mardi 14 mai 2013

DEBAT SUR LE SIONISME ET L’ANTISEMITISME



DEBAT SUR LE SIONISME
ET L’ANTISEMITISME

Dans le numéro 1 de Ni patrie ni frontières, l’article Un amalgame criminel. Les limites de l’antisionisme tentait de montrer comment l’analyse marxiste de la prétendue « question juive » présentée dans certaines publications révolutionnaires les amène à tenir un discours ambigu sur Israël, le sionisme et les Juifs, quelles que soient leurs louables intentions initiales.
J’avais parallèlement envoyé une courte lettre à Socialist Worker (qui comparait la répression de  Jenine à celle du ghetto de Varsovie) et à Socialisme (qui avait présenté côte à côté la photo d’un soldat israélien et celle de soldats nazis). Voici les réponses de John Mullen de Socialisme et les lettres de deux lecteurs de Socialist Worker, suivies de mes commentaires. (Y.C.).

John Mullen


A propos de la politique israélienne


Bonjour Yves !

Une très rapide réponse à certains de tes questionnements, qui sont d'ailleurs les bienvenus.
Pour moi, les deux photos côte à côte d'un nazi et d'un soldat israélien constituent une erreur grave. - L'implication est évidente, que le sionisme soit une forme de fascisme est radicalement faux.

Il y a, je suis d'accord, un antisémitisme de fond en France depuis très longtemps ( chaque sondage à ce sujet le confirme). Néanmoins, dans le contexte d’une campagne sioniste de dénonciation de l'antisémitisme en France pour construire l'Etat d'Israël, déclarations de ministres israéliens à l’appui, il me semble important de souligner les liens entre les actes contre les lieux de culte et les Juifs en France, et la situation au Moyen-Orient. Il ne faut pas non plus oublier les attaques du Betar, une milice paramilitaire sioniste, en France récemment.

Dans chacune des manifs Palestine auxquelles j'ai participé, tout antisémitisme a été dénoncé par la quasi-totalité des manifestants et des organisateurs. Ce n'est pas dire que les actes antisémites ne sont pas graves, mais que la campagne actuelle qui cherche à rejeter la faute sur les Arabes est dangereuse. L'Etat d'Israël, bien sûr, puisqu'il déclare parler AU NOM DE TOUS LES JUIFS fabrique ainsi de l'antisémitisme à la chaîne. Les gens qui se sentent solidaires des Palestiniens, tués et traités comme du bétail dans l'indifférence des autres gouvernements, en concluent que ce n'est pas seulement la faute de Sharon mais de tous les Juifs, puisque c'est ce que disent l'Etat d'Israël et un certain nombre de dirigeants des organisations de la communauté juive.

Il est évident que cet Etat apparaît aux yeux de la majorité des Juifs de ce monde comme une garantie contre les pires excès de l'antisémitisme ; mais je crois que c'est un piège absolu. L'Etat d'Israël ne protège pas contre l'antisémitisme ( une partie des dirigeants ne voudraient pas le faire). Je ne peux pas retracer ici l'histoire du sionisme, mais il me semble qu'une partie de sa nature est de refuser la lutte contre l'antisémitisme en faveur d'une séparation des Juifs. C'est Abraham Léon dans son livre «Critique matérialiste de la question juive» qui me semble avoir mieux expliqué l'histoire.

John Mullen

Elizabeth Terzakis

Le sionisme ne remet pas en cause l’antisémitisme
10 mai 2002

Cher Socialist Worker,
En réponse à la lettre d’Yves Coleman parue dans Socialist Worker du 19 avril, je tiens à affirmer que le sionisme n’est pas le judaïsme. On ne le dira jamais assez.
Le judaïsme est une religion. Le sionisme est une idéologie impérialiste. Le judaïsme existe depuis des milliers d’années, le sionisme est né à la fin du XIXe siècle et, même à cette époque, on envisagea de créer un Etat purement juif non seulement en Palestine mais aussi en Ouganda.
En insistant sur le fait que le judaïsme et le sionisme sont les deux faces d’une même médaille, Coleman ne sert pas les intérêts des juifs, mais ceux des États israélien et américain. Ceux qui tracent un trait d’égalité entre sionisme et judaisme, antisionisme et antisémitisme, fournissent une excuse aux atrocités impérialistes qui n’ont absolument rien à voir avec la foi juive.
A l’intérieur et à l’extérieur d’Israël un nombre croissant de Juifs critiquent l’occupation israélienne et s’y opposent très violemment. Ces juifs sont-ils antisémites ? Ou sont-ils scandaliés que l’on piétine les droits de l’homme en leur nom ?
Coleman a raison de se préoccuper de la montée de l’antisémitisme en Europe. En tant que révolutionnaires socialistes, nous devons combattre sans relâche l’antisémitisme. Les centaines de milliers de gens qui ont manifesté dans les rues pour protester contre la montée du fasciste Jean-Marie Le Pen ont montré la meilleure façon de le faire.
Mais la création d’Israël n’a jamais eu rien à voir avec la lutte contre l’antisémitisme. Au contraire, elle a constitué un refus de mener cette lutte, et cette création n’a été possible qu’en servant les intérêts des puissances impérialistes — d’abord la Grande-Bretagne puis les Etats-Unis.
Oui, nous devons lutter contre l’antisémitisme. Mais la défense d’Israël n’est pas la bonne façon. Le sionisme n’est pas le judaisme.

Elizabeth Terzakis, Oakland Californie


Alpana Mehta

Il n’existe pas de position intermédiaire dans la guerre raciste d’Israël
Nous sommes du côté des Palestiniens
26 avril 2001

Cher Socialist Worker,
La lettre d’Yves Coleman parue dans Socialist Worker du 19 avril m’a laissé perplexe. Coleman accuse Socialist Worker d’apporter de l’eau au moulin de l’antisémitisme parce que ce journal a cité un officier israélien qui pensait que l’armée israélienne devrait utiliser la tactique utilisée par l’armée allemande contre le ghetto de Varsovie.
Première question : Coleman a-t-il écrit une lettre au journal israélien Maariv (qui a le premier cité ce commandant israélien) en les accusant d’antisémitisme ?

J’ai l’impression que Coleman ne tient pas à discuter de l’antisémitisme. Il cherche en fait à excuser le colonialisme, l’apartheid d’Israël et l’impérialisme. Il reconstruit l’histoire en prétendant que les Israéliens n’occupent pas un pays étranger. Son raisonnement n’est pas loin de la justification raciste sioniste qui a permis de mettre la main sur la Palestine pour créer Israël : « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre. »

Peut-être Coleman n’a-t-il jamais entendu parler de la résolution 194 des Nations unies qui revendique le droit au retour des Palestiniens qui ont été expulsés de leurs maisons dans le pays qui est maintenant Israël Peut-être considère-t-il comme « antisémites » les documents de propriété et les clés que possèdent de nombreux réfugiés palestiniens pour leurs anciennes maisons à l’intérieur d’Israël ?
Je me demande ce qu’il pense du récent massacre de Jenine où des tanks ont enterré vivants des gens dans leurs maisons.
La question est, depuis 1948, toujours la même : soutient-on les droits des Palestiniens ou soutient-on le colonialisme ?

Socialist Worker est fier de s’être toujours battu contre l’antisémitisme et le colonialisme. Ce journal soutient l’idée d’un Etat séculier où Juifs et Arabes vivraient ensemble et bénéficieraient des mêmes droits.
Si un officier israélien choisit d’utiliser la tactique employée par l’armée allemande pour écraser le ghetto de Varsovie, alors nous devons célébrer les courageux combattants de la Résistance juive clandestine qui ont combattu les nazis par tous les moyens.
Leur but était de se libérer de l’oppression. Et cela a tout à voir avec le socialisme.

Alpana Mehta, Boston



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