

L’édu­cation des enfants

Mais reve­nons à la ques­tion des enfants. Dans la mesure où il s’agit d’un désir normal, ne peut-il être satis­fait sans le sacri­fice de la liberté indi­vi­duelle requis par le mariage ? Je ne vois aucune raison pour que ce soit impos­si­ble. Un enfant peut être élevé aussi bien dans un foyer, dans deux foyers ou dans une com­mu­nauté ; la déc­ouv­erte de la vie sera bien plus agré­able si elle a lieu dans une atmos­phère de liberté et de force indép­end­ante que dans un climat de répr­ession et de méc­ont­en­tement cachés. Je n’ai aucune solu­tion satis­fai­sante à offrir aux différ­entes ques­tions que pose l’édu­cation des enfants ; mais les par­ti­sans du mariage sont dans le même cas que moi.
Par contre, je suis convain­cue qu’aucune des exi­gen­ces de la vie ne devrait empêcher un dével­op­pement per­son­nel et libre dans l’avenir. Les vieilles mét­hodes d’édu­cation des enfants, sous le joug indis­so­lu­ble des parents, n’ont pas donné des rés­ultats convain­cants. (Les parents conser­va­teurs se désolent sans doute d’avoir des enfants contes­ta­tai­res, mais il ne leur vient pro­ba­ble­ment pas à l’esprit que leur système est en cause.) L’union libre donne des rés­ultats, qui ne sont ni meilleurs ni pires. Quant à l’enfant élevé par un seul parent, il n’est ni plus mal­heu­reux ni plus heu­reux qu’un autre. Des jour­naux comme Lucifer(7) regor­gent d’hypo­thèses, de théories et de pro­po­si­tions d’expéri­ences, mais jusqu’ici on n’a jamais trouvé de prin­ci­pes d’édu­cation infailli­bles pour les parents, bio­lo­gi­ques ou adop­tifs. C’est pour­quoi je ne vois pas pour­quoi l’indi­vidu devrait sacri­fier le reste de sa vie en faveur d’un élément aussi incer­tain. Si vous voulez que l’amour et le res­pect puis­sent durer, ayez des rela­tions peu fréqu­entes et peu dura­bles. Pour que la Vie puisse croître, il faut que les hommes et les femmes res­tent des per­son­na­lités séparées. Ne par­ta­gez rien avec votre amant(e) que vous ne par­ta­ge­riez avec un( e ) ami( e ). Je crois que le mariage défraîchit l’amour, trans­forme le res­pect en mépris, souille l’inti­mité et limite l’évo­lution per­son­nelle des deux par­te­nai­res. C’est pour­quoi je pense que « le mariage est une mau­vaise action ».

* Tous les inter­ti­tres ont été ajoutés par le tra­duc­teur (N.d.T.).

1. Thomas Henry Huxley (1825-1895). Naturaliste bri­tan­ni­que et déf­enseur de la théorie de l’évo­lution de Darwin.
2. Eduard von Hartman (1842-1906). Philosophe alle­mand. Selon lui, une force imper­son­nelle anime le monde et mènera celui-ci à l’ané­ant­is­sement total. Pour Voltairine de Cleyre cette force incons­ciente peut, au contraire, se trans­for­mer grâce à l’action cons­ciente des hommes et conduire à la libé­ration de l’indi­vidu.
3. D. H. Lum : mentor de Voltairine de Cleyre (cf. l’arti­cle de Chris Crass pages 7 à 13).
4. Alice Roosevelt : durant sa jeu­nesse, la fille du pré­sident Théodore Roosevelt aimait scan­da­li­ser son entou­rage. Elle épousa un congres­siste play­boy et devint une figure impor­tante des cou­lis­ses de Washington.
5. Après avoir donné sa dém­ission de son poste de juge, Ernest Crosby écrivit de nom­breux arti­cles et livres contre la guerre et contre l’impér­ial­isme amé­ricain.
6. Benedict Arnold (1741-1801) : général qui servit la cause de la Révolution amé­ric­aine, puis fit allége­ance aux Britanniques après s’être marié à une fer­vente loya­liste. Il est considéré comme le type même du traître, puisqu’il fut non seu­le­ment vénal (il exigea beau­coup d’argent pour ses ren­sei­gne­ments) mais lâche (il fit pendre un espion à sa place).
7. Lucifer, the Light Bearer : jour­nal animé pen­dant vingt-quatre ans par Moses Harman (1830-1910). Féministe, par­ti­san du contrôle des nais­san­ces et de l’union libre, il fit de son jour­nal une tri­bune libre de dis­cus­sion sur la sexua­lité. Condamné à un an de tra­vaux forcés à l’âge de 75 ans pour ses posi­tions, en vertu des lois Comstock.

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