jeudi 23 mai 2013

Que se cache-t-il derrière le slogan de la « destruction d’Israël » ?

Si l’on prend au sérieux ceux qui prônent la « des­truc­tion de l’Etat d’Israël », il faut envi­sa­ger concrè­tement à quoi cela pour­rait mener.

Je vois pour ma part 5 pos­si­bi­lités :

a) Un « gou­ver­ne­ment ouvrier et paysan » s’appuyant sur des « mili­ces ouvrières et pay­san­nes », juives et pales­ti­nien­nes (on serait alors dans une dyna­mi­que « tran­si­toire » et pré-révo­luti­onn­aire, ins­pirée du Programme de tran­si­tion de Trotsky).

b) Une révo­lution socia­liste : il ne s’agit alors pas seu­le­ment de détr­uire l’Etat sio­niste mais aussi les Etats liba­nais, jor­da­nien et syrien, pour ne parler que des plus pro­ches.

c) Un Etat laïc bina­tio­nal, res­pec­tant les droits des mino­rités, reli­gieu­ses ou eth­ni­ques, quel­les qu’elles soient. En clair : il s’agit de démoc­ra­tiser Israël et de faire une sorte de Grande Palestine, mais avec les deux peu­ples. L’Etat sio­niste actuel fusion­nant avec l’Autorité pales­ti­nienne, au dét­riment des pro­jets intégr­istes, juif-sio­niste et musul­man.

d) Une République pales­ti­nienne qui res­pec­te­rait les droits démoc­ra­tiques des Juifs en tant que mino­rité eth­ni­que-reli­gieuse. L’Autorité pales­ti­nienne pren­drait alors la place de l’Etat sio­niste. Pour cela, il fau­drait qu’Arafat res­pecte déjà les droits de l’homme dans son propre ter­ri­toire, coupe tous liens poli­ti­ques avec les intégr­istes et tous liens finan­ciers avec les États arabes qui ont financé l’OLP pen­dant des dizai­nes d’années. Vaste pro­gramme…

e) Sinon, et c’est mal­heu­reu­se­ment le plus pro­ba­ble, la « des­truc­tion de l’Etat sio­niste » signi­fie exiler tous les Juifs comme les Pieds noirs d’Algérie, les colons por­tu­gais d’Afrique, etc. C’est d’ailleurs ce qu’un trots­kyste a fini par m’avouer : les Juifs, « s’ils ne sont pas prêts à perdre leurs pri­vilèges » devront quit­ter Israël/Palestine. Cela avait le mérite de la clarté… Un mili­tant d’une orga­ni­sa­tion concur­rente m’a écrit ne « pas savoir si l’Autorité pales­ti­nienne res­pec­te­rait tota­le­ment les droits démoc­ra­tiques des Juifs ». En clair, il leur pro­pose de jouer à la rou­lette russe…

Le pro­blème avec les « anti­sio­nis­tes » c’est qu’ils pré­cisent rare­ment dans quelle pers­pec­tive ils mili­tent à court, à moyen et à long terme. S’ils le fai­saient, cela per­met­trait peut-être de dis­cu­ter plus serei­ne­ment. Mais, en réalité, ne rai­son­nent-ils pas en fonc­tion d’une théorie de la « révo­lution par étapes » ? Ils consa­crent l’essen­tiel de leur pro­pa­gande à parler de la pre­mière phase (la des­truc­tion de l’Etat d’Israël), ce qui leur permet, entre autres, d’espérer avoir l’oreille des jeunes immi­grés, ou enfants d’immi­grés, révoltés par les crimes de l’armée israéli­enne en Palestine. Quant aux étapes sui­van­tes, eh bien, ils com­men­ce­ront à parler de révo­lution socia­liste quand les flics ou les sol­dats de l’OLP se retour­ne­ront contre leur propre peuple…

Aucune des cinq pos­si­bi­lités évoquées plus haut n’étant très réal­iste dans l’immédiat, il me semble pré­fé­rable d’avan­cer le mot d’ordre « Deux peu­ples, deux États ». En effet, com­bien existe-t-il d’Etats laïcs au Proche et au Moyen-Orient ? Quel est le rap­port de forces sur le ter­rain entre le Djihad et le Hamas, d’un côté, et les laïcs pales­ti­niens ? Quels sont les Etats arabes qui finan­cent le Djihad et le Hamas ? Pourquoi l’Arabie saou­dite et les Etats du Golfe, sans comp­ter l’Iran ou la Syrie, s’arrê­teraient-ils de jouer la carte antisé­mite et anti-israéli­enne ? De quelle façon Arafat traite-t-il les orga­ni­sa­tions des droits de l’homme pales­ti­nien­nes ?

On a déjà des éléments de rép­onse en obser­vant ce qui se passe aujourd’hui. L’Autorité pales­ti­nienne est une admi­nis­tra­tion pour­rie par la cor­rup­tion, les chefs de l’OLP se cons­trui­sent de belles villas, la police pales­ti­nienne inter­dit toute cri­ti­que d’Arafat, etc. Donc les Juifs israéliens n’ont aucune envie de vivre sous l’auto­rité de cette bande-là. Ils n’aiment pas Sharon mais au moins ce salaurd a été élu par la majo­rité des citoyens israéliens. Le peuple juif a le droit de décider s’il veut vivre sous l’auto­rité d’Arafat… ou de Sharon.

Dernier point : l’impor­tance du fac­teur reli­gieux des deux côtés de la bar­ri­cade. Si les Juifs ont choisi la Palestine et pas l’Argentine, c’est pour des rai­sons reli­gieu­ses, y com­pris les sio­nis­tes athées ont joué de fait sur cette référ­ence. Et le der­nier gou­ver­ne­ment formé en Israël montre bien que même les prét­endus laïcs du Shinoui qui sont arrivés devant les tra­vaillis­tes sont prêts à gou­ver­ner avec les extrém­istes reli­gieux les plus intégr­istes.

La pru­dence m’incite à considérer que des peu­ples dont le conflit est ali­menté (en plus des ques­tions eth­ni­ques, natio­na­les, éco­no­miques, géo­po­li­tiques, socia­les, etc.) par des idéo­logies reli­gieu­ses anta­go­nis­tes ne peu­vent pas vivre sur le même ter­ri­toire, comme l’ont montré et le mon­trent l’his­toire d’Israël et celle de l’Islam.

Y.C.

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