jeudi 23 mai 2013

Lettre ouverte à la CNT-Vignoles (29/3/2003) - Réponse de la CNT - et Nouvelle lettre

Pour ceux qui l’ignorent, il existe trois CNT en France. La CNT-AIT, la CNT 2e UR et la CNT-Vignoles. LA LETTRE OUVERTE CI-DESSOUS NE CONCERNE DONC QUE LA CNT VIGNOLES et bien sûr pas les deux autres organisations portant le même nom. Ce texte, écrit à chaud le jour même de la manif, se caractérise par un ton agressif et peu diplomatique, ton qui a pu gêner certains des camarades de la CNT qui m’ont exprimé leur désaccord avec ce type de méthodes. Néanmoins, la réponse de J. du Bureau confédéral montre, à mon avis, que nous ne partageons pas vraiment la même conception de ce qu’il est convenu d’appeler la « démocratie ouvrière ». Ce qui augure mal de l’avenir…

J’ai dif­fusé le tract ci-joint (1), conte­nant un texte écrit par des mili­tants liber­tai­res hol­lan­dais et deux petits textes écrits par moi contre tous les natio­na­lis­mes et sur le mot d’ordre ambigu de la « des­truc­tion de l’Etat d’Israël », ce qui m’a valu d’être menacé (« t’as pas intérêt à dif­fu­ser ce tract près de notre cortège, casse-toi », etc.) puis frappé par un mili­tant de la CNT Vignoles quand je lui ai dit qu’il avait des mét­hodes anar­cho-sta­li­nien­nes. Ce mili­tant reve­nait de Palestine où il aurait, paraît-il, vu des camps. Quels camps ? Mystère. Si c’est des camps de réfugiés c’est pas vrai­ment un scoop. Si c’est des camps d’exter­mi­na­tion (ce que ce mon­sieur n’a pas eu le cou­rage de dire), alors là j’aime­rai savoir com­bien d’anar­chis­tes de la CNT sont allés faire du tou­risme révo­luti­onn­aire à Buchenwald ou à Auschwitz et en sont reve­nus vivants ! Allez, « cama­ra­des » après vous être atta­qué aux vieillards caco­chy­mes du Mouvement des citoyens voilà main­te­nant que l’un de vous s’en prend à un mili­tant isolé qui signe ses tracts de son nom et ne se cache pas der­rière le confor­ta­ble ano­ny­mat d’une orga­ni­sa­tion. Continuez comme cela, vous êtes sur la bonne voie ! Yves Coleman

(1) Les textes du tract étaient repris de Ni patrie ni fron­tières N°3.

Réponse du Bureau Confédéral de la CNT -Vignoles

De : Bureau Confédéral CNT  cnt-f.org À :  wana­doo.fr Date : diman­che 30 mars 2003 20:20 Objet : Fw : Lettre ouverte suite à une agres­sion par l’un de vos mili­tants à la manif  "anti­guerre"

Bonjour, C’est assez dif­fi­cile de rép­ondre à votre lettre car non seu­le­ment nous ne sommes pas sur place le bureau confé­déral est sur Bordeaux mais nous n’arri­vons pas à com­pren­dre pour­quoi avec un tract qui est plus qu’ambigu sur Israël ( deman­dez aux parents de la mili­tante paci­fi­que assas­sinée ce qu’ils pen­sent de l’état d’Israël et si l’on ne confond pas le peuple avec l’Etat la plu­part ont voté pour ce gou­ver­ne­ment qui écrase les Palestiniens ) vous vou­liez par force le dis­tri­buer dans notre cortége sur l’inci­dent entre vous et un de nos mili­tants nous ne pou­vons vous rép­ondre n’étant pas présents. Salutations syn­di­ca­lis­tes.Pour le B.C : J.

Plus fort que Spiderman et Batman réunis ! Comment j’ai dis­tri­bué « par force » un tract contre l’antisé­mit­isme dans le cortège de la CNT-Vignoles

La rép­onse ci-dessus a un côté comi­que et un côté tra­gi­que. Commençons par le côté mar­rant. Selon mon inter­lo­cu­teur, j’aurais voulu dis­tri­buer « par force » un tract à une cen­taine de mili­tants de la CNT-Vignoles ! Pour l’infor­ma­tion des lec­teurs, je ne me tenais pas dans le cortège mais tantôt sur les côtés à deux ou trois mètres du cortège, tantôt der­rière car beau­coup de gens pas­saient à droite et à gauche des­dits mani­fes­tants qui cons­ti­tuaient un groupe assez clair­semé. Pourquoi m’étais-je placé là ? Parce que j’étais plutôt d’accord avec les slo­gans lancés et qu’il me sem­blait me trou­ver en ter­rain plus « amical » que parmi les sta­li­niens ou les natio­na­lis­tes de tout poil. Mais peut-être me suis-je trompé ? En effet, le cortège est passé devant de nom­breu­ses per­son­nes qui bran­dis­saient le por­trait de Saddam, bou­cher du peuple ira­kien, mais cela n’a pas décl­enché la moin­dre inter­ven­tion du moin­dre mili­tant de la CNT. Curieux, non pour des gens qui criaient « Ni Bush ni Saddam » ?

De plus, il me semble assez comi­que d’être obligé d’expli­quer à des mili­tants qui se réc­lament de la sup­pres­sion de la pro­priété privée que la rue appar­tient à tout le monde. Faudra-t-il demain ; en plus de la demande d’auto­ri­sa­tion à la préf­ec­ture de police, deman­der une auto­ri­sa­tion de dif­fu­sion de tracts à la CNT-Vignoles ? Ca promet. Les bol­che­viks, à côté, pas­se­raient pour de grands démoc­rates.

Passons main­te­nant au côté sinis­tre de la rép­onse. J. m’expli­que que je devrais « deman­der aux parents de la mili­tante paci­fi­que assas­sinée ce qu’ils pen­sent de l’Etat d’Israël ». Et si je deman­dais aux parents de tous les pas­sants israéliens vic­ti­mes d’atten­tats sui­ci­des, aux habi­tants de kib­boutz, aux parents des enfants et bébés juifs assas­sinés ou égorgés par les com­man­dos pales­ti­niens ce qu’ils pen­sent du Hamas, du Djihad isla­mi­que, voire de tous les Palestiniens, je n’obtien­drais sans doute pas des rép­onses très posi­ti­ves. Non seu­le­ment cet argu­ment ne me semble pas sérieux mais il n’a rien à voir avec une dém­arche révo­luti­onn­aire.

En Israël/Palestine, sou­te­nir un groupe d’assas­sins (l’armée israéli­enne) contre un autre (l’OLP ou les grou­pes isla­mis­tes), ou vice versa, ne peut mener qu’à l’impasse.. Le ter­ro­risme de l’armée israéli­enne n’a rien à envier au ter­ro­risme des grou­pes isla­mis­tes. Et déf­endre le peuple pales­ti­nien, ce n’est pas cau­tion­ner leurs oppres­seurs pales­ti­niens.

Mais venons-en au cœur du pro­blème : J. écrit d’un côté qu’il « ne confond pas le peuple » (israélien) « avec l’Etat » mais en même temps que « la plu­part » (des Israéliens) « ont voté pour ce gou­ver­ne­ment qui écrase les Palestiniens ». Tout d’abord le der­nier gou­ver­ne­ment Sharon ne représ­ente pas « la plu­part » des Israéliens mais moins de 50%. Mais admet­tons ce rai­son­ne­ment qui était de toute façon vala­ble pour les gou­ver­ne­ments d’union natio­nale pré­cédents où coha­bi­taient entre autres le Likoud et le parti tra­vailliste. Que fait-on lors­que, dans un système offi­ciel­le­ment démoc­ra­tique, la majo­rité, voire la tota­lité de la popu­la­tion vote pour des diri­geants qui oppri­ment un autre peuple ?

Telle est la vraie ques­tion. Il me semble que l’on doit tout faire des deux côtés pour dén­oncer le natio­na­lisme et le racisme qui dres­sent les peu­ples l’un contre l’autre. Que l’on doit pro­po­ser des solu­tions intermédi­aires (« Deux peu­ples, deux États ») et des solu­tions à long terme (la révo­lution socia­liste). Mais pour cela évid­emment cela sup­pose de s’oppo­ser aux préjugés racis­tes et antisé­mites, au racisme anti-arabes comme au racisme anti-juifs. Cela sup­pose de cher­cher sur le ter­rain ceux qui, parmi les Palestiniens et les Israéliens, ont de véri­tables posi­tions révo­luti­onn­aires ou sont au moins prêts à mettre fin à la fois au colo­nia­lisme israélien comme au ter­ro­risme pales­ti­nien. Et c’est sacrément plus com­pli­qué et dif­fi­cile que de se dire vague­ment « soli­daire du peuple pales­ti­nien » aux côtés de tous les natio­na­lis­tes, intégr­istes et enne­mis de la classe ouvrière et des peu­ples arabes !

Y.C.

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