samedi 11 mai 2013

Quelques précisions à propos de Ni patrie ni frontières


Quelques précisions à propos de Ni patrie ni frontières


M’étant tota­le­ment « déc­onnecté » des milieux révo­luti­onn­aires pen­dant 20 ans, j’ai redéc­ouvert, en pré­parant ce petit bul­le­tin depuis quel­ques mois, toute une série de com­por­te­ments dépl­aisants que j’avais rangés dans un coin pous­siéreux de ma mém­oire : mépris des autres, inca­pa­cité à sortir de l’ortho­doxie de sa cha­pelle, dog­ma­tisme, condam­na­tions à l’emporte-pièce, mém­oire for­te­ment sél­ec­tive concer­nant les erreurs passées, méga­lo­manie, ini­mi­tiés per­son­nel­les, oppor­tu­nisme, ver­biage ultra-radi­cal com­biné à l’absence non moins radi­cale de toute acti­vité mili­tante, incan­ta­tions rhé­to­riques contre la petite-bour­geoi­sie, etc.
Mais aussi, heu­reu­se­ment, des qua­lités fort sti­mu­lan­tes : esprit cri­ti­que, intérêt pour le mou­ve­ment ouvrier et son his­toire, volonté d’en déc­oudre avec l’ordre exis­tant, saine rév­olte contre l’oppres­sion, hos­pi­ta­lité et même… sens de l’humour.
J’ai essayé de pren­dre ma plume pour expri­mer ma per­plexité devant la déliqu­esc­ence de l’extrême gauche et de l’ultra-gauche au cours de ces vingt der­nières années mais le rés­ultat ne me satis­fai­sait pas. Je vou­lais à la fois éviter toute équi­voque quant à l’objec­tif de Ni patrie ni fron­tières et ne pas perdre mon temps avec cer­tains indi­vi­dus (cf. l’enca­dré ci-des­sous : « Le sadi­que sabota mon des­sert »). Heureusement, je tombai sur un texte : « Verbalisme » écrit par Guy Fargette en 1989 mais qui - hélas - n’avait pas pris une ride.

Verbalisme signi­fie d’après le Petit Robert : « uti­li­sa­tion des mots pour eux-mêmes au dét­riment de l’idée » et a pour syno­nyme, selon le même dic­tion­naire, logo­ma­chie : « que­relle sur des mots » (en clair pinaillage) mais aussi « assem­blage de mots creux dans un rai­son­ne­ment ». Et quel­ques lignes plus loin, dans la même page, on trouve aussi logor­rhée : « flux de paro­les inu­ti­les ».
Ces trois termes défin­issent par­fai­te­ment une partie des pièges dans les­quels cette minus­cule revue sou­hai­te­rait ne pas tomber et que le texte « Pour un bul­le­tin de tra­duc­tions et de débats » (repro­duit à la fin de ce numéro) essayait de cerner. Ni patrie ni fron­tières aurait aussi bien pu s’appe­ler Ni logo­ma­chie ni logor­rhée, et peut-être aurais-je dû choi­sir ce titre pour tenir à l’écart cer­tains zozos. Quoi qu’il en soit, il me semble utile de pré­ciser à nou­veau que les textes publiés dans cette revue pui­se­ront dans deux sour­ces :
- des textes clas­si­ques du vieux mou­ve­ment ouvrier inter­na­tio­nal, dans ce qu’il a de plus vivant,
- des contri­bu­tions actuel­les, si pos­si­ble de mili­tant(e), ou au moins de gens qui ont eu une acti­vité mili­tante et qui savent de quoi ils par­lent lorsqu’ils évoquent les luttes, les grèves, la répr­ession ou les pro­blèmes d’orga­ni­sa­tion.
Ce ne sont pas les revues acadé­miques qui man­quent, ni les lieux où toutes sortes d’intel­lec­tuels peu­vent s’expri­mer et écrire des choses, par­fois très utiles, y com­pris pour le combat de la classe ouvrière contre les patrons. Mais entre un arti­cle exhaus­tif d’un uni­ver­si­taire bri­tan­ni­que sur la révo­lution de Cromwell ou les délégués d’ate­lier (shop ste­wards) et celui d’un mili­tant, aussi sché­ma­tique soit-il, sur le même sujet, pas d’hési­tation, je choi­si­rai le second.
L’objec­tif de Ni patrie ni fron­tières n’est pas de servir de tri­bune à d’ex-gau­chis­tes fati­gués ou démo­ralisés. Il est de donner la parole à des mili­tant(e)s ou à des hommes et des femmes qui ont gardé, vaille que vaille, une opti­que mili­tante et ne cra­chent pas sur leur passé, quand bien même ils ne sont plus adhérents à tel ou tel grou­pus­cule.
Pour en reve­nir à « Verbalisme », ce texte visait à l’époque cer­tains cou­rants (je laisse au lec­teur le soin de déc­ouvrir les­quels), mais il m’a semblé avoir une portée plus large, parce que le climat qu’il décrit a, tel un nuage ato­mi­que, eu un rayon d’action beau­coup plus étendu et dura­ble que son auteur, peut-être, ne l’ima­gi­nait il y a treize ans. (Yves Coleman.)

LE SADIQUE SABOTA MON DESSERT…

La sortie d’une nou­velle publi­ca­tion, même minus­cule comme Ni patrie ni fron­tières, donne lieu à des ren­contres ou des retrou­vailles très sym­pa­thi­ques et à d’autres… qui le sont beau­coup moins. Un ultra­gau­che, réd­acteur de bro­chu­res incen­diai­res contre le capi­ta­lisme, demande à me ren­contrer pour dis­cu­ter. Tout se passe à peu près bien (enfin, pas tout à fait, ce mon­sieur ne pou­vait men­tion­ner le nom d’Arlette Laguiller sans l’accom­pa­gner de qua­li­fi­ca­tifs gros­siers, ce qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille) jusqu’au des­sert où tout à coup notre marxiste pur et dur s’emporte contre les « gau­chis­tes qui veu­lent régu­la­riser tous les étr­angers » (« Qu’est-ce qu’on fera quand on aura 50, voire 100 mil­lions d’immi­grés » ? » éructe-t-il d’une voix indi­gnée), les « Beurs qui brûlent les voi­tu­res et agres­sent les prolét­aires des ban­lieues » et contre « les Arabes qui sont encore plus racis­tes que les Français ». Et notre redou­ta­ble ennemi du « poli­ti­que­ment cor­rect » de s’indi­gner que l’on cri­ti­que Chevènement qui aurait « légalisé 80% des immi­grés clan­des­tins » ( !!!). Pour conclure par : « Et d’ailleurs pour­quoi diable le racisme est-il si impor­tant pour toi ? » J’ai payé mon écot et ai laissé ce fin psy­cho­lo­gue, ce grand rrrrré­vo­luti­onn­aire tout étonné que je n’aie pas envie de l’écouter une seconde de plus débiter ces sor­net­tes.

Mais peut-être, comme me l’a fait remar­quer une amie, ces sor­net­tes sont-elles symp­to­ma­ti­ques : cer­tains gau­chis­tes confon­dent en effet pren­dre le contre­pied de n’importe quoi et aller à la racine des choses. Tout comme ceux qui se cru­rent « radi­caux » en met­tant en doute l’exis­tence des cham­bres à gaz et l’impor­tance de l’Holocauste dans l’his­toire du XXe siècle, parce qu’il s’agis­sait de vérités admi­ses et donc auto­ma­ti­que­ment sus­pec­tes à leurs yeux, cer­tains pen­sent être aujourd’hui super-révo­luti­onn­aires en dénonçant la lutte contre le racisme ou le sou­tien aux luttes des sans-papier. Emportés dans leur élan comme mon inter­lo­cu­teur, et sans doute aussi par des pul­sions de haine soi­gneu­se­ment niées, une partie (minus­cule heu­reu­se­ment) de ces zozos fran­chis­sent un pas sup­plém­ent­aire dans leurs « rai­son­ne­ments » et se met­tent à vitupérer contre les immi­grés. La haine indis­tincte de tous les aspects du « poli­ti­que­ment cor­rect » (bau­dru­che inventée par la droite amé­ric­aine) serait-elle le ciment qui unit ces pseudo extrém­istes de gauche aux vrais extrém­istes de droite ?

Quoi qu’il en soit, pour m’éviter toute ren­contre désag­réable, AVIS AUX RACISTES ET ANTISÉMITES CONSCIENTS ET INCONSCIENTS, ALLEZ DÉVERSER VOTRE BILE AILLEURS. Ce ne sont pas les oreilles com­plai­san­tes qui man­quent dans ce pays si accueillant à vos idées. Au fait, com­bien d’immi­grés et d’enfants d’immi­grés a-t-on des­cen­dus cette année en France, com­bien en a-t-on arrêtés, insultés ou tabassés au « pays des droits de l’homme », mon­sieur le Phraseur Radical ? (Y.C.)

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